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Chronique d'une catastrophe annoncée.

4 min

Deux jours après le séisme qui a frappé le Népal, tuant plus de 3.200 personnes, des milliers d’habitants ont passé une nouvelle nuit en plein air, effrayés par les répliques sismiques qui continuent de secouer le pays.

A man cries as he walks on the street while passing through a damaged statue of Lord Buddha a day after an earthquake in Bhaktap
A man cries as he walks on the street while passing through a damaged statue of Lord Buddha a day after an earthquake in Bhaktap Crédits : Navesh Chitrakar - Reuters

Lorsque le soleil se lèvera ce matin sur Katmandou et que l'on distinguera tout juste l'ampleur des dégâts provoqués par la dernière réplique du séisme, hier, un doute plus grand encore planera sur le pays tout entier, écrit ce matin le correspondant du NEW YORK TIMES, celui de savoir comment la peur va désormais se diffuser, partout, au Népal. Et de fait ce n'est bien souvent que plusieurs jours voire plusieurs semaines après, que se dessine la véritable ampleur des catastrophes, de celle qui a ravagé la région samedi dernier.

Les répliques se sont en effet succédé tout le week-end, ajoutant à la confusion. Il y a eu beaucoup de scènes de panique et de nombreux immeubles se sont encore écrasés. Des rumeurs circulent même : on dit qu'un autre séisme, de magnitude 9 sur l'échelle de Richter, va se produire. Mais pour l'heure, le défi immédiat pour des milliers de Népalais, épuisés et effrayés, consiste à survivre, blottis sous des bâches et des tentes de fortune. Sans compter que de fortes pluies ont commencé à s'abattre sur le pays, comme si la nature n'avait pas déjà suffisamment grondé et qu'il lui fallait encore cracher sur ses victimes. Dans la capitale où les logements ont été détruits ou menacent encore de s'effondrer, on a posé des matelas dans les rues et monter des tentes pour se protéger de la pluie, tandis que les secours creusent dans les décombres, munis de simples pioches et parfois même à mains nues, faute de pouvoir manœuvrer les pelleteuses dans les rues étroites de la vieille ville. Quant aux zones montagneuses, elles restent dans une très large mesure toujours inaccessibles.

Et puis outre le mauvais temps, le travail des secouristes est donc encore compliqué par les très nombreuses répliques qui secouent le pays. L'une d'elles, particulièrement forte a été ressentie hier dans toute la région, même ici, au Pakistan, écrit l'éditorialiste du DAILY TIMES. Les répliques ont été tellement violentes qu'elles ont même été signalées jusqu'en Inde, à New Dehli.

Mais ce qui est plus choquant encore, dit-il, c'est qu'aucune mesure n'avait été prise pour se préparer à un tel événement. Et pourtant, il y a encore une semaine à peine, 50 spécialistes s'étaient retrouvés à Katmandou pour prévenir justement de telles catastrophes, préparer la ville au tremblement de terre et appeler surtout à la mise en place d'un plan d'urgence, compte tenu de l'emplacement vulnérable du pays.

Car le Népal, à la confluence de deux plaques tectoniques (la plaque eurasienne et la plaque indienne) est en effet un pays particulièrement soumis au risque sismique. En d'autres termes, même si les séismes y sont rares, un tous les 75 ans en moyenne, ils sont en revanche extrêmement forts, comme dans toutes les zones de subduction où une plaque continentale passe sous une autre. Ainsi, en 2012 déjà, rappelle THE HINDUSTAN TIMES cité par le Courrier International, l’Agence de l'ONU pour le développement international évoquait la probabilité d'un séisme massif au Népal. Pour les 28 millions d’habitants du pays, avertissait l’ONU, les tremblements de terre constituent le risque le plus élevé. Les sismologues s'inquiétaient même du risque d'un « Big one », un séisme d'une telle ampleur qu’il éclipserait tous les autres dans la région.

Trois jours avant la catastrophe, dans un article prémonitoire intitulé “Catastrophes naturelles : il faut se préparer au Big One”, le magazine THE DIPLOMAT rappelait à son tour que de par ses caractéristiques géophysiques, la région Asie-Pacifique est aujourd’hui particulièrement vulnérable aux catastrophes naturelles. Et de fait, les chiffres sont effrayants puisque depuis vingt ans, cette région totalise 61% des pertes humaines dues aux catastrophes naturelles, soit plus de 1,6 million de victimes. Selon l'ONU, précisait encore le magazine, un habitant de la zone Asie-Pacifique est trois fois plus exposé à un cataclysme qu'un Africain, plus de cinq fois plus exposé qu'un habitant d'Amérique latine ou des Caraïbes et 67 fois plus qu'un Européen.

Dans un rapport mis à jour il y a moins de deux semaines, précise le magazine SLATE, il était là encore indiqué qu'une personne vivant à Katmandou a 60 fois plus de risque d'être tué à la suite d'un séisme qu'une personne vivant à Tokyo. Or pendant des années, précise LE TEMPS de Genève, il n'y a pas eu de codes de construction. Ou dit autrement, les bâtiments ont été construits sans penser aux possibles dangers naturels. Le magazine TIME qui s'était rendu à Katmandou il y a quelques temps avait lui-même constaté qu'en dépit de l'imminence du danger, peu de choses avaient été faites pour en limiter les conséquences. Une fois par an, les stations de radio diffusent certes un message qui rappelle aux auditeurs de se baisser rapidement et de se protéger quand vient le tremblement de terre, et des travailleurs de la santé montrent les premiers soins à donner. Mais le séisme de samedi dernier démontre combien tout cela était insuffisant.

Alors le séisme qui a frappé samedi le Népal est-il le terrible tremblement de terre auquel s’attendaient les experts, interroge THE HINDUSTAN TIMES ? Quoi qu'il en soit, trois jours seulement avant la catastrophe, le magazine THE DIPLOMAT s'alarmait de voir combien la tâche restait encore ardue, s'agissant de la préparation du pays aux catastrophes naturelles de grande ampleur. Le magazine qui n'avait malheureusement que trop raison.

Par Thomas CLUZEL

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