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Comme un air de samba dans les tuyaux.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Mon aide contre l’asile politique. Dans une lettre ouverte que s'est procurée la FOLHA de SAO PAULO, Edward Snowden, actuellement réfugié en Russie, proposerait de collaborer aux enquêtes sur les actions des services de sécurité américains au Brésil, en échange, c'est du moins ce que l'on devine derrière ses mots, de l'asile politique.

Il y a six mois, dit-il, je suis sorti de l'ombre de la NSA pour me placer devant la caméra d'un journaliste. J'ai partagé avec le monde entier des preuves, montrant que certains Etats travaillent à la mise en place d'un système mondial de surveillance, permettant d'espionner comment nous vivons, ce que nous disons et à qui nous le disons. Je suis allé devant cette caméra en parfaite connaissance de cause, conscient que cette décision allait me couper de ma famille et de mon foyer et mettre ma vie en danger. Et ma plus grande crainte, dit-il, était que personne n'écoute cette mise en garde. Jamais je n'ai été aussi heureux de m'être trompé, poursuit-il, avant d’ajouter : ce qui m'a poussé à le faire, c'est la conviction que les citoyens du monde méritent de comprendre le système dans lequel ils vivent.

Et de préciser encore, si vous vous promenez à São Paulo avec un téléphone portable en poche, la NSA a les moyens de savoir où vous vous trouvez et elle ne s'en prive pas. Quand quelqu'un, à Florianópolis se rend sur un site Internet, la NSA enregistre à quelle heure et ce qu'y a fait cet internaute. Et lorsqu'une mère de Porto Alegre appelle son fils pour lui souhaiter bonne chance à un examen, l'enregistrement de l'appel peut être conservé par la NSA pendant au moins cinq ans.

Reste que même si dans sa lettre, Edward Snowden précise que de nombreux sénateurs brésiliens l'ont donc sollicité pour les aider dans leurs investigations sur les crimes qui auraient pu être ainsi commis à l'encontre de citoyens brésiliens, rien ne dit pour l'instant que la présidente Dilma Roussef, laquelle avait pourtant dénoncé comme un affront le programme mondial d'écoutes des Etats-Unis dont elle a été victime, acceptera cette demande d'asile non officielle.

Il y a quelques mois d'ailleurs, l'ex-consultant de la NSA s'était déjà dit prêt à venir en Allemagne, cette fois-ci, pour témoigner, là encore, dans l'enquête sur les écoutes secrètes américaines. A l'époque, l'hebdomadaire DER SPIEGEL s'était tout particulièrement illustré en publiant un manifeste pour la vérité, estimant notamment que celui qui dit la vérité ne commet pas de crime. 51 personnalités, dont de nombreux responsables politiques de tous bords, mais aussi des intellectuels et des sportifs avaient ainsi demandé à ce que l’Allemagne accorde l’asile à Edward Snowden. Son confrère DIE TAGESZEITUNG y voyait qui plus est une occasion en or pour Angela Merkel de montrer que l'Allemagne n'est pas le caniche des États-Unis. Même le WASHINGTON POST en semblait alors convaincu : Berlin, havre de paix pour les lanceurs d'alerte déjà nombreux à y avoir posé leur valise pourrait finir par accueillir Snowden en personne, prédisait alors le journal américain. Mais en vain.

En réalité et assez paradoxalement d’ailleurs, jusqu'à présent la seule vraie bonne nouvelle pour Edward Snowden viendrait plutôt des Etats-Unis eux même, puisque lundi dernier, rappelle le correspondant du TEMPS de Genève, un juge fédéral est en effet arrivé à la conclusion que le programme de surveillance des échanges téléphoniques mis en œuvre par l’Agence de sécurité nationale était probablement inconstitutionnelle. Dans une décision motivée sur 68 pages, le juge se montre particulièrement cinglant: Je ne peux imaginer, dit-il, une intrusion plus arbitraire et dénuée de discernement que cette collecte et cette conservation systématiques de données personnelles sur quasiment chaque citoyen. Et d'ajouter encore que les pratiques de la NSA constituent une atteinte à la vie privée, en contradiction avec le quatrième amendement de la Constitution américaine, qui protège les citoyens contre des perquisitions ou saisies non motivées. Le magistrat va même jusqu’à qualifier de quasi orwellienne la technologie qui a permis la mise en œuvre du programme de surveillance.

Evidemment, Edward Snowden a lui aussitôt salué cette décision dans un communiqué publié par le NEW YORK TIMES. Quant au journaliste, Glenn Greenwald, qui a relayé les informations révélées par Snowden, il a lui qualifié sur la chaîne de télévision MSNBC cette décision de remarquable.

Toujours dans sa lettre ouverte publié hier et reprise ce matin par le Courrier International, Edward Snowden rappelle enfin que son acte de conscience a débuté il y a 6 mois déjà. A l'époque, il écrivait : je refuse de vivre dans un monde où tout ce que je dis, tout ce que je fais, tous ceux avec qui je parle, toutes les expressions de créativité, d'amour ou d'amitié peuvent être enregistrés. C'est un système que je ne suis pas prêt à cautionner, ni à construire, ni dans lequel je veux vivre. Quelques jours plus tard, dit-il, j'apprenais que le gouvernement de mon pays avait fait de moi un apatride et voulait me jeter en prison. Ma prise de parole m'a coûté mon passeport, mais je le referais s'il le fallait : je ne fermerai pas les yeux sur le crime au nom de mon confort politique. Et de conclure, je préfère vivre sans patrie que sans voix.

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