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Comment Barack Obama est-il perçu en Afrique ?

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Comment Barack Obama est-il perçu en Afrique ?Car, rappelons-le Marc, le père de Barack Obama était Kényan. Il avait épousé une Américaine. Alors forcément, dans le continent africain, cette seconde victoire a un retentissement particulier. Avec un mélange de fierté et de déception... Fierté en particulier dans le village ancestral d'Obama, à Kogelo. Dans le site Afrik.com, le correspondant sur place décrit cette nuit Obama... Nuit pendant laquelle les habitants se sont blottis sous des couvertures en regardant anxieusement le seul écran mis à leur disposition. Et à l'annonce des résultats, l'atmosphère est devenue électrique. Des centaines de personnes se sont réunies pour applaudir et acclamer l'enfant du pays. La grand-mère paternelle d'Obama a animé les célébrations dès l'aube. Elle a chanté, dansé entourée de ses proches... Elle a tout de même 91 ans... Et au cours d'une conférence de presse, elle a affirmé un peu ironiquement : "Nous à Kogelo, nous donnons naissance à des gens intelligents".Kogelo est un village rural situé à 400km au nord de Nairobi. Et Kogelo a changé depuis l'élection d'Obama en 2008. Des routes ont désenclavé le village... L'électricité a fait son apparition. Et il y a désormais un grand hôtel, explique un demi-frère d'Obama. Le ministère kényan du tourisme a flairé la bonne affaire.Mais il y a aussi les déçus qui rappellent le Président américain ne s'est pas rendu au Kenya depuis sa prise de fonction il y a 4 ans...Jacques Ganyra d'Africa scoop explique cela par la hantise d'Obama d'être étiqueté comme sectariste. Le président américain n'aura foulé le sol noir qu'à 2 reprises en 4 ans. L'Afrique n'a pas été une préoccupation majeure d'Obama pendant son premier mandat à la Maison blanche. C'est ce que rappelle Marie Ouédraogo dans l'Observateur, au Burkina Faso. Mais cela pourrait changer. Car le Nord du Mali est devenu un des foyers de la nébuleuse islamiste : un véritable Sahélistan vidé de ses touristes et en proie aux affres de la charia la plus rigoureuse. Alors que fera l'administration Obama pour aider les gouvernements de la région à assurer la paix et la sécurité dans une zone vouée à des trafics de tous genres ? Et elle conclue : quelques drones feraient bien l'affaire avec, bien sûr, la logistique qui va avec.Pour Afriscoop, 4 ans après sa naissance, l'Obamania s'est tout simplement essoufflée dans le continent. Un peu comme une vague qui s'affaisse après s'être élevée très haut du niveau de la mer. Tous ceux qui osaient se bassiner d'illusions en espérant des signes et des gestes forts du 44° président américain en direction de l'Afrique sont définitivement désilusionnés. Exit le syndrome des t shirts, foulards, drapelets vendus à tour de bras en Afrique sub-saharienne. La passion avec laquelle beaucoup d'Africains ont suivi l'accession d'un des leurs à la Maison blanche a été beaucoup douchée. On se souvient des mots d'Obama à Accra : l'Afrique a besoin d'institutions fortes et non d'hommes forts. Mais aucun acte accompagnateur n'a suivi hélas cette déclaration se lamente Jacques Ganyra. Le journaliste reproche également au président américain son engagement sans hésitation aux côtés de la France sarkozyste pour "assassiner Kadhafi". Ce même Kadhafi qui était en train de déployer des efforts pour bâtir progressivement des institutions fortes sur sa terre natale. Et que dire des déclarations bizarres d'Hillary Clinton qui a classé le Togo parmi les modèles de démocratie ? Sans oublier en politique intérieure, l'expulsion d'un nombre record d'immigrés sans papiers, alors que Jacques Ganyra le rappelle : Obama est lui-même un descendant d'immigré.Mais le journaliste garde espoir : le Président américain pourrait rattraper rapidement son retard vis-à-vis de l'Afrique lors de son second mandat. Il y a ceux qui sont déçus, et il y a ceux pour qui Obama est peut-être tout simplement... l'Antéchrist... C'est la question que se pose le plus sérieusement du monde le quotidien nigérian Leadership. Un journaliste impute au président américain à peu près tous les maux de la terre. Comme des tempêtes qui ont eu lieu, comme par hasard en 2008 et cette année. Il s'interroge sur la relation d'Obama avec les forces élémentaires... Et apporte ses explications... La tournée d'Obama au Moyen-Orient quelques semaines après sa première élection : sa visite au roi d'Arabie Saoudite, puis en Egypte où les chrétiens seraient persécutés. Et puis il y a les transgressions aux valeurs religieuses fondamentales : le mariage homosexuel, le droit à l'avortement, ou encore le droit à l'adoption homosexuelle. Obama serait donc le grand responsable d'une colère divine.Il y a donc les illuminés, les fiers, les déçus, mais il y aussi et surtout ceux qui sont soulagés de la défaite de Romney... C'est le cas de Jean-Luc Mushi-Mpaku du Kongo Times pour qui la réelection d'Obama est une gifle punitive flanquée à Romney. Le candidat républicain nourrissait de mauvaises ambitions pour certains pays d'Afrique. Il envisageait de s'en prendre aux régimes en place à Kinshasa, Khartoum, et Harare. Le candidat républicain aurait pu profiter du faible taux de croissance et du chômage élevé pour faire chuter Obama. Mais pour le quotidien kényan Daily Nation, Obama a su malgré tout trouver un écho favorable auprès des cols bleus du parti démocrate. Il a également été aidé par Bill Clinton qui a largement contribué à sa réélection. Mais Jeune Afrique le rappelle : le nouveau mandat d'Obama ne sera pas de tout repos. Il devra composer avec les Républicains au Congrès, une crise économique et une dette abyssale.

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