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Complexité syrienne.

5 min

par Cécile de Kervasdoué

« Il est terriblement difficile de vérifier les informations qui nous parviennent de la Syrie... le pays est fermé aux journalistes étrangers et nous n'avons accès qu'à ce genre de vidéos amateurs, tournées par les manifestants syriens avec leur téléphones portables... impossible de vérifier la provenance géographique la date ou l'heure... mais ces images montrent toutes la même chose : des milliers de manifestants qui demandent la démission de Bachar el Assad... le chef de l'état syrien »

Vous l’entendez de l’aveu même de la chaine al Jazzera, elle peine à couvrir cette révolution syrienne qui n'en finit pas ! … et cet aveux d'impuissance journalistique s'affiche partout, sur les unes du monde entier, pour qui les évènements en Syrie semblent être cette nuit l'actualité la plus importante de ce jour.

Al Jazzera raconte : « Ce sont des militants présents sur place qui nous donnent à voir et à savoir ce qui se passe cette nuit dans la 3ème ville du pays, Homs.

Près de 10 000 personnes se sont rassemblées hier autour des funérailles d'un manifestant tué par les forces de l'ordre... la foule chante

« d'un chemin à l'autre, d'une maison à l'autre nous allons te renverser Bachar »...et les images montrent en effet des statues, des photos, des affiches du président syrien renversées, détruites ou déchirées !

Depuis dimanche, date du 65 anniversaire de l'indépendance syrienne... cad du départ du dernier soldat français...les protestations ne cessent d'enfler dans tout le pays... et une brutale répression leur répond ! prévient encore al jazzera

cette nuit... toujours selon cette source non vérifiée... les forces de l'ordre syriennes ont tiré sur la foule…les gens courent dans tous les sens dans le centre ville de Homs mais les blessés ont peur d'aller à l'hôpital de peur d'être arrêtés ou assassinés »

« Ce sont des éléments insurrectionnels soutenus par l'étranger... a lancé hier le ministre des affaires étrangères syrien... raconte Xinhua en Chine... le pays est en train d'entreprendre de grandes réformes, comme la levée de l'état d'urgence, et les gens sont trop impatients... nous entendons et soutenons les manifestations pacifiques, mais pas la violences de certains manifestants qui veulent imposer un régime salafiste dans notre état si fier de sa laïcité... ces éléments, dit encore le ministre syrien, sont soutenus par des étrangers et par ces chaines de télévision satellitaire qui ne savent qu'attiser la haine »

« Éléments étrangers ».... voilà un terme qui revient un peu partout dans la presse internationale à propos de la Syrie ce matin...

O Globo par exemple au Brésil s'interroge sur ces câbles wikileaks révélés hier par le Washington Post aux Etats Unis... et qui affirment que le Pentagone soutient en sous main la rébellion syrienne de puis des années. Ces câbles diplomatiques américains montrent que le département d'état a secrètement financé des groupes d'opposition dans le pays... jusqu'à 6 millions de dollars depuis 2006... ces versements ont commencé sous la présidence de G W Bush après le gel des relations diplomatiques entre Washington et Damas en 2005...et ils se sont poursuivis au moins jusqu'à septembre 2010 ... même si Obama a tenté de rebâtir des relations avec Assad…rappelle encore Indian express en Inde

mais les Etats Unis démentent... répond le site américain de CNN ... l'argent devait surtout aller au financement d'une chaine de télévision Barada TV ... une chaine basée à Londres et que l'on dit proche des mouvements d'opposition syriens, chrétiens, druzes, kurdes, shiites, sunnites, et féministes.

N'empêche écrit l'Orient le Jour au Liban... Ce printemps pourri comme le titre le quotidien libanais… ces liaisons dangereuses entre les jeunes Arabes en guerre depuis trois mois contre les maîtres de leur destinée et les sources de la bien-pensance dans le monde … ainsi les manifestations « spontanées » ont été nourries durant des années et à coup de millions de dollars d’organisations paragouvernementales… explique l’Orient le Jour :

Tout ce qui compte aujourd'hui dans le peloton de tête des contestataires aura donc connu, à un moment ou à un autre, les bancs de cette étrange école où, très souvent, les enseignants étaient d'authentiques barbouzes, des spécialistes de l'action psychologique, des as de la communication et des champions de l'Internet, version agitprop, que l'on aurait dit inspirée de l'époque de la défunte Russie soviétique. Sont passés par là le mouvement égyptien du 6 Avril et le Centre des droits de l'homme de Bahreïn, ainsi qu'un nombre incalculable d'activistes qui occupent depuis le devant de la scène, en attendant - promettez de ne pas vous en étonner le moment venu - de diriger leur pays.

Mais deux points demeurent obscure… nuance le quotidien libannais : la nature des nouveaux régimes appelés à voir le jour, la sélection opérée à partir de Washington des régimes à abattre. Pourquoi le Yémen et pas Bahreïn ? La Syrie plutôt que la Jordanie ? Et cette remarquable discrétion s'agissant des États producteurs de pétrole... Mais il y a mieux : dans certains pays, les futurs Saint-Just recevaient une solide formation de révolutionnaires dans le même temps que la main gauche octroyait des largesses aux régimes qu'ils étaient censés abattre un jour. L'Égypte de Hosni Moubarak obtenait chaque année pas moins de 1,5 milliard de dollars alors que Bassem Fahmi et d'autres de ses camarades étaient initiés aux subtilités des alliances, des slogans à scander, du bon déroulement d'une manif, dans le cadre de programmes parrainés par le département d'État, la faculté de droit de la Columbia University, Facebook ou encore Google.

C’est ce que le Boston Globe se plait à appeler…Danse avec Assad… quelque soit l’issue de ces remous en Syrie et ailleurs… les Etats Unis sortiront gagnants… gagnants, si le régime se maintient… parce qu’ils ne seront pas intervenus… gagnant également si la Syrie s’ouvrait à la démocratie battant en brèche la fameuse alliance avec l’Iran et sa théocratie chiite…

Mais en attendant, tout cela a de quoi attiser la tension déjà très forte en Syrie... le pays tout entier semble sur le point de se soulever... les villes se remplissent de manifestants les unes après les autres… raconte al Jazzera qui rajoute

Les promesses du président Assad n'ont pas convaincu

« il donne d'une main pour reprendre de l'autre »... confie un manifestant syrien… en fait, explique un spécialiste au site de télévision en langue arabe, sans la levée de l'immunité des forces de sécurité et sans la création d'un organe judiciaire indépendant du parti Baas au pouvoir en Syrie... la levée de l'état d'urgence promise ce week end ne veut rien dire. Car en Syrie tout est sous contrôle du pouvoir et des familles régnantes.

Alors le charisme de tous les discours de Bachar el Assad n'y fera rien... rajoute le site de la BBC... ça ne prend plus... la population n'a tout simplement plus confiance

Le régime syrien est le prochain sur la liste… il va tomber incessamment sous peu ?... et bien non répond le Guardian

Parce qu’il manque un ingrédient essentiel pour que l’effet domino se produise… c’est l’Iran.

Téhéran soutient en effet toutes les révolutions du monde arabe sauf celle de la Syrie qui est allié chiite indispensable à la république islamiste.

D’où ce commentaire de la BBC : vous vous souvenez il y a quelques mois, les media du monde entier prédisaient la chute inéluctable de toutes les dictatures des pays arabes… le fameux effet domino… et bien ils se sont trompés… et toute la région est aujourd’hui dans l’impasse… preuve que les systèmes ne peuvent jamais changer rapidement… alors nos analystes occidentaux ont au moins trois leçons à tirer

D’abord la politique est toujours locale même dans un monde aux relations globalisées ensuite le poids de l’islam est indispensable pour comprendre ce qui se passe dans tous ces pays enfin il faut se défaire de cet ethnocentrisme qui nous pousse à croire que l’occident est au cœur de tout ce qui se passe dans le monde. Le monde arabe est effectivement en plein tumultes et ces tumultes ne mèneront pas forcément vers la démocratie aussi inconfortable que cela soit pour nos consciences.

Et le Boston Globe aux Etats Unis de répéter : la bonne nouvelle c’est que nous pouvons continuer à danser… un pas avec les Assad, un autre leurs opposants

Bonne journée

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