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Corée du Nord: une exécution fantôme?

4 min

L'exécution au canon antiaérien du ministre nord-coréen de la Défense, annoncée par Séoul, a-t-elle vraiment eu lieu? Des doutes sont apparus depuis que les services sud-coréens du renseignement ont admis ne pas avoir pu vérifier qu'il avait bien été passé par les armes.

Photo de propagande distribuée par l'agence de presse officielle du régime nord-coréen
Photo de propagande distribuée par l'agence de presse officielle du régime nord-coréen Crédits : Reuters

Depuis que la nouvelle a été annoncée mercredi, il ne se passe plus un jour sans que la presse internationale ne s’interroge sur ce qui apparaît comme un acte d’une barbarie tellement inouïe, qu’on à peine à l’imaginer. Même les spécialistes de la question pourtant habitués, écrit THE NEW YORK TIMES, aux méthodes imprévisibles et déroutantes de ce régime, n’en reviennent toujours pas.

Parce qu’il n’avait pas apprécié que son ministre de la Défense sommeille lors d’un défilé, le numéro 1 nord-coréen l’aurait fait exécuter au canon anti-aérien. Sauf que des doutes sont apparus hier, lorsque les services sud-coréens ont admis ne pas avoir pu vérifier l’information. Et de fait, l’exécution du ministre n’a jamais été confirmée. Un élu de l'opposition a également trouvé "bizarre" que la télévision nord-coréenne diffuse toujours des images du ministre, là où généralement les personnalités déchues disparaissent du jour au lendemain des médias officiels. En clair, si le ministre avait réellement été exécuté ou même simplement mis sur la touche, la chaîne de télévision n'aurait probablement pas commis un tel impair. De même, une simple recherche sur le nom du ministre donne encore des dizaines de résultats sur le journal du parti unique RODONG SINMUN. Et la même recherche sur le site officiel du régime, cette fois-ci, produit là aussi des centaines de résultats.

Le pays des rumeurs
Vrai ou faux ? La Corée du Nord est sans doute le pays produisant aujourd’hui le plus de rumeurs, toutes plus folles les unes que les autres. On se souvient, notamment, du dernier feuilleton en date : l’exécution bien réelle, celle-ci, de l’oncle de l’actuel dictateur mais une exécution sur laquelle on a tout lu et tout entendu, en particulier qu’il n’aurait pas été fusillé mais dévoré par 120 chiens affamés, une information largement désamorcée ensuite par THE WASHINGTON POST.

Dans le cas présent, outre la nouvelle démonstration du caractère abominable du jeune dictateur lorsqu’il s'agit de réagir au manque de loyauté supposé de certains dignitaires, ce qui choque c’est évidemment le mode d’exécution, non pas au fusil mais carrément au canon de DCA. Or cette information n'est pas le fruit de la seule imagination des services sud-coréens. Début mai, THE TELEGRAPH cité par le magazine Slate relayait, en effet, une image satellite étonnante publiée dans un rapport du comité pour les droits de l’homme en Corée du Nord (une organisation basée aux Etats-Unis). On y distingue un camp d’entraînement situé à quelques kilomètres au nord de la capitale. Or quand on regarde plus en détail, on peut voir des canons anti-aériens pointés vers des cibles. Et pourtant, placer de tels canons d’une portée de 8km, capables de tirer 150 coups par minute, dans le seul but de tirer horizontalement sur des cibles situées à 30 mètres n’a évidemment aucune utilité d’un point de vue militaire. En revanche, et toujours sur la même image, on peut également distinguer des bus, dont on imagine qu’ils ont pu conduire, en effet, des officiels du régime venir assister à une exécution.

Autrement dit, ce genre de méthode ne serait pas inédite en Corée du Nord, précise THE HUFFINGTON POST, puisque par le passé (même si cela n'a jamais pu être vérifié), la presse sud-coréenne a déjà fait mention à plusieurs reprises de ce type d’exécutions, généralement réservées aux personnalités de haut rang, dont le pouvoir veut faire un exemple. En 2013, THE NEW YORK TIMES expliquait d’ailleurs, lui aussi, que deux lieutenants et plusieurs artistes avaient été exécutés de cette même façon.

Purges
Quoi qu’il en soit, ce nouvel épisode a eu vite fait d’alimenter, une fois encore, les rumeurs de purges et d'exécutions de responsables du régime. Pour le seul mois d’avril, précise LE SOIR de Bruxelles, les services de renseignements sud-coréens ont annoncé que le dirigeant nord-coréen avait ordonné le passage par les armes de 15 responsables. Et si l'on remonte à décembre 2011, date à laquelle Kim Jong-un a succédé à son père, le nombre de ces exécutions s'élèverait à 70.

Dès lors, la question qui se pose est de savoir si ces purges sont un signe de faiblesse ou bien de force pour le jeune dirigeant nord-coréen. Et THE NEW YORK TIMES, en particulier, de préciser : ces purges peuvent, en effet, être interprétées comme le signe que des fissures à même de fragiliser la solidarité du régime sont en train d'apparaître au sein de l'appareil étatique. Pourquoi ? Parce que Kim Jong-un a été désigné très rapidement par son père, qu'il a été insuffisamment formé, et qu'il est trop jeune pour inspirer le respect à ses aînés. C’est d’ailleurs l’analyse la plus courante. Mais ces purges peuvent tout aussi bien être vues comme la preuve, au contraire, de ce que Kim Jong-un est en train de consolider la base de son pouvoir, en éliminant ceux qui lui semblent déloyaux.

Seule certitude, considérée comme la seule dynastie communiste de l'Histoire, la famille Kim règne sans partage sur la Corée du Nord depuis plus de six décennies. Pour le reste, on ne connaît toujours pas le sort qui a été réservé au ministre de la Défense, ce qui laisse évidemment la place libre à l’imagination, reconnaît le directeur de la revue Histoire et Liberté, interrogé dans les colonnes de 20MINUTES. Et c'est vrai qu'on peut sans doute exagérer, dit-il, face à un régime totalitaire sur lequel on a très peu d'informations. En revanche, si on peut toujours diaboliser ce régime, il est sans doute malheureusement difficile d’imaginer pire que la réalité.

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