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Crash du AH5017 : "pavillon algérien, enquête française"

4 min

Derrière le deuil, l'humiliation. L'Algérie se sent dépossédée de l'enquête sur le crash du vol Ouagadougou-Alger de jeudi dernier. C'est en tout cas ce qui ressort ce matin des différents journaux algériens, qui racontent notamment comment toutes les informations sur l'enquête ne proviennent que de sources étrangères. La presse algérienne critique quasi-unanimement la gestion de la catastrophe par Alger et assomme le lecteur de questions.

"Pavillon algérien, enquête française" note Le Matin. "Silence radio des autorités algériennes". "Y'a t-il une volonté de se désengager de cette affaire?" Le fait que les autorités maliennes aient immédiatement sollicité l'aide française interdit-il une implication plus sérieuse des autorités algériennes? Longtemps après que les militaires français aient investis les lieux du crash la semaine dernière, aidés par leur présence au Mali depuis 18 mois, une équipe d'enquêteurs algériens est enfin arrivée sur place, explique le journaliste. Mais où est donc passé le PDG de la compagnie Air Algérie? Tout se passe comme s'il y avait une volonté algérienne de laisser la France, le Mali et la Minusma gérer seuls le dossier. La partie française semble vouloir depuis le début garder l'exclusivité et décide de tout.

Côté français, c'est un "François Hollande ostensiblement en première ligne" qui veut monopoliser le champ médiatique et d'investigation, analyse Le matin toujours. "Le président français s'est emparé en personne de la communication autour du crash du vol AH5017 d'Air Algérie avec la volonté de répondre à l'angoisse et à la peine des proches des victimes françaises, nombreuses, mais aussi de se poser en garant de l'unité nationale dans l'épreuve".

Et pendant ce temps, continue le quotidien sur son site internet, "le président Bouteflika a gardé comme à son habitude un silence méprisant". Il n'a même pas envoyé un communiqué. Les familles de victimes méritaient des explications, des informations, un soutien. A-t-il seulement entendu parler de 118 morts dans un accident d'avion?

"Algérie-France : dérive dangereuse" titre une tribune en Une du Matin algérien toujours ce mardi. "En juillet 1962, le général De Gaule aurait dit après le vote massif du peuple algérien pour l'indépendance de l'Algérie, 'l'indépendance de l'Algérie dans 50 ans on en reparlera'. 50 ans après, a-t-il eu raison ou tort?" Beaucoup d'Algériens et d'Algériennes pensent que l'énigmatique deuil national de trois finalement décrété par le président a plutôt été décrété pour les 54 passagers de nationalité française et pour plaire une fois de plus aux autorités françaises que pour les six passagers de nationalité algérienne. En tout état de cause, la dérive francophile du clan présidentiel s'accélère depuis les derniers séjours d'Abdelaziz Bouteflika à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce et aux Invalides. Se terminera-t-elle au Père Lachaise, pour ne pas dire au Panthéon ?" poursuit l’édito.

Interrogé par les journalistes, le premier ministre algérien Abdelmalek Sellal s'est dans un premier un peu plus enfoncé, raconte El Watan, expliquant que ce n'était pas parce qu'il s'agissait d'une compagnie aérienne algérienne, que l'avion lui même était algérien. "C'est la presse étrangère qui entretient la confusion" martèle maladroitement le chef du gouvernement rappelant qu'il y avait une "coordination parfaite entre l'Algérie, la France et le Mali et à un très haut niveau". Sauf que pour suivre l'enquête, mieux vaut suivre les infos du quai d'Orsay et interroger ses propres experts poursuit El Watan. C'est par Laurent Fabius que l'on a appris hier par exemple que l'avion avait demandé à "rebrousser chemin" avant que le contact ne soit perdu.

El Watan qui a donc appelé cette semaine un ancien commandant de bord d'Air Algérie, dont l'éclairage est édifiant. L'expert en navigation aérienne s'interroge sur les conditions d'affrètement de cet avion de 18 ans d'âge, alors que la règlementation interdit les plus de 14 ans. "Climat, appareil non performant et équipage sous-formé", voilà son analyse à prendre évidemment avec des pincettes. Le journal nous apprend au passage que le jeune Debaïli pilote d'Air Algérie qui était à bord de l'appareil ne voulait pas voyager à bord de l'avion, il aurait fini par embarquer parce qu'il ne voulait pas attendre encore deux semaines pour rejoindre Alger. Une fois à bord, il était, selon le quotidien, excédé par l'état de l'avion, il a même envoyé un message à l'un de ses amis : "ce n'est pas un avion c'est une mer…"

Aucune mention des enquêteurs algériens, du côté de la presse malienne. Les boîtes noires sont désormais au "centre de gestion tactique du site du crash installé à Gao" titre ce matin le site d'information Maliweb. C'est une coordination tripartite qui s'est mise en place et qui fonctionne bien. Une coordination entre militaire de Serval, experts du BEA (Bureau Enquête Accident) et forces maliennes.

Non seulement les boîtes noires iront à Paris, mais les corps des disparus semblent prendre le chemin de Paris y compris ceux des passagers algériens, concluent mi-indignés mi-perplexes les journalistes algériens. L'Algérie a perdu le contact avec son enquête, y compris avec ses dépouilles. "Il est grand temps qu'Alger demande des clarifications à la partie française".

Par Claire Chaudière

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