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Dans l'enfer de Misrata: les photo-reporters

6 min

par cécile de Kervasdoué

Ce que vous entendez, là, c'est le témoignage qu'un reporter du Times de Londres James Hider accorde à la BBC ce matin... il est à Misrata et il explique que les insurgés se battront jusqu'à la mort!... que les combats sont de plus en plus violents et les victimes de plus en plus nombreuses et que la Guerre fait rage

et son confrère d'al Jazzera choisit d'ailleurs de diffuser un reportage des victimes du siège de Misurata de nombreux enfants touchés par des bombes à sous munition s'entassent dans des hôpitaux bondés alors que les humanitaires et les médecins tentent d'agir dans la plus grande confusion et au péril de leur vie, comme les journalistes.

le siège de Misurata en Libye est absolument partout dans la presse internationale

c'est une guerre urbaine d'une extrême violence écrit le Spiegel

une lutte au corps à corps titre le Periodico en catalogne

alors les rebelles appellent à l'aide tant la situation est devenue extrême titre le Times de Londres

c'est un bain de sang dont l'OTAN est responsable écrit le site de la Pravda en Russie

d'où ce questionnement qui revient un peu partout dans la presse

faut il vraiment intervenir au sol ?... se demande le Jylen Posten par exemple au Danemark... ou plutôt l'OTAN est elle capable de mener des opérations terrestres sans les états unis

ce serait une erreur écrit la Suddeutche zeitung en Allemagne... d'autant que l'issue est incertaine et les partenaires pour remplacer Kadhafi largement inconnus... restons en donc à l'aide diplomatique et humanitaire... la Libye risque d'en payer le prix et ce sera grave mais pas autant qu'une intervention militaire de l'OTAN sans mandat

mais rajoute de Groene Amsterdamer aux Pays Bas... il faut se rendre compte que Misurata est un Sarajevo Libyen... vous vous souvenez, Sarajevo: ce symbole de l'échec international et d'une politique guerrière cynique?

Alors nous ne pouvons pas rester spectateur comme nous le sommes... lance la Repubblica italienne

et c'est d'ailleurs bien ce qui gêne la presse occidentale ce matin qui pleure ses grands... titre el Pais en Espagne qui comme de nombreux confrère se plait à Publier la dernière photo de Chris Hondros tué par des tirs de mortier avec le réalisateur britannique Tim hHtherington

la presse paye un lourd tribut de cette guerre libyenne qui s'éternise... titre le Temps en suisse

et ce matin la presse du monde entier rend effectivement hommage à ces deux reporters de guerre disparus...

des héros de guerre qui tirent avec un appareil photo titre Times magazine

liés et brisés par la guerre rajoute le Wall street journal toujours aux Etats Unis

et le New York Times revient sur la carrière des journalistes et sur l'importance de ce métier qui montre la réalité de la guerre

Mourir pour un clic ! est ce bien raisonnable... c'est le titre du dossier que consacre la Repubblica italienne à ce drôle de métier : le photoreporter

voilà que la disparition de ces deux grands du métier nous rappelle que derrière les images que nous regardons tous les jours il y a des hommes... il y a des vies et de gros risques...

de gros risques parce que la plupart de ces photo-journalistes ne sont pas soutenus ou protégés par une entreprise ou une organisation... ce sont souvent des freelance, des indépendants et le risque est leur moyen de survie professionnelle

Dans cette guerre mondialisée des images... les photos et les vidéos sont devenues indispensables mais aussi de plus en plus nombreuses et donc meilleure marché... alors le risque n'est même plus rémunérateur... et les journalistes sont donc poussés à prendre de plus en plus de risques car il faut être au plus près de la photo...

J’aurais pu mourir au moins 4 fois déjà raconte un autre photoreporter qui revient de l'enfer de Misurata dans les colonnes du Spiegel allemand

il raconte encore ce qui se dit parmi les photo reporters... Guillermo Cervera, l'espagnol qui a recueilli le corps d’un des deux disparus... leur blessure à la tête était très méchante... et ça n'est pas un tir de mortier qui a fait cela ... dit il… ce sont bien des bombes à fragmentation pourtant interdites mais vendues par l'Espagne au régime de Khadhafi au moins jusqu'en 2007

et le Spiegel raconte encore les conditions indescriptibles du travail des journalistes à Misurata... toutes les 5 minutes une grenade à fragmentation explose... les tirs viennent de toutes les directions... snipers fidèles au régime, insurgés... alors il est impossible de ne pas franchir la ligne de la prudence

tout ça pour une image reprend la Repubblica... est ce bien raisonnable ?

et c'est le Times de Londres qui répond

Nombreux vous diront que ces sont des héros, ces photo reporters... mais non... ils sont mieux que cela

bien sûr aucune vie ne vaut plus qu'une autre... et à Misurata de très nombreuses vie civiles ont été fauchées... dans un combat urbain des insurgés que l'ont peut certainement qualifier de héroïque

tous ces morts avaient des noms des familles des espoirs... chacune de ces victimes avait certainement droit aussi à une double page dans la presse internationale... tout autant que ces journalistes morts eux aussi à Misurata

Seulement il est vrai que si la mort de journalistes marque autant c'est non seulement qu'ils apportent un témoignage essentiel sur les évènements qu’ils couvrent... c'est aussi dit le Times parce qu'il y a toute une mythologie autour du journaliste de guerre

de fausses images écrit le Times car si vous regardez les vies de ces journalistes ... ce ne sont pas des vies de héros de cinéma, ce sont des vies avec des envies tout ce qu'il y a de plus normal... sauf, car il y a un sauf, qu'à un moment donné ils ont été témoins de quelque chose d'important pour les autres... sauf qu'à un moment donné ils sont les voix de notre conscience... notre liberté d'expression… et qu’ils poussent ainsi sans doute les autorités à réagir... c'était le cas à Sarajevo... c'est encore la même chose à Misurata

Vraiment? Interroge en parfait contrepoint le quotidien du peuple en Chine… est ce si simple que ça? je sais que je ne vais pas me faire des amis en écrivant ceci... de nombreux confrère vont me tomber dessus... mais la liberté d'expression est une autoroute à deux voix et tout dépend de là où l'on se place... les journalistes occidentaux n'arrêtent pas de donner des leçons aux autres...s'insurgeant contre la censure journalistique dans bien des pays... mais la presse occidentale n'est elle pas organisée elle aussi autour d'intérêts financiers colossaux... et n'y a t il aussi des partis pris très discutables dans le traitement de l'actualité, qui relèvent beaucoup plus d'intérêts nationaux ou idéologiques que de la liberté de la presse ? C'est qu'il en va de la liberté comme de la démocratie... concluent les pages éditoriales du quotidien du peuple, l'organe du parti communiste chinois, chacun a sa recette!

Bonne journée

L'équipe
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