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"Danse avec moi" en Bulgarie

5 min

Par Eric Biegala"Danse avec moi"... c'est le mot d'ordre, le cri de ralliement et, sur les réseaux sociaux, le nom de code des manifestants qui depuis maintenant 42 jours font le siège du gouvernement en Bulgarie... un siège au sens propre du terme puisque les manifestants ont séquestré une centaine de personnes dont vingt députés et trois ministres dans l'enceinte du Parlement mardi soir... les représentants nationaux ont finalement été libérés par une intervention musclée de la police au premières heures de mercredi...Mais pourquoi «Danse avec moi»? "A cause de l’acronyme de l’Agence de sécurité nationale (DANS), le contre-espionnage." explique Alexandre Levy dans Le Temps de Genève ; "A peine élu, le gouvernement du premier ministre, Plamen Orecharski a nommé le 14 juin à la tête de la DANS, un député de 32 ans, Delian Peevski. Le problème n’était pas tant son jeune âge ou son manque d’expérience, mais bien son profil, révélateur, selon les manifestants, de l’emprise de «l’oligarchie» sur la vie politique. Fils de l’une des femmes les plus riches du pays, le jeune Peevski dirige le plus grand empire médiatique de Bulgarie, financé par une banque, suspectée par Washington de servir de «lessiveuse» à la pègre locale. «C’est comme si la mafia avait pris ouvertement en main la gestion du pays», résume, toujours dans Le Temps , le politologue Ognian Mintchev.La Frankfurter Allgemeine Zeitung explique qu'"au cours des 23 années qui ont suivi la chute de la dictature communiste, une clique pour l’essentiel issue de l’ancienne nomenklatura ou des services secrets communistes, a phagocyté bon nombre des institutions de l’Etat bulgare afin de pouvoir mener ses petites affaires au sein d’une vaste “zone grise" entre politique, économie et crime organisé. Si elles se vouent une haine mortelle, les factions qui composent ce milieu forment ensemble un cercle très fermé – un “modèle oligarchique” , estime le quotidien conservateur allemand.Et en matière de nomination, l'actuel gouvernement Bulgare, tout récemment issu des urnes, ne s'est d'ailleurs pas contenté d'une seule boulette..."Outre le cas Peevski, sur lequel le gouvernement a dû faire machine arrière, poursuit Alexandre Levy dans Le Temps , d’autres nominations ont également provoqué l’incrédulité, à commencer par celle du leader du parti néonazi Ataka à la tête de la commission chargée de «l’éthique» à l’Assemblée... (il faut savoir que le bonhomme Volen Siderov n'hésite pas à parader dans les travées parlementaires, un pistolet à la ceinture et un gourdin à la main ! )Un vice-ministre de l’Intérieur a été limogé deux heures après avoir pris ses fonctions: la presse ayant révélé qu’il était lié à une société de sécurité à la réputation sulfureuse, énumère encore Alexandre Levy ; Un ministre chargé des Investissements a été accusé, documents à l’appui, d’avoir perçu des allocations chômage en France pendant qu’il exerçait comme architecte en Bulgarie. Un ministre des Transports a été pris en flagrant délit de mensonge. Et, enfin, il y a le chef de la diplomatie, Kristian Viguenin, qui, aussitôt nommé, a remis en poste tous les ambassadeurs ayant collaboré avec les anciens services secrets communistes" C'est, d'une certaine manière, le régime lui même qui est mis en cause...Dans l'hebdomadaire bulgare Kultura , l'historien Toni Nikolov qui est de toutes les mobilisations depuis la mi-mai dessine un parallèle entre l'actuel gouvernement, emmené par les Socialistes et celui de l'Ancien Régime communiste. C'est un pouvoir qui se "replie sur lui-même", écrit-il; "Les barricades autour de l'Assemblée nationale et le cordon de police déployé autour du bâtiment nous renvoient à la chute du communisme et aux périodes de crise en Bulgarie. Le projet communiste, maniaque et paranoïaque, convaincu que quelqu'un désirait lui prendre le pouvoir, était malgré tout expansionniste : il cherchait à contrôler et à diriger les masses, il organisait les manifestations d’ouvriers, afin de mettre en scène l'unité de la nation et du parti. Aujourd'hui, poursuit Toni Nikolov, ce même pouvoir se retrouve entre les mains des “descendants du Politburo”, mais il a une toute autre allure. C'est d'abord un isolement, une gouvernance par la peur, une opacité coupable. C'est un pouvoir de “barricadés face aux citoyens”, comme on pouvait le lire sur une affiche". Dans le quotidien Dnevnik , l'acteur Samuel Fintsi résume les revendications des manifestants de manière simple : il s'agit selon lui d'une tentative pour "restaurer quelques valeurs morales ou au moins un système politique fonctionnel" dans le pays. Mais concrètement, les manifestants demandent surtout la démission du gouvernement.Selon un récent sondage, environ 60% de la population bulgare soutien les manifestants, rapporte l'agence Reuters ... mais le premier ministre a clairement annoncé qu'il n'entendait nullement démissionner et d'ailleurs de nouvelles Législatives n'aporteraient pas forcément de solution selon le même sondage cité par Reuters , un nouveau passage par les urnes accoucherait probablement du même type de coalition, bancale, voire suréaliste : actuellement le Parti Socialiste au pouvoir a besoin des 23 voix des députés néonazi et ouvertement racistes de l'Ataka pour gouverner... "La question fondamentale actuellement est de savoir s'il existe vraiment une alternative. Malheureusement, la réponse est un non catégorique, écrit le quotidien Dnevnik . Sans alternative politique, le mouvement de protestation ne générera rien de nouveau. La solution devrait venir de la périphérie [politique], c'est-à-dire de là où aucune influence n'est exercée par les 'hommes de l'ombre', ces individus qui manipulent en coulisses le moindre mouvement des dirigeants. Contre toute attente, cette périphérie a du mal à élaborer une alternative. Visiblement, regrette Dnevnik , la société civile bulgare ne dispose pas de l'expérience et des instincts nécessaires pour s'organiser, de façon à devenir un acteur politique incontournable" .

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