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Dégage!

6 min

par Cécile de Kervasdoué

« allez barre toi... dégage.. du balai... mais casse toi quoi!!!! »

il y a des hymnes comme à ça qui sont particulièrement directs... particulièrement représentatifs d'un époque... particulièrement symboliques… et c'est le cas de celui que vous entendez là raconte ce matin le New York Times aux Etats Unis... personne ne sait vraiment qui a écrit la chanson mais tout le monde s'accorde pour raconter qu'un jeune homme qui l'a chantée récemment a été arrêté le mois dernier... emmené dans la plaine d'Antioche et assassiné... on a retrouvé son corps la gorge coupée, les cordes vocales extirpées...

Depuis l'annonce de sa mort... des garçons de 6 ans la chantent... comme d'autre milliers et milliers de personnes chantent cette même chanson qui fait le tour de la toile... et dont l'écho se répand à travers toute la Syrie : « allez Bashar al Assad va t'en maintenant »

On l'a tous apprise cette chanson raconte Ahmed 40 ans... et partout dans toutes les manifestations du pays, la foule n'entonne plus que cela...

« Barre toi Bashar... qu'est ce qu'on peut dire d'autre ? »... quoi de plus représentatif de la fureur doublée d'humour noir qui teinte cette révolution syrienne... et le New York Times salue tout cette culture populaire qui émerge brutalement en Syrie comme avant en Tunisie ou en Egypte... avec les chansons, les slogans il y a les images les marionnettes, mais cette chanson là est sans doute la plus représentative de ce que vivent et pensent les révoltés syriens...

« hé bashar toi le menteur .... vas te faire voir avec tes beaux discours... la liberté est à notre porte alors vas y maintenant casse toi! » répète encore la chanson… Le pouvoir des mots est en marche alors que la rébellion syrienne reste encore sans chef visible... parce que c'est bien le problème que tente de résoudre cette chanson... la révolte syrienne est atomisée... même dans la même vile les révolté ne communiquent que par internet... au risque de rendre tout le mouvement virtuel !

et pourtant sur le terrain la violence n'est pas virtuelle raconte le site d'al jazzera qui confie que les informations dont elle dispose restent pourtant virtuelles elles puisque le pays est toujours fermé à la presse... des vidéos postées sur You tube montrent des images de l'armée du régime qui tire sur la foule avec des tanks et des armes automatiques dans la ville de Homs quadrillée par des check point militaires.... il y aurait eu au moins 40 morts hier

Vendredi dernier près d'un million de syriens sont descendus dans les rues des grandes villes du pays... principalement à Hama et Deit al zour pour demander la chute du régime.

Aujourd’hui vendredi... des tirs sont à nouveau entendus dans la ville de Homs... et pourtant l'appel à la manifestation a été réitéré malgré les centaines d'arrestations les blessés et le quadrillage militaires de toutes les villes du pays... à Damas l'électricité est coupée comme l'eau... et les médias officiels disent se défendre ainsi contre des milices isolées qui sèment le chaos dans la ville

à Homs, l'armée s'en est pris à la mosquée qui se matin appelait à la manifestation raconte encore Haaretz en Israël... le gouvernement blâme la main des islamistes... et il est impossible de savoir si effectivement ce sont les islamistes qui attisent ou non la violence... Assad n'a t il pas promis un dialogue national en libérant des centaines de prisonniers ? Interroge le quotidien israélien.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne porte pas le régime syrien dans mon cœur. confie pour sa part l'éditorialiste de l'Orient le Jour au Liban ce matin

Pourquoi ? Pour toutes les exactions commises envers les Libanais. Pour tous les tristes souvenirs des barrages et des postes de sécurité. Pour ce soldat syrien qui avait voulu me prendre mes bottes, pour ceux qui ont assassiné, volé et violé.... Pourtant, aujourd’hui, alors que les puissances qui lui avaient livré le Liban pieds et poings liés s’acharnent sur lui, je n’arrive pas à être heureux du sort qui attend la Syrie. Je me suis même surpris à espérer que le régime tienne bon, qu’il résiste face à ces tentatives flagrantes de déstabilisation qui ne servent qu’en dernier lieu les intérêts du peuple syrien....Au vu des résultats de la démocratie promise aux Irakiens, ou plus récemment aux Libyens, on ne peut s’empêcher de souligner les tendances néo-colonialistes de pays en mal de nouveaux marchés pour certains, et de sphères d’influence pour d’autres. La politique de deux poids, deux mesures qui s’applique vis-à-vis des pays arabes qui vivent leur printemps tant attendu ne passe pas non plus inaperçue. Pourquoi le Bahreïn et la Syrie, le Yémen et la Libye doivent-ils malgré eux devenir le damier de joueurs régionaux et internationaux au détriment des causes justes qui ont mené au soulèvement de leurs populations ? On peut certes sourire quand les ténors du régime parlent de complots et de brebis galeuses pour décrire l’aspiration des Syriens à un peu plus de liberté. On peut faire grise mine lorsque certains évoquent la possibilité d’une prise du pouvoir par des religieux fanatiques, et s’inquiéter pour l’avenir de la formule libanaise. On peut carrément s’énerver lorsque des pays au passé marqué par des massacres et de la tyrannie s’amusent à donner des leçons de démocratie à leurs voisins. Une certitude demeure, un sentiment d’occasion manquée qui caractérise l’histoire des peuples arabes, un rêve éphémère et définitivement écarté, celui de pouvoir décider librement de leur avenir.

N'empêche rajoute Clarin en argentine... alors que le monde entier a les yeux tournés sur les questions de transparence journalistique... ou de crise de la dette européenne et américaine... il s'agirait de ne pas zapper complètement les révoltes arabes non?

bien sûr il reste quelques journaux étrangers à évoquer par exemple le Bahreïn pays oublié du printemps arabe comme le titre le Temps en Suisse...

Haaretz en Israël qui raconte le nouvel exécutif égyptien qui ne satisfait pas la rue

et bien sûr le New York Times qui outre son reportage sur la Syrie livre un très long reportage sur le Yemen au bord de l'enfer dit le titre

et Clarin poursuit: chaque grande puissance s'offusque officiellement tous les vendredi de voir l'étendue de la brutalité du régime de Bashar al Assad... et voilà que les Etats Unis et l'Europe parlent d'étendre les sanctions comme l'interdiction de voyage ou le gel des avoirs des membres du régime syrien... mais dans le même temps

L’Allemagne... l'Italie... la France et les Pays Bas continuent bien tranquillement de consommer le pétrole du régime syrien !

Alors???

Ah, l'Europe.... décidément mère de toutes les déceptions... comme en témoigne ce dessin du journal le Temps en Suisse où l'on voit des têtes arabes et asiatiques observer de loin un homme brandissant le drapeau européens dont les étoiles ne forment plus qu'un grand SOS

"l'Europe si décevante... si vieillissante... si gâtée ...si inconsciente"... les qualificatifs ne manquent pas ce matin...

il s'agirait pourtant de la réinventer cette Europe... écrit Polska times en Pologne... de laisser de côté l'idée que nous sommes une communauté homogène pour nous nourrir de nos différences... il s'agirait d'arrêter les excès de courtoisie... l'hypocrisie de la diplomatie ... il s'agirait d'être plus audacieux... car l'Union aujourd’hui se comporte conformément à la devise des intellectuels français "il vaut mieux avoir tord avec Sartre que raison avec Aron"… or écrit Polska Times, il est temps d'abandonner cette idée naïve !

Temps également de cesser de blâmer sans cesse le chef écrit el Pais en Espagne.... car on lit partout lorsqu'il s'agit de l'Europe et ce matin encore dans les colonnes du Financial Times : « tout cela c'est de la fautes des chefs d'états de l'Union... de leur courte vue, de leur irresponsabilité, de leurs visées électorales ou personnelles »... mais n'est il pas trop facile finalement de personnifier cette crise qui nous emportent tous au risque de faire vaciller l'idée portée par nos démocratie ? Interroge el Pais... Ne sommes pas finalement tous responsables de ce fameux chaos que nous dénonçons ?... responsables parfois tout simplement à cause de notre attentisme? ... et el Pais conclut... les révolution arabes le montrent: il ne suffit pas de dire « dégage » et d'obtenir la chute officielle d'un régime; après tout reste à faire et le travail est de très grande ampleur

Devant ce travail de très grande ampleur je vous tire ma révérence ce matin, en vous souhaitant comme toujours une très bonne journée mais aussi un bon été

À la rentrée vous retrouverez Thomas Cluzel.

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