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Des dictateurs africains à la Une de la presse

4 min

PAR LUDOVIC PIEDTENU

Robert Mugabe dans Newsweek (capture d'écran)
Robert Mugabe dans Newsweek (capture d'écran)

NICOLAS MARTIN : Le dirigeant africain ROBERT MUGABE, à la UNE de la dernière livraison de Newsweek LUDOVIC PIEDTENU : Avec ce titre "les derniers jours de Robert Mugabe"."Pour la première fois en 35 ans d'un pouvoir totalitaire, dans un pays en faillite, le Zimbabwe, où la famine est imminente, le parti présidentiel est en train de se déchirer", nous raconte l'hebdomadaire américain. "Le peuple qui souffre, les factions belligérantes et ses soi-disant héritiers attendent tous une chose : la mort du vieil homme."6 pages à lire dans ce numéro de Newsweek.L'auteur de l'article, Graham Boynton, a passé un mois dans le pays et "des zones sauvages, en passant par les communautés rurales, ou dans les grandes villes, la phrase qui démarre à peu près chaque conversation, raconte-t-il, est : quand le vieil homme partira..."Robert Mugabe a 91 ans. Et une grande majorité de zimbabwéens redoute l'idée d'une nouvelle élection truquée en 2018, qui offrirait un énième mandat à celui qui, écrit le journaliste, a toujours été "sans pitié pour ses ennemis".Au mois de mars, Itai Dzamara, un ancien journaliste et militant du principal parti d'opposition a mystérieusement disparu en sortant d'un salon de coiffure, "embarqué dans une voiture banalisée". "Il est supposé mort aujourd'hui".Et l'Ambassadeur de France, lors de sa réception du 14 juillet la semaine dernière, a eu un mot pour cet opposant. Ce qui lui a valu d'être convoqué. Et le ministre zimbabwéen des affaires étrangères a menacé "d'expulser les diplomates qui interfèreraient dans les affaires intérieures."NICOLAS MARTIN : Un autre homme sans pitié à la une de l'actualité, Hissène Habré LUDOVIC PIEDTENU : Dont le procès commence aujourd'hui à Dakar au Sénégal pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et actes de torture."Procès historique", écrit le Parisien / Aujourd'hui en France."Devant ses victimes, l'ex-dirigeant tchadien, va rendre compte de ses crimes devant la justice de son continent", écrit Le Figaro."Une première dans l'histoire de la justice africaine" peut-on lire ce matin dans La Croix ou encore à la Une de Libération qui y consacre 3 pages.Dans l'International New York Times, portrait de ceux qui ont "risqué leur vie pour présenter Hissène Habré à la justice".NICOLAS MARTIN : Un homme et une femme en particulier... LUDOVIC PIEDTENU : Le quotidien américain a choisi de nous parler de Jacqueline Moudeina, 58 ans."Aux Rayons-X, son corps est encore incrusté des éclats d'une grenade.""Elle est quasiment sourde d'une oreille, elle boite, et des douleurs chroniques la fatiguent souvent.""Le 11 juin 2001, alors qu'elle participe à une manifestation à Ndjamena, la capitale tchadienne, contre la fraude électorale, elle entend quelqu'un prononcer son nom, elle voit un homme la désignant du doigt. Quelques secondes plus tard, une grenade explose à ses pieds.""Des docteurs en France ont travaillé des années pour soigner brûlures et fractures et sauver ses jambes de l'amputation.""Les menaces et les obstacles ont toujours fait partie de sa vie.""Son bureau a été saccagé, sa voiture volée, elle a souvent été menacée par des appels anonymes la nuit lui conseillant, si elle voulait vivre, de laisser tomber ce dossier.""Une avocate peu ordinaire.""Il y a 15 ans, c'est elle qui a rempli la première plainte contre Hissène Habré au nom des victimes."NICOLAS MARTIN : Et l'International New York Times explique qu'elle a été aidée par un groupe d'avocats de Human Rights Watch...

Reed Brody, en janvier 2012 à Madrid, alors conseiller juridique et porte-parole de Human Rights Watch
Reed Brody, en janvier 2012 à Madrid, alors conseiller juridique et porte-parole de Human Rights Watch Crédits : Luca Piergiovanni - Maxppp

LUDOVIC PIEDTENU : C'est l'autre portrait que vous retrouvez dans plusieurs de vos journaux ce matin."Reed Brody, un avocat aux trousses des dictateurs" titre Le Monde."Hissène Habré l'aurait surnommé "le grand manitou blanc"."Il garderait chez lui, dit la rumeur, une cible au centre de laquelle se trouve la photo... de Reed Brody", peut-on lire cette fois dans le quotidien suisse Le Temps. Je vous recommande la lecture de ce récit sur une traque de 25 ans, écrit par Pierre Hazan, auteur du film "Chasseur de dictateurs".Pierre Hazan raconte : "c'était une folle traque faite de mille rebondissements, qui s'étendra sur trois continents, de Ndjamena à Genève, de New-York à Dakar, en passant par Bruxelles, Paris, Addis-Abeba, La Haye. Cette traque mobilisera le Parlement de l'Union Européenne et l'Union Africaine, les Nations Unies, la Cour internationale de Justice, ainsi que des tribunaux au Tchad, au Sénégal et en Belgique, et une myriade d'organisations non gouvernementales tchadiennes, sénégalaises, sans compter la Fédération Internationale des Droits de l'Homme, et naturellement Human Rights Watch. L'archevêque sud-africain Desmond Tutu dira : "c'est le plus grand feuilleton politico-judicaire qui ait jamais existé.""Rien, au premier abord, ne trahit la détermination de cet avocat affable de 62 ans au look d'éternel étudiant", écrit Olivier Piot dans Le Monde."Derrière sa voix douce se cache une rigueur qui lui a valu sa réputation de "chasseur de dictateurs". Le Tchadien Hissène Habré est son trophée".Dans Libération, interview par Jean-Louis Le Touzet de Reed Brody.De cette répression, rappelons-le, de 40 000 personnes entre 82 et 90, "les bureaucrates ont tout consigné"."Ce qui est surprenant dans cette administration de la police politique, la DDS, mise en place par Hissène Habré, c'est que ce dernier était constamment tenu informé. Des milliers de documents lui ont été adressés. Il a reçu 1265 communications directes à propos de 898 prisonniers. On sait par les interlocuteurs du premier cercle d'Hissène Habré que ce dernier lisait tout, explique Reed Brody. Il travaillait souvent jusqu'à deux heures du matin, intervenait sur tout, jusqu'au choix de l'étoffe des uniformes des prisonniers. Pour Hissène Habré, conclut le tenace Reed Brody, on voit un homme au coeur de la machine de la répression."

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