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Des migrants à l'assaut de leurs droits : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

C'est une vidéo spectaculaire. Des images nocturnes, diffusées par la Garde civile espagnole, montrant des centaines d'immigrants clandestins venus d'Afrique, en train de franchir la frontière entre le Maroc et l'Espagne, en escaladant trois clôtures de plusieurs mètres de haut, dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla.

Des assauts massifs, titre ce matin EL MUNDO. Et c'est vrai que sur les images, le flot des clandestins y est ininterrompu. De véritables avalanches de migrants, commente son confrère d'EL PAIS. Hier matin, à l'aube, les assaillants, comme les appelle dans la presse le préfet de Melilla, ont détruit 40 mètres de grillage. Et ils sont parvenus à renverser complètement une partie de la clôture frontière, avant d'entrer en territoire espagnol, tout en lançant des objets contre les forces de sécurité postées de l'autre côté et qui tentaient de contenir l'assaut. Six gardes civils ont été blessés, ainsi qu'un immigrant dont la jambe s'est fracturée après être tombé de la clôture. Au total, plus d'une centaine de personnes seraient ainsi parvenues à entrer en territoire espagnol. Elles doivent à présent être transférées au centre d'accueil temporaire des immigrants, centre qui abrite désormais le double de sa capacité.

Cet assaut, comme le décrit la presse espagnole, intervient quelques jours seulement, après que des discussions au bureau du Haut commissaire aux droits de l’homme pour les Nations unies ont été engagées sur le respect des droits des travailleurs migrants au Maroc. Or face à l’état des lieux optimiste présenté par le gouvernement de Rabat, 5 associations ont transmis des rapports alternatifs nettement plus alarmants. Véritable point noir de la gestion marocaine des migrations, précise ce matin le portail d'information YABILAADI, les expulsions de personnes en situation irrégulière ont notamment été pointées du doigt. En 2012, 191 incidents ont été enregistrés et plus de 6000 personnes ont été expulsées. Parmi elles, des femmes enceintes, des mineurs, des enfants et plus de 500 personnes qui avaient besoin de soins médicaux, pour des blessures liées à la violence, ont été expulsées au cours de l’année. Et pour toute réponse, poursuit l'article, le gouvernement, lui, nie en bloc, comme à l’ordinaire.

Il faut dire que le Maroc est devenu, ces dernières années, l’une des principales routes de migration illégale en Europe, depuis l’Afrique subsaharienne. Ainsi, au cours des trois premiers mois de cette année, on estime à près d’un millier le nombre d’individus qui ont réussi à passer en Espagne à la nage, en bateau ou en franchissant des grillages. Sauf que dans le même temps, ils sont près de vingt mille à se trouver pris au piège en zone de transit. Pris au piège, car pour de nombreux migrants subsahariens, le voyage s’achève en effet par un séjour semi-permanent au Maroc, où les forces de police, financées par l'Union européenne à coup de dizaines de millions d'euros, violent les droits humains fondamentaux.

C’était justement l'objet d'un article, publié la semaine dernière par le quotidien britannique THE GUARDIAN et cité par Presseurop. Et qu'y apprend-t-on ? Que deux pratiques, en particulier, devraient logiquement appeler une réponse de la part de l’UE qui finance cette opération. La première porte sur le renvoi présumé, sur le territoire marocain, des réfugiés repêchés dans les eaux espagnoles, ce qui est une infraction au droit d’asile. Et la seconde consiste à abandonner des migrants, détenus au Maroc dans le désert, de l’autre côté de la frontière algérienne, ce qui est de toute évidence illégal.

Et le journaliste britannique de raconter : Dans un bidonville des environs de Tanger, autour d’une bouilloire sifflant sur le feu, une douzaine d’hommes allongés sur des coussins défoncés et des couvertures élimées, m’interrogent : "Pourquoi les Européens sont-ils aussi déterminés à nous empêcher d’entrer ?" Je leur livre la vérité crue, dit-il, parce que beaucoup de Blancs pauvres, pensent que vous venez leur voler leurs emplois, réduire leurs salaires et détruire leur culture. Ma réponse semble les déconcerter. "Mais eux, ils sont venus dans mon pays", s’insurge notamment Ibrahim. "Et ils soutiennent le président, le salaud à cause duquel nous ne pouvons plus vivre chez nous."

On peut comprendre, que l’Europe cherche à renforcer la capacité du Maroc à surveiller son côté de la frontière, où la police dresse, certes, des barrages routiers à intervalles réguliers, mais à distance respectable des échoppes d’essence de contrebande et des fumeurs de haschich. En revanche, il est beaucoup moins compréhensible, poursuit l'article, que l’Europe tolère les violations des droits fondamentaux des migrants. A moins, bien entendu, que comme dans le cas de la répression des immigrés en Grèce, tout cela ne soit fait que pour bafouer à grande échelle l’obligation officielle de traiter les migrants humainement et donc de dissuader les candidats à l’exil.

Et l'article du GUARDIAN d'en conclure, mieux l’agence européenne de surveillance des frontières fait son travail et plus la pression monte dans des pays comme le Maroc, qui se soucient peu de droits de l’homme et doivent déjà gérer d’immenses problèmes de pauvreté au sein de leur propre population. Seulement voilà, dès que tout cela se passe derrière les barbelés des frontières de l’Europe, alors la responsabilité de l’UE disparaît et avec elle, la capacité à dénoncer les faits.

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