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Deuxième Nobel pour la France

4 min

Par Marine de La Moissonnière

"Ah douce ironie", s'amuse le Guardian. "La semaine dernière, lors de la réunion annuelle du FMI, il était bien difficile de trouver quelqu'un ayant quelque chose de positif à dire sur la France ", raconte Larry Elliott. Et pourtant à qui l'Académie royale des Sciences de Suède a-t-elle choisi de décerner le prix Nobel d'économie ? A un Frenchman, répondent les médias américains. "Un Français a remporté le Nobel d'économie ". Ce titre revient souvent à la Une ce matin, comme si outre-Atlantique, on n'en revenait pas qu'un Français - peu importe son nom - ait été distingué dans cette discipline. Certains estiment que c'est paradoxal de récompenser quelqu'un dont le pays ne se porte pas bien, rapporte le New York Times, même si reconnaît le quotidien, après le succès du livre de Thomas Piketti, c'est l'année des économistes français.

Ce n'est pourtant pas la première fois qu'un Tricolore décroche le Nobel d'économie, rappelle Le Temps. Il y a eu Gérard Debreu en 1983 et Maurice Allais en 88.

Et puis le nom de ce Français - Jean Tirole donc - circulait parmi les favoris, révèle le quotidien de Genève. "Moins médiatique que d’autres, le fondateur de l’Ecole de Toulouse est pourtant l’un des économistes les plus cités par ses pairs ", poursuit le journal. Ce "titan de la recherche ", comme le qualifie Marius Brülhart, vice-doyen de HEC Lausanne, a déjà reçu de nombreux prix au cours de sa carrière et il est docteur honoris causa d’une dizaine d’universités.

Pas de quoi être surpris, non, confirme El Mundo, car son nom revenait souvent. Ce qui peut étonner toutefois, concède le journal espagnol, c'est le profil de l'homme. "L'académie suédoise aime la théorie, l'abstrait et le travail technique". Or si Jean Tirole est un théoricien, "son travail est éminemment concret ". Et de détailler : c'est un expert de la régulation, des marchés et de la lutte contre les monopoles. Bref, c'est un expert du monde réel. Pour El Mundo , Jean Tirole, c'est "le prix Nobel qui sait comment freiner Google. " Le quotidien raconte le cours magistral dispensé hier, par téléphone par le tout nouveau récompensé. Jean Tirole considère que la dérégulation de certains secteurs - des télécommunications au transport en passant par l'énergie - est esssentielle à condition que des règles demeurent. Des règles fixées par l'Etat qui ne doivent pas être les mêmes pour tous car il s'agit de favoriser la concurrence et d'aider le marché à fonctionner correctement. Il n'y a pas de solution unique selon Jean Tirole, insiste le Guardian . Chaque industrie doit être régulée en fonction de sa propre structure.

Jean Tirole qui a passé sept ans au MIT de Boston, défend également des idées qui ne sont pas spécialement "françaises" ou en tout cas qui ont du mal à être entendues dans l'Hexagone. C'est "un Prix Nobel d’économie qui appelle la France à la réforme ", souligne Le Temps . En 2003, il invitait déjà le gouvernement Raffari à modifier de fond en comble le marché de l’emploi en France en créant un "contrat de travail unique ". Fini la distinction CDI/CDD, raconte Le Temps . Jean Tirole a aussi proposé l'instauration d'une "taxe sur les licenciements, en échange d’allègements de charges pour les entreprises ". Un message répété hier encore. L'économiste a appelé à réformer un marché français de l’emploi "assez catastrophique " selon lui.

Le président du jury du Nobel a en tout cas bien précisé qu’il ne s’agissait pas d’un "prix politique", indique le journal suisse. Certains en France, comme le Premier ministre Manuel Valls, se sont en tout cas emparés en tout cas de la bonne nouvelle, s'empressant de crier cocoricos.

Ce n'est pas le cas d'Alain Finkielkraut, rapporte le New York Times . Que les politiques français se gargarisent de ce Nobel et de celui de Modiano montrent bien à quel point la France est désespérée, juge le philosophe. Au siècle dernier, remporter des prix, c'était quelque chose de normal confirme Robert Frank, professeur d'histoire à Paris 1. L'autoglorification actuelle montre bien que la France a perdu confiance en elle. Pour Alain Finkielkraut, le pays est en crise : crise économique, crise de l'intégration, crise du système éducatif, détaille-t-il dans les colonnes du New York Times. "Ce ne sont pas ces deux médailles en chocolat qui vont me consoler. "

Et le New York Times de conclure : dans l'art du french bashing, les Français sont décidément les meilleurs.

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