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Diane la chasseresse mexicaine : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

C’est une histoire digne d’un «rape and revenge» (viol et vengeance), ce sous-genre cinématographique, probablement l'un des plus controversés et particulièrement florissant dans les années 60 et 70. Depuis la semaine dernière, la police recherche une tueuse soupçonnée du meurtre de deux chauffeurs de bus à Ciudad Juarez, La "Cité des mortes" comme on l'appelle. La quatrième ville du pays située sur la frontière avec les Etats-Unis, juste en face de sa jumelle américaine d’El Paso est une ville hors normes, puisqu'elle est non seulement le bastion de l’un des plus importants cartels de la drogue d´Amérique latine mais aussi l’un des points frontaliers les plus transités de la planète et depuis une dizaine d'années déjà, elle est aussi devenue tristement célèbre pour ces centaines de femmes assassinées, dont les corps sont retrouvés dans le désert tout proche, avec des traces d’extrêmes violences sexuelles. Au début des années 2000, cette situation avait même valu à la ville le titre peu envié de capitale mondiale du meurtre. Or dix ans après le meurtre de la première victime, les autorités ne peuvent toujours pas désigner les responsables de ce massacre ni même donner une explication convaincante à cette véritable tragédie.

Mais qu’est-il arrivé au Mexique, autrefois un paradis pour les touristes avec ses plages magnifiques et ses monuments antiques, interrogeait il y a encore peu le journal suisse LE TEMPS ? Depuis le début de la guerre contre la drogue en 2006, plus de 40 000 personnes ont été tuées au Mexique. Et dans la ville de Ciudad Juárez, il y a eu plus de 9000 assassinats au cours des quatre dernières années, soit environ huit homicides par jour. Tout cela résulte de cartels de la drogue, qui vivent grâce à la violence, aux meurtres, au viol et à l’extorsion. Ils fournissent aux toxicomanes des Etats-Unis de l’héroïne, de la cocaïne, de la marijuana et des amphétamines. Et en retour, en retour le Mexique reçoit 19 à 29 milliards de dollars par an. Au total, le trafic de drogue emploie 500 000 personnes.

Dans cette guerre contre la drogue, le groupe le plus vulnérable est constitué par les femmes et les enfants. Ils deviennent la proie des narcotrafiquants, très appréciés comme marchandises pour les trafiquants du sexe qui approvisionnent des pays comme les Etats-Unis et le Canada. Dans «La cité des mortes», 450 femmes ont été tuées et 3000 sont portées disparues. Les cadavres des femmes assassinées sont découverts suite à des schémas répétitifs de violence, de viol et de mutilation: elles sont simplement jetées dans le désert.

Et pourtant, récemment, de nouvelles statistiques concernant La Cité des Mortes avaient redonné espoir au quotidien américain USA TODAY. Des chercheurs de l'Université de San Diego ont en effet constaté que la violence y a chuté de 21 % l'an dernier.

Quoi qu'il en soit, celle qui s'est autoproclamée donc "Diana, la chasseuse de chauffeurs", cette justicière des femmes violées a déjà revendiqué les assassinats de deux conducteurs d'autocar, deux hommes coupables, selon elle, d’abus sexuels sur des passagères. Il faut dire que les chauffeurs de bus, là-bas, sont régulièrement accusés de commettre des agressions sexuelles, notamment de femmes, faisant des horaires de nuit dans les "maquiladoras", ces manufactures américaines, mais pas seulement, installées le long de la frontière. Près de 200 000 ouvrières travaillent jour et nuit, par roulement, dans ces usines d'assemblage.

Mercredi dernier, raconte le journal SIN EMBARGO, une femme d'une cinquantaine d'années, vêtue de noire et arborant une perruque blonde monte dans le bus de la ligne 718. Face à une douzaine de passagers, elle tire sur le conducteur. L'homme essaie en vain de s'enfuir pour appeler à l'aide. Diane la chasseresse lui plantera trois balles directement dans la tête. Le lendemain, l'histoire se répète. Ligne 744. Dans les colonnes du journal local DIARIO de JUAREZ, un témoin raconte avoir entendu la tueuse s'adresser à sa victime : "Vous les mecs, vous pensez que vous êtes vraiment des gros bras, n'est-ce pas", avant de lui tirer une balle dans la tête.

Depuis, des policiers en civil ont été déployés sur les lignes d'autocar concernées et 12 cas de viols perpétrés par des conducteurs d'autobus sont actuellement étudiés par la police pour tenter d'établir si la suspecte fait partie des victimes.

Les autorités judiciaires ont dans un premier temps suivi la piste d'une "vengeance ou d'un crime passionnel". Mais samedi dernier, plusieurs organes de presse de l'Etat ont reçu un message anonyme, revendiquant ces deux assassinats et signé par "Diana, la chasseuse de chauffeurs". "Mes camarades et moi avons souffert en silence, dit-elle, mais nous ne pouvons plus nous taire, nous avons été victimes des violences sexuelles de conducteurs qui assuraient les liaisons nocturnes ici à Juarez, mais même si les gens connaissent notre souffrance, personne ne nous défend ni ne fait rien pour nous protéger".

Dans sa lettre, Diana la chasseuse de chauffeurs conclue par ces mots : "Ils croient que nous sommes faibles parce que nous sommes des femmes. Je suis un instrument de vengeance", ajoute le texte, prévenant de nouveaux assassinats à venir.

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