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Djihad 3.0, la menace d'une guerre nouvelle

4 min

Par Thomas CLUZEL

C’est une guerre 3.0. Hier, précise le journal de Londres THE INDEPENDENT, des hackers se réclamant de l'organisation djihadiste EI ont à nouveau créé la panique, en attaquant le Centre de commandement de l'armée américaine. Plus exactement, le compte Twitter du Commandement central américain a été piraté. Il était 18h30 heure française, lorsque la photo du compte a brusquement disparu, laissant sa place à une bannière noire et blanche avec l'image d'un combattant masqué, accompagnée de ces mots : « I love you Etat islamique ».

Piratage du compte Twitter du CENTCOM par des pirates informatiques se réclamant du groupe État islamique
Piratage du compte Twitter du CENTCOM par des pirates informatiques se réclamant du groupe État islamique

Evidemment, peu de temps après, le commandement militaire a suspendu son compte Twitter. Reste que l'espace d'un instant, sur le fil du centre stratégique américain, l’un des neuf commandements unifiés de l’armée américaine, qui supervise toutes les opérations militaires en Irak, en Syrie et en Afghanistan, on a pu lire ceci : « Au nom d'Allah, nous avons pénétré dans votre système et vos appareils personnels et nous savons tout de vous », « nous savons tout sur vos femmes et vos enfants » ou bien encore, « il n'y aura aucune pitié pour vous infidèles » car « il n'y a pas d’autre loi que la charia ». « L'Etat Islamique est déjà là, dans les ordinateurs de chacune de vos bases militaires ». Egalement postée sur le compte, une photo où l'on aperçoit une base américaine. Le groupe de hackers affirme qu'elle a été prise depuis la webcam de l'un des ordinateurs du Commandement central.

Plusieurs documents ont également été divulgués, rapporte THE WASHINGTONPOST cité par le Courrier International, sans que nous ne sachions encore s’il s’agit de documents sensibles ou pas : parmi eux, des listings avec des adresses mails de soldats américains ainsi que des adresses postales et des numéros de téléphone de hauts gradés de l'armée, mais aussi des cartes géographiques, notamment de la Chine et les scénarios d’une potentielle stratégie d’attaque de la Corée du Nord. Au Pentagone, des responsables américains ont indiqué qu'apparemment aucun document classifié, en revanche, n'avait été publié par les pirates, avant toutefois d'ajouter qu'ils ne pouvaient pas encore évaluer si le piratage représentait une réelle menace pour les réseaux internes du Pentagone.

Et puis le compte YouTube du Centre de commandement a lui aussi été piraté, relate cette fois-ci le journal de Toronto NATIONAL POST. 5 vidéos de propagande de l’organisation djihadiste Etat islamique ont notamment été postées avant que le compte ne soit suspendu quarante minutes plus tard.

Or ces deux attaques simultanées sont intervenues au moment même où le président Obama s'exprimait, lui, à Washington sur la cybercriminalité. Barack Obama, qui quelques minutes plus tôt seulement avait même tweeter à l'occasion de son discours : « si nous devons être connectés, nous devons être protégés ».

En réalité, ce groupe de hackers autoproclamé "le Cyber Caliphat" n'en est pas toutefois à sa première attaque, précise à nouveau THE INDEPENDENT. Le 6 janvier, déjà, ils avaient réussit à infiltrer la page d'accueil du site d'une chaîne de télévision américaine du Maryland, affiliée à CBS. Un mois plus tôt, un incident similaire s'était également produit sur la page d'accueil d'un journal d'Albuquerque du Nouveau Mexique. Enfin les hackers ont également affirmé avoir piraté les bases de données du FBI.

Et puis la France n'est pas épargnée, rappelle pour sa part le site de l'hebdomadaire de Bruxelles LE VIF. Depuis les attentats de la semaine dernière, des centaines de sites d'institutions françaises, mairies, établissements scolaires, universités, églises ou entreprises ont été piratés par des groupes de hackers, pas les mêmes que ceux du Cyber Califat mais se présentant comme des islamistes du Maghreb ou de Mauritanie. Le site du conseil du département du Lot, notamment, a été piraté pendant trois heures par un groupe tunisien qui renvoyait les utilisateurs vers une adresse diffusant un discours intégriste. Et puis le Mémorial de Caen, également, a vu sa page d'accueil afficher un message en arabe et un autre en français affirmant: « J'atteste qu'il n'y a de Dieu qu'Allah ».

Un véritable cyberjihad. Evidemment, il ne s'agit là que de la partie émergée de l'iceberg mais aussi la moins dangereuse, car elle n'a pas d'autres conséquences que l'affichage d'une idéologie. Et d'ailleurs, prendre le contrôle de la page d'accueil d'un site mal protégé ou pas correctement mis à jour pour en modifier son contenu n'est pas très difficile à réaliser techniquement. Mais il n'en reste pas moins que l'ampleur de ces attaques, dans un temps aussi restreint est a priori inédite. Et puis surtout, une telle maîtrise et une telle rapidité prouvent qu'il s'agit de l'action de véritables professionnelles.

Il faut tout de même préciser que la même technique est aussi utilisée dans le camp adverse, précise toujours le journal, puisqu'à la suite d'un appel d'un groupe d'Anonymous à venger Charlie Hebdo, des activistes ont revendiqué, eux aussi, l'attaque de plusieurs sites de propagande djihadistes. « Attendez-vous à une réaction massive de notre part », avait ainsi lancé sur Twitter après l'attentat, un compte baptisé @OpCharlieHebdo. Et de fait, les hackers du collectif ont mis leur menace à exécution en bloquant depuis le 9 janvier plusieurs milliers de sites internet, mais aussi des comptes Twitter et Facebook djihadistes. Une opération, tient enfin à préciser LE TEMPS de Genève, qui suscite la controverse parmi les experts en sécurité informatique, lesquels estiment que de telles actions peuvent nuire au déroulement des enquêtes. Mais une inquiétude qui ne freine pas pour l'instant la détermination du collectif, puisque celui-ci entend poursuivre encore ses actions dans les prochains jours.

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