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Doit on collaborer avec des dictatures?

5 min

par Cécile de KervasdoueL’histoire nous gratifie parfois de coïncidences effarantes... ainsi pour des raisons bien distinctes bien sûr... voilà que le jugement populaire s'abat sur deux symboles du pouvoir phallocrateHosni Moubarak et Sylvio Berlusconic'est que l'heure des derniers pharaons a sonné... titre cet article de la Vanguardia espagnolemalgré « le silence des intellectuels » comme l'avaient dénoncé Umberto Ecco et Roberto Saviano... il ne fait plus bon d'être un patriarche ces temps ci... jusque là sous couvert de garantir la stabilité, tout le monde fermait les yeux sur les frasques et les corruptions sur cette manière décomplexée d'exercer le pouvoir... mais la place Tahrir semble avoir tout changé... et la Vanguardia termine : Moubarak et Berlusconi doivent être poussés à l'impossible (l'un par la rue, l'autre sans doute par son quatrième procès)... ils doivent être poussés à la démissionCar la démission semble devenue impossible... se lamente le Soir en Belgique... pourtant elle est parfois un signe de grandeur...Un signe que le président français ne doit plus ignorer, lui qui rechigne tant à se séparer de ses ministres... mais c'est l'honneur de la France à l'étranger qui est en jeuVous l'entendez le Soir comme toute la presse internationale ce matin de l'Hindoustan Times en Inde jusqu'à la presse péruvienne s'empare de ce « scandale d'état français »le gouvernement français est entrée dans une zone de turbulences... écrit par exemple le Correo au pays basque espagnol... après les errances de la ministre des affaires étrangères Michèle Alliot Marie dans un avion du clan de Ben Ali en pleine insurrection tunisienne... voilà un nouvel épisode : le premier ministre François Fillon profitant avec sa famille, toujours durant les vacances de noël, du havre de paix égyptien et tout ça payé directement par Moubarak. Si, si, écrit le Corréo, excursion sur le Nil et voyage en jet privé appartenant à Moubarak, tout cela aux frais des égyptiensMais le pire... écrit el Corréo c'est finalement la manière dont le premier ministre français a tenté hier au dernier moment de désactiver la bombe lancée par le Canard Enchainé.tout s'explique dit le Canard ce matind'ordinaire si vigilant François Fillon observait ses chaussures avec attention le 2 février alors que la pauvre MAM tentait de se justifier devant les députés ; c'est qu'il avait une bonne raison de se faire tout petit... un voyage au frais du sympathique Hosni Moubarak en personne... tout de même... mais « la famille a embarqué sur l'invitation du président » se justifie t on à Matignonc’est qu’il a bien fallu admettre l'évidence... rajoute o Globo au Brésil... mais peut on vraiment faire confiance à un premier ministre qui se fait le chantre de la transparence… contraint et forcé au dernier moment ? Un premier ministre qui passe ses vacances dans un 5 étoiles en Egypte alors que tout le monde arabe est en ébullition notamment à cause des difficultés économiques des populations ?On comprends que l'affaire devienne scandale d'état... écrit le quotidien brésilien qui fait la liste des réactions de l'opposition en France... c'est la déroute la république ! il faut démissionner !sauf précise aussi le journal brésilien... que le gouvernement Sarkozy n'est ni le premier n le seul a avoir entretenu des relations privilégiées avec le dictateurD’où la caricature que publie la Tribune de Genève qui s'amuse avec ce dessin où l'on voit Nicolas Sarkozy demander aux deux ministres... mais pourquoi passer vos vacances dans une dictature?et eux de répondre... ça repose tellement de la démocratie !et c'est cela qui interpelle le plus la presse étrangèreComment gérer les relations des démocraties avec les dictateurs... interroge par exemple le Spiegel qui s'inquiète lui non d'une affaire de vacances ministérielles payées par un dictateur... mais du projet, apparemment très avancé, de voir l'Allemagne accueillir Moubarak pour des soins de santévoilà tout le paradoxe écrit le Spiegeld'un côté l'on soutient bien sûr ces émeutiers du monde arabe devenus des héros révolutionnaires mais de l'autre les démocraties en occident n'ont pas oublier leur vœux de stabilité dans la régionc'est d'ailleurs le titre de l'éditorial du Times ce matin... au delà de l'idéalisme il ne faut pas oublier de rester réaliste... la démocratie en Egypte oui mais doucementDoucement ! c'est d'ailleurs ce que les alliés demandent à l'administration Obama explique aussi le New York Times... n'allons pas trop vite en egypteOn comprend les réticences d'Israël, de l'Arabie saoudite, de la Jordanie, qui pressent les Etats Unis de ne pas rompre tous les liens avec Hosni Moubarak; d'encourager une lente transition politique avec Suleiman... pour éviter à tout prix que les frères musulmans ne profitent de la situationc'est toujours pareil... s'agace le Quotidien d'Oran en AlgérieEntre Ben Laden et Bush. Depuis septembre 2001, les sociétés arabes étaient enfermées, par les régimes comme par les Occidentaux, dans ce choix sommaire et faux. L'idée d'une démocratie dans les pays arabes était réservée aux naïfs qui ne comprennent pas qu'un vote libre n'a lieu «qu'une fois» dans nos contrées... et on veut encore nous faire croire qu'une démocratie arabe non islamiste est impossible... mais pour protéger qui ?Sans doute pour protéger la crédibilité de l'occident... répond le Spiegel allemandparce que l'Allemagne comme les autres pays de l'Union notamment ont été trop peu regardants sur le pouvoir des Ben Ali et Moubarak, qui aurait lui amassé une fortune de 50 millions d'euros !et le Spiegel continue... la question aujourd'hui est posée... l'Allemagne doit elle continuer son approche prudente avec des dictateurs brutaux? Pousser ses politiques à collaborer avec des despotes en ne défendant la démocratie que par des discours? Tout cela afin de favoriser la sécurité de ses avoirs dans les pays concernés et le commerce ?ou bien se rendre aux arguments d'une politique plus morale dans les mots et surtout dans les faits en rompant par exemple tous les liens avec Moubarak ?le spiegel répond... sans doute il s'agit de faire du cas par cas...mais dans le cas de l'Egypte comme du reste des dictatures du monde arabe il est grand temps que l'occident prenne conscience de l'ampleur du mouvement... et adapte sa politique en conséquenceNos amis les dictateurs... titre el Pais en Espagne qui s’empare du même débatPourquoi tant de haine à vouloir disqualifier les dictateurs... pourquoi cette façon manichéenne de rejeter en bloc une œuvre finalement humaine; n'y a t il rien à sauver de sa personne et de son parcours?Moubarak par exemple... c'est un type fiable, un ami fidèle, il a su libéraliser l'économie égyptienne, son heroisme militaire est certifié et c’est un fervent défenseur de la paix au Proche Orient... la stabilité de la région et de la planète dépendent de son bon vouloir et de son attitudec'est une face de la réalité qu'il ne faut pas nier même si l'autre est plus sombre... l'autre ce sont les prisons les tortures la mort des opposants... la corruption, le vol, le népotisme, l'appropriation de l'étatmais ça arrive aussi dans les démocraties non?et c'est là l'indispensable réveil moral que suscitent les évènements égyptiens… l’indispensable changement à opéreralors le mot de la fin sera pour l'International Herald Tribune qui se plait à citer le poète irlandais William Butler Yeats"ils ont changé, changé entièrement... une beauté terrible est née"

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