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Elections multiples au Nigéria: un test pour la démocratie.

5 min

par Cécile de Kervasdoué

« Il y a une croyance profondément ancrée chez nous... dans le cœur des sages nigérians... c'est qu'un homicide perpétré durant une campagne politique ne sera jamais puni et que la police ne mènera même pas d'enquête...

J'ai eu de très nombreuses disputes à ce sujet... raconte ce matin l’éditorialiste du Daily Independent au Nigéria…car je ne pouvais recevoir cet argument : « depuis que vous êtes né avez déjà entendu parlé d'un homme condamné pour des meurtres commis durant une campagne électorale par exemple? »

j'ai toujours pensé qu'un tel argument était le signe sinon d'une grande ignorance, du moins d'une forme de manipulation populiste ... mais je dois l'admettre aujourd'hui... je suis en train de changer d'avis et de me ranger à cette vérité de sang froid: il faut tout faire pour ne pas se faire tuer lors d'une campagne ou d'une journée électorale... parce que les meurtriers en seront toujours absout...

Bien sûr les nigérians sont habitués à la mort... comme ils le sont à la pauvreté... Jos est la célèbre capitale du crime dans notre pays... mais il y a des poches de crimes et de meurtre un peu partout au Nigéria... seulement ces assassinats ne concernent que les pauvres... or au Nigéria, on ne parle pas des pauvres... ni quand ils sont vivants ni quand ils sont morts... alors pourquoi leur rendre justice ?... particulièrement en période électorale... la démocratie ici n'a pas de justice elle a loi... la loi de la jungle

Voilà le constat que fait ce matin le Daily Independent au Nigéria... la démocratie en appelant la population aux urnes encouragerait la violence... regardez la Côte d’ivoire... regardez la RDC

Regardez surtout chez nous au Nigéria où le jour j c'est aujourd'hui titre encore le Daily Independent

parce qu’après les élections législatives de samedi dernier... le scrutin présidentiel commence ce jeudi... va t on retomber dans la farce de 2007 ? ou bien cette élection « du géant de l'afrique » comme on aime à nommer le Nigéria avec ses 155 millions d'habitants et ses resserves massives en pétrole... cette élection va elle répondre au moins au standards ouest africains ?... et rêvons un peu aux aspirations venues des révolution arabes ?... pour cela, l'objectif numéro est d'assurer la sécurité des électeurs qui se déplacent car lors du scrutin législatif de samedi dernier 3 attentats à la bombe ont déjà fait 13 morts.

et c'est l'enjeux principal répète pour sa part le site d'al jazzera qui titre... « ces élections au Nigéria sont un cauchemar logistique »... en un mois les nigérians doivent élire un nouveau président, 469 parlementaires et 36 gouverneurs fédéraux... 73 millions d’électeurs doivent se déplacer dans ce pays le plus peuplé d'Afrique... 120 mille bureaux de votes du delta du Niger si riche en pétrole au désert du nord du pays peuplé de musulman alors que le sud est chrétien... ces élections doivent durer au moins 21 jours... et al jazzera rajoute : le Nigéria est une démocratie depuis 12 ans... mais des millions de dollars ont été engouffrés dans pratiques de corruption de ses représentants politiques... ainsi le pays est le seul producteur de pétrole à présenter un déficit budgétaire... mais la population semble fermer les yeux, sur les manquements de ses politiques... craignant de voir sombrer le pays dans des tumultes similaires à ceux de ses voisins... l'enjeu conclut al Jazzera est donc plus que jamais de voir ce lourd scrutin se dérouler sans trop de violences

D’où l'interrogation du site d'Arab news ce matin... le Nigéria est il réellement une histoire de succès?

d'un côté oui, répond le quotidien en langue arabe... parce qu’après des décennies de régime brutal et attisant les tensions religieuses et ethniques... les nigérians tiennent férocement à leur démocratie gagnée sur les dictatures militaires... des efforts considérables ont été menés pour punir les gouverneurs corrompus; mettre fin à la brutalité de l'armée, rembourser la dette étrangère grâce aux ressources pétrolières... mais après 12 ans, cette démocratie balbutiante est aujourd'hui menacée... l'œuvre du président Goodluck Jonathan est menacée dit le site... menacée d'abord par la pauvreté ... par le retour aussi d'anciens de la dictatures... alors il faut regarder de près le Nigéria

car le Nigéria vote pour la démocratie renchérit le Guardian britannique comme le site de la BBC toujours en Grande Bretagne... parce que cet ancien scientifique propulsé en politique est favori pour la présidentielle mais il a devant lui un adversaire... Buhari, c'est son nom, ex dictateur qui veut tester la démocratie à la tête du Nigéria... et l'agence angolaise angop explique : Muhammadu Buhari ex dictateur militaire qui avait initié une guerre contre l'indiscipline dans les années 80 est le principal adversaire du président sortant Goodluck Jonathan. Ce général à la retraite de 69 ans s'est forgé au fil des années et des 3 campagnes électorales, une réputation d'incorruptible, ce qui n'est pas rien dans cette puissance pétrolière gangrenée par les pots de vin et les détournements de fond

Et il a de quoi séduire effectivement raconte the Nation au Nigeria... Il se fait le chantre des petits, fustige les lenteurs et les dérèglements du gouvernement au pouvoir, propose des solutions simples aux oreilles des plus pauvres en leur promettant qu'ils seront enfin entendus: que leur sécurité sera assurée, qu'il se lancera dans une lutte contre la pauvreté et pour l'éducation de tous... les 12 années du parti démocratique du peuple au pouvoir sont un échec parce que ce parti n'a pas su répondre aux attentes du peuple lance t il... et the Nation rajoute... et Buhari est aussi passé maitre dans la politique spectacle; en témoigne ces larmes versées hier lors de la clôture de la campagne présidentielle, sur la pauvreté et la menace sécuritaire des électeurs!

Voilà donc que le Nigéria expérimente les affres de la démocratie... écrit la BBC... ses difficultés et son cynisme

mais croyez vous vraiment que nous donnons l'exemple? conclut el Pais espagnol qui se désole ce matin du manque de gouvernance mondiale des fameuses démocraties occidentales... nous sommes dans une voiture qui roule trop vite et sans conducteur... et même au sein de nos démocraties nationales, nous avons du mal à trouver un conducteur, tant nos politiques se sont décrédibilisés... or, ce rejet du politique a deux conséquences l'une funeste, sombrer dans la démagogie et le populisme, l'autre l'est peut être moins propose el Pais : et si on revenait à l'anarchie, est ce que ça serait si différent finalement?

Bonne journée.

L'équipe
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