LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

En Argentine, Cristina Kirchner mène la même politique que son mari Nestor

5 min

Bonjour Ali, Bonjour à tous, Amateurs de viandes argentines... attention à la pénurie ! Le gouvernement de Buenos Aires a suspendu hier toutes ses exportations de viandes de boeuf. Cela fait trois semaines que, non pas les éleveurs mais (vous allez comprendre) les agriculteurs sont en grève, qu'ils bloquent les principales routes du pays... depuis que la présidente, Cristina Kirchner, qui a succédé le 10 décembre à son mari Nestor, a souhaité instaurer une taxe sur les exportations de céréales et notamment le soja, l'une des principales richesses du pays, 3ème exportateur mondial après le Brésil et les Etats-Unis. Régulièrement depuis trois semaines, la presse internationale se faisait l'écho de cette contestation. Mais ce matin, plusieurs titres consacrent leurs Unes à l'Argentine. Car hier, Mme Kirchner a pris la parole sur la place de Mai devant des dizaines de milliers de personnes rassemblées pour la soutenir... En Espagne par exemple... on retrouve cette information à la une de El Mundo et de El Pais... "L'ouragan Cristina fait face à son plus grand défi" titre la presse de Madrid... El Pais raconte comment "l'Argentine se mobilise pour la première fois contre la politique économique du Kirchnerisme. C'est la plus grande manifestation populaire contre la Présidence depuis que les Kirchner sont arrivés au pouvoir en avril 2003. Dans l'entourage de la présidente, raconte le journal, on soutient la thèse défendue par son mari, comme quoi la grève est un défi politique et que, fidèle à la manière de gouverner initiée par Nestor Kirchner le mieux est d'aller de l'avant, de continuer, voire même de doubler la mise", ironise le journal. Le quotidien espagnol explique les difficultés économiques du pays. "L'administration argentine nécessite constamment l'injection de liquidités. L'argent sert à consacrer le Kirchnerisme comme une oeuvre sociale. Des millions de dollars sont distribués chaque année en aides directes aux classes les plus défavorisées, la réserve de voix des Kirchner." "Le colosse économique a les pieds d'argile", explique le correspondant à Buenos Aires del Pais. "Pour maintenir à plein régime la machine exportatrice et donc fiscale, écrit-il, il est nécessaire que la monnaie nationale, le peso, soit faible. Si le Gouvernement argentin n'intervenait pas constamment en achetant des dollars, le peso prendrait immédiatement de la valeur, ce qui réduirait les exportations de manière drastique et donc les revenus du pays." "Et quand Kirchner a décidé d'augmenter les taxes sur les importations de céréales de 35 à 44%, "el campo", le monde agricole s'est révolté déclenchant une grève observée, au départ, de loin dans les villes." Et ce que nous dit la presse internationale ce matin, c'est que cette colère du "campo" ravive aussi les vieilles divisions de la société argentine entre "peuple" et "oligarchie" ou entre péronistes et anti-péronistes, à coup d'invectives et de démonstrations de forces dans les rues. Il y a eu par exemple au moins 3 "cacerolazo", des concerts de casseroles dans les rues de Buenos Aires en soutien aux agriculteurs. Des "cacerolazo" que l'Argentine n'avait plus entendus depuis décembre 2001 quand le pays était plongé dans la plus grande crise économique de son histoire. En réponse à ces concerts de casseroles, la présidente a convoqué hier ses partisans. Tout le péronisme rassemblé devant le palais présidentiel : des colonnes de syndicalistes, des représentants d'organisations sociales proches du Parti Justicialiste, le PJ au pouvoir. Une "démonstration de force" écrit le quotidien espagnol la Vanguardia, "un discours énergique de Cristina Kirchner truffé de référence à son triomphe électorale, aux réalisations du couple et des évocations du fantasme de la dictature militaire de la fin des années 70". "Les Argentins se sont éloignés de l'enfer et nous ne voulons pas y revenir" a-t-elle lancé à la foule réunie comme elle l'a dit "sur la place de la réconciliation". "Un discours retransmis en direct sur de très nombreuses chaînes de télé et des stations de radio," précise le quotidien espagnol. "A-t-elle convaincu ?" s'interroge la Vanguardia. "Nous le verrons dans les prochains jours", répond le journal. "Mais pour le moment, cela n'a pas fait levé les piquets de grève et les blocus." Des barrages qui "laissent l'argentine sans viande" titre El Pais ou qui "vident les magasins de toute nourriture", titre à son tour le Times à Londres, une presse britannique qui s'intéresse de très près à "la pire confrontation idéologique entre classes sociales depuis les années 70, allant des riches agriculteurs aux chômeurs" selon le Professeur Marcelo Leiras, un politologue de l'Université de San Andrès à Buenos Aires interrogé par le quotidien. Le correspondant du Times fait témoigner une femme de 73 ans : "Je n'ai jamais rien vu de tel depuis la dernière crise en 2001. Même pendant cette terrible période, il n'y avait pas de pénuries de nourriture." Cette nounou à la retraite poursuit la comparaison faisant référence au discours de la Présidente. "Je n'ai jamais entendu un chef d'Etat dire de telles choses depuis 30 ans, cela m'a rappelé Juan Peron... et je ne suis pas sûr que ce soit très approprié en ce moment." Toujours en Grande-Bretagne, le Guardian raconte comment "Isabel Gimenez ne peut plus acheter de fruits ou de légumes. Elle parvient à servir à ses cinq enfants qu'elle élève seule, des yaourts aromatisés et de la purée de pomme de terre. C'est un peu effrayant dit-elle de voir tout ces rayons de supermarchés à moitié vides." Dans El Pais, "pour éviter trop d'effets négatifs, les commerçants ont rempli les rayons avec n'importe quel autre produits et les bouteilles de Coca-Cola ou de jus de fruits ont remplacé la viande. Les magasins, par exemple, ne permettent à chaque client que d'acheter une bouteille de lait ou d'huile." "Dans le principale marché de gros de Buenos Aires qui dessert 12 millions d'habitants, seule de la nourriture avariée a été livrée pendant le week-end et les commerçants ont menacé de poursuivre en justice les grandes coopératives agricoles et les grands groupes agro-alimentaires." "Un boucher, raconte le Guardian, explique qu'il n'a jamais vu cela en 20 ans d'activité. Son magasin ne vend plus que des saucisses et des hot-dogs. Il n'y a plus de boeuf, de porc ou d'agneau." Et pourtant précise le quotidien britannique, "les Argentins sont les plus gros mangeurs de boeuf du monde avec une moyenne de 69 kilos par personne et par an". Du coup, "dans les restaurants, les prix augmentent. Le succulent steack "Bife de Chorizo" a augmenté de 40%, le filet mignon de 45% à 10 dollars le plat que beaucoup d'étrangers peuvent se payer mais pas les Argentins, explique le patron de ce restaurant". "Où est le boeuf ?" interroge ironiquement l'éditorialiste du Financial Times ce matin qui critique fortement la politique économique des Kirchner. "Un changement de ton et de forme est maintenant impératif" explique le quotidien économique britannique. A lire également dans cette presse de Londres, le supplément ce matin du Guardian, le Guardian 2 qui consacre 3 pages magazine aux "Architectes de la nouvelle Argentine", en titre, photo du couple Kirchner à l'appui, un "duo, peut-on lire, qui a peu à peu changé l'image et la réalité du pays". Bonne Journée !

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......