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En Grèce, les fruits tiendront-ils la promesse des fleurs ?

4 min

Par Thomas CLUZEL

Une victoire historique : ce titre s'affiche un peu partout ce matin à la Une de la presse, du GUARDIAN, au DAILY MAIL, en passant par THE WASHINGTON POST. Et de fait, hier, les Grecs ont osé dire non à leur élite politique discréditée. Une véritable rupture donc avec l'establishment mais pas seulement, prévient DIE ZEIT, car si le leader de la gauche radicale Alexis Tsipras incarne de fait la fin de l’ancien système, il lui déclare aussi ouvertement la guerre.

Et voilà pourquoi nombre de journaux, à l'instar d'EL PAIS analysent la victoire de Syriza en Grèce, hier, comme l'avènement d'une nouvelle ère politique. Cette victoire, écrit le journal madrilène représente, du point de vue des grecs, un retentissant basta! Basta vis à vis de toutes ces mesures d'austérité imposées par les créanciers européens. Des mesures, renchérit son confrère catalan VANGUARDIA, qui se sont révélées qui plus est contreproductives car loin de réduire la dette, elles l’ont, au contraire, renforcée. Même analyse pour l'hebdomadaire de Hambourg SPIEGEL ONLINE : la stratégie de l’austérité à tout prix a échoué, dit-il et c'est la raison pour laquelle ces élections doivent marquer le début d’une nouvelle ère politique. Désormais et après cinq ans de soumission aux brutalités économiques de l’orthodoxie néolibérale, les Grecs ne sont plus le même peuple, peut-on lire encore sur le site de THE OBSERVER. Et voilà pourquoi ce scrutin de dimanche représente un tournant historique, car pour la première fois, un pays a osé remettre en cause le discours dominant de Bruxelles et de Berlin.

Mais si le JOURNAL DES REDACTEURS à Athènes se réjouit, le printemps arrive enfin au cœur de l’hiver européen, attention reprend aussitôt EL PAIS, car si hier les Grecs ont en effet opté pour l'espoir, dit-il, ils ont aussi choisi l'incertitude face à la peur de l'avenir. Sans expérience gouvernementale, précise LE TEMPS de Genève, l’alliance d’opposition conduite par Alexis Tsipras a beaucoup promis et notamment sur la renégociation de la dette souveraine, toujours astronomique. Mais pourra-t-il seulement tenir ses promesses ?

Les Grecs dansent dans la rue mais ça ne va pas durer, lance notamment ce matin le NRC HANDELSBLAD d'Amsterdam. Notre nouveau dirigeant va devoir mettre de l'eau dans son vin, prévient à son tour à Athènes le quotidien de droite I KATHIMERINI. Quant à la FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG, elle parle carrément d'overdose d'espoir et souligne que si Tsipras ne tient pas ses promesses, alors ses soutiens d'aujourd'hui pourraient bien vite lui tourner le dos.

Mais d'ailleurs, de quels soutiens parle-t-on ? Car en dépit de sa victoire, hier, une question essentielle reste posée : elle concerne la capacité d’Alexis Tsipras à former un gouvernement. Le parti communiste n'a cessé de répéter qu’il refuserait toute coalition avec Syriza, qu’il qualifie de «social-démocrate». Quant au Parti Socialiste, lequel a signé les politiques d’austérité, il est quant à lui d'ores et déjà exclu, purement et simplement, des négociations. Restent donc les Grecs indépendants, lesquels ont fait savoir qu’ils seraient prêts à s’allier à Syriza. Des négociations auraient même déjà commencé, précise LE TEMPS de Genève. Sauf que si les deux partis sont d’accord sur un changement de la politique économique et revendiquent ensemble une renégociation de la dette, en revanche, des divergences de taille demeurent, en particulier sur la question de l’immigration mais aussi des questions de société comme le mariage homosexuel.

Et puis, l’autre question qui se pose à Syriza est celle de ses alliés en Europe : avec qui pourra-t-il s’allier ? Quand le journal populiste BILD, en particulier, se demande si ce triomphe électoral ne va pas nous coûter des milliards, on se dit que le chemin s'annonce, en effet, chaotique. Et pourquoi ? Réponse du journal de Vienne WIENER ZEITUNG : parce qu'aujourd'hui, plus des trois quarts des dettes sont détenus par des créanciers publics, c'est à dire, par vous, par nous, les contribuables européens. Sans compter, renchérit cette fois-ci son confrère britannique THE DAILY TELEGRAPH, qu'Angela Merkel et les autres leaders européens savent que s’ils accordent de larges concessions à Alexis Tspiras, alors ils risquent d'encourager des mouvements et peut-être même des révoltes populistes en Europe. C'est également la crainte soulevée par LE JOURNAL DU MATIN (JUTARNJI LIST) de Zagreb, pour qui cette victoire constitue ni plus ni moins que l'amorce d'une évolution négative pour l'Europe. Et de préciser, Grèce, Espagne, Grande-Bretagne, la tendance est aujourd'hui évidente. Voilà pourquoi, dit-il, les grands partis doivent à présent accepter le fait que la crise économique a généré de profonds changements politiques. Car s'ils ne s'adaptent pas à cette nouvelle donne, alors ils seront bientôt confrontés à un Conseil européen dans lequel figureront des populistes de tout bord.

A l'inverse, le quotidien grec de centre-gauche TO ETHNOS juge que son pays ne pourra pas, lui non plus, faire l'économie d'un compromis avec l'UE, car sans le soutien des partenaires européens, les caisses de l'Etat seront vides dès le début du mois de février. Or outre les traites à verser à l'étranger, il n'y aura pas d'argent pour payer les salaires et les retraites. Voilà pourquoi la seule solution à présent consiste, dit-il, à respecter les engagements pris vis-à-vis des créanciers et inviter la troïka à Athènes pour que celle-ci puisse terminer son évaluation. En d’autres termes, conclue le journal, le choix est simple : le réalisme ou l'enfer.

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