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En Suède, l'extrême droite et tous les autres.

4 min

Par Thomas CLUZEL

On savait la situation compliquée depuis les élections du mois de septembre et la formation du gouvernement début octobre. Mais personne, sans doute, n'imaginait que le retour des sociaux-démocrates au pouvoir en Suède puisse être aussi bref. Toujours est-il que mercredi, après avoir été mis en minorité sur son budget, le premier ministre en poste depuis deux mois à peine a dû se résoudre à convoquer des élections législatives anticipées. Or non seulement il s'agit d'une première depuis un demi-siècle dans ce pays pourtant réputé pour sa stabilité, mais plus que tout, c'est un parti raciste, issu d'un mouvement nazi, qui a réussit à renverser ainsi le gouvernement.

Comment en est-on arrivé là ? Rappelons, tout d'abord, que le nouveau gouvernement était composé des sociaux-démocrates et des Verts, totalisant à eux deux un peu moins de 38% des voix. Tandis qu'en face, dans l'opposition, l'alliance des quatre partis de droite et de centre droit en totalisait 39,4%. Et même si l'on y ajoutait le soutien du Parti de gauche, la coalition gauche-Verts au pouvoir restait encore en deçà des 50%.

Sauf que selon la tradition suédoise, précise ce matin LE TEMPS de Genève, les partis d’opposition ne votent en principe que pour leur propre budget alternatif. Ce qui permet notamment de ne pas bloquer inutilement un gouvernement minoritaire et rendre le pays ingouvernable. Seulement voilà, mercredi, les Démocrates de Suède, comprenez l'extrême droite, lassés d’être diabolisés par les autres partis du Parlement ont décidé, eux, de ruer dans les brancards et de bousculer justement l’ordre établi. Et voilà comment, rapporte le journal de Stockholm SVENSKA DAGBLADET, le gouvernement de minorité n’a pas eu d’autre choix, mercredi, que de convoquer des législatives anticipées.

Sans doute le gouvernement a-t-il sous estimé, tout d’abord, l'ambition de l'extrême droite de laisser une empreinte sur la politique suédoise, commente son confrère DAGENS NYHETER cité par Voxeurop. Même si traditionnellement il existe, en effet, un consensus politique, ils n’ont pas pris au sérieux cette menace, s'imaginant probablement que la culture suédoise aurait prévalu sur l'extrême droite. Et le problème c'est qu'à l'évidence ils se sont trompés et que ce faisant, l'extrême droite a donc pris en otage les autres partis du Parlement.

Après quoi, les partis conservateurs ont également choisi de leur emboîter le pas et de retoquer à leur tour le budget du gouvernement. Autrement dit, précise le journal de Stockholm AFTONBLADET cité par le Courrier International, un parti raciste issu d'un mouvement nazi s'est certes hissé dans une positio, qui lui a permis de renverser le gouvernement, mais plus encore, c'est une honte pour les autres partis, qui eux ont pourtant toujours clamé leur volonté de barrer la route à l'extrême droite. Et puis c'est également contraire au principe évoqué lors des élections législatives de septembre dernier puisqu'à l'époque, l'opposition avait promis de laisser la coalition gauche-Verts gouverner, une promesse désormais tombée aux oubliettes.

Et le journal de préciser encore que depuis qu'il a pris les rênes du parti social-démocrate, le Premier ministre a d’ailleurs déjà tendu à maintes reprises la main aux chefs de file de l'autre bloc, lesquels, eux, ont choisi de ne pas la saisir. Même après l'annonce de l'extrême droite de voter contre le budget du gouvernement, le Premier ministre a fait ce qu'il pouvait en organisant une réunion avec les responsables de tous les partis de droite traditionnels, lesquels s'y sont rendus, sont restés une heure et sont sortis avec un large sourire, en déclarant que cette réunion n'avait pas lieu d'être. Une réaction aussi incompréhensible qu'irresponsable, s'offusque l'éditorialiste.

En somme, c'est bien toute la classe politique qui a failli. Certes, le Premier ministre aurait pu gérer la situation différemment, mais ce sont aussi et surtout les chefs de file de l'opposition qui, dans une large mesure, sont responsables de cette situation, car ils n'ont jamais ne serait-ce qu'évoqué la possibilité d'une négociation ou d'un compromis. En voilà pourquoi le Premier ministre n'avait pas d'autre choix que de proposer des élections anticipées. Face à un tel blocage c'était, hélas, la seule décision responsable, cette fois-ci, à prendre.

Et puis à tout cela s'ajoute encore un dilemme démocratique, puisque la politique qui avait été rejetée par les électeurs, c'est à dire le programme de l'opposition, ayant été adoptée avant-hier, le pays se retrouve désormais avec un Parlement verrouillé, sans véritable proposition de rechange.

Désormais, la politique suédoise est donc au banc d'essai, tranche pour sa part le journal de Copenhague BERLINGSKE cité par Eurotopics. Le prochain scrutin sera quasi inévitablement, dit-il, un vote pour ou contre l'extrême droite. La politique d'immigration y aura, évidemment, une place plus centrale encore que lors des élections de septembre. En d'autres termes, les partis de droite et de gauche vont être contraints de prendre position sur des questions simples, de la politique migratoire, qui inquiètent aujourd'hui la population. Et s'ils ne le font pas, alors ils en ressentiront les conséquences, comprenez l'extrême droite continuera de croître et de s'interposer de plus en plus entre les blocs traditionnels. Certes, la position adoptée vis-à-vis des immigrés est problématique et les opinions extrêmes y ont une trop grande influence. Mais on ne peut cependant relever ce défi en excluant un parti qui vit du mécontentement des citoyens. C'est en tous les cas,, conclue le journal, ce qui semble être devenu cette semaine le terrible enseignement tiré par l'élite politique suédoise.

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