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Et pendant ce temps en Syrie : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Si en Syrie un compromis a certes été trouvé pour les armes chimiques, la situation humanitaire, elle, est loin de s'améliorer. Ainsi hier, l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé a notamment confirmé l'existence de plusieurs cas de poliomyélite touchant des enfants. Or c’est la première fois que la polio réapparaît en Syrie depuis quatorze ans. Et puis les populations doivent maintenant faire face à un autre fléau : la faim. Il y a quelques jours, le site de la BBC révélait que pour lutter contre la famine, des dignitaires musulmans ont même autorisé les populations à manger du chien et du chat, des viandes pourtant considérées comme impropre à la consommation humaine par l’Islam. Cité par le portail d'information de la radio britannique, un imam explique : "Nous avons lancé une fatwa en ce sens, non pas parce que la viande de chien et de chat sont autorisées mais parce que c’est la réalité qui nous l’impose".

Il faut dire qu'en Syrie, précise le magazine SLATE, les prix des denrées alimentaires ont flambé, parfois multipliés par 10 ou par 20. Dans certaines zones, les convois humanitaires n’ont pas le droit de passer alors même que les inspecteurs chargés de démanteler l’arsenal d’armes chimiques syrien, eux, circulent librement, dans des endroits qui ont pourtant désespérément besoin de soutien.

Suite aux fatwas, des imams ont lancé un appel à la communauté internationale pour rappeler combien la situation est aujourd'hui critique pour la population syrienne. Publiés sur le site AL ARABIYA, leurs propos sont amers : Comment le monde peut-il dormir l’estomac plein, alors que des personnes ont faim. Attendez-vous que nous mangions la chair de nos martyrs et de nos morts, parce que nous avons trop peur pour nos vies ? Et de conclure, vous avez oublié que vous aviez des frères et des sœurs qui ont faim.

Car c'est vrai que les Syriens ont des raisons de se sentir sinon oubliés, à tout le moins abandonnés. Selon une étude récente menée par l’ONG Oxfam, de nombreux bailleurs de fonds n’auraient toujours pas versé la contribution attendue au financement nécessaire pour répondre à la crise humanitaire en Syrie. Un tiers des pays membres du Comité d’aide au développement de l'OCDE, représentants parmi les pays les plus riches du monde ont donné moins de la moitié que ce qui serait attendu, au vu de la taille de leurs économies. Le Qatar et la Russie, par exemple, ont tous deux fourni à peine 3% de ce qui serait considéré comme leur juste contribution à l’effort humanitaire. Quant aux Etats-Unis, même s'ils sont aujourd’hui le plus gros bailleur de l’appel des Nations unies, le pays n’a engagé que 63% de ce qui devrait être sa part pour venir en aide aux personnes affectées par le conflit syrien.

Certains rétorqueront qu'il est sans doute plus urgent encore de trouver aujourd'hui une issue pérenne au conflit, comprenez une solution politique. Sauf que l'idée lancée au printemps dernier, par les Américains et les Russes, d'une conférence internationale pour la paix a des allures de serpent de mer. Même si elle revient constamment hanter les conversations diplomatiques, écrit ce matin LE TEMPS de Genève, elle ne semble en revanche jamais vouloir se concrétiser. Et pourtant, sur le papier, la nécessité qu’une telle conférence accouche de la solution négociée qui permettrait d’enrayer l’hécatombe syrienne s’impose à tous. D’autant que la trame des discussions existe déjà, sous la forme d’une feuille de route esquissée lors de la conférence internationale qui s’est tenue à l’été 2012. Reste donc le plus difficile, c'est à dire rassembler autour d’une même table et sous l’égide des Nations unies tous les protagonistes de la crise, régime et opposition, mais aussi leurs soutiens respectifs dans la région, sans oublier les parrains de la diplomatie mondiale que sont la Russie et les Etats-Unis.

Or tandis que les circonstances semblent en passe d’être globalement réunies, pour le lancement des convocations, d’ultimes obstacles se dressent qui paraissent aujourd'hui insurmontables. C'est ainsi, par exemple, qu'en septembre dernier, l’adoption par le Conseil de sécurité d’une résolution sur l’arsenal chimique syrien puis le démarrage sans accroc du programme de démantèlement ont ravivé l’espoir d’un dialogue multilatéral autour de la Syrie. Sauf que les opposants à Bachar el-Assad, ainsi que leurs alliés ne sont toujours pas parvenus à résoudre le dilemme qui mine la coalition : boycotter la conférence, ce qui reviendrait de facto à l’enterrer et prendre sa part de responsabilité dans la poursuite du conflit ou bien s’asseoir à la table, autrement dit traiter avec un régime aux mains couvertes de sang, au risque d’être délégitimé par les combattants rebelles qui refuseront de baisser leurs armes tant que régnera le bourreau de Damas, lequel, d'ailleurs, laisse constamment flotter le doute sur ses bonnes dispositions.

En clair, nul n’est aujourd’hui en mesure de dire si Genève 2 sera convoquée d’ici à la fin novembre, ni même quand la conférence aura lieu. Mais Genève 2 finira par se tenir, veut croire le journal et le plus tôt sera le mieux, dit-il, pour les millions de Syriens happés par la guerre et qui endurent le feu, la maladie, la faim et un troisième hiver de désespoir.

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