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Et si le véritable Big Brother n'était pas celui qu'on croyait ? La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Et si le véritable Big Brother n'était pas celui qu'on croyait ? Depuis plusieurs mois maintenant, l'incarnation de la surveillance et de l'omniprésence, telle que racontée dans le célèbre roman de George Orwell "1984" est généralement associée à l'Agence de sécurité nationale américaine, la NSA, mise en cause, vous le savez, dans une succession de révélations sur ses pratiques de cybersurveillance. Et pourtant, un document interne de la NSA, publié lundi dernier par l'hebdomadaire DER SPIEGEL et cité ce matin par le site d'information en ligne BIG BROWSER, pointe du doigt un autre avatar du Grand Frère : Son nom, Steve Jobs, l'ancien patron d'Apple. Dans une série de diapositives, introduisant les programmes lancés par la NSA pour espionner les smartphones, l'agence rend ainsi hommage au créateur de l'iPhone, lequel a transformé, selon elle, les consommateurs qui payent en zombies. Qui savait en 1984, date de sortie du premier Macintosh, que l'iPhone serait Big Brother, interroge notamment le document.

La question n'est pas tout à fait nouvelle puisque l'an dernier, déjà, le NEW YORK TIMES posait la question suivante : "Steve Jobs est-il Big Brother ? Quoi qu'il en soit, ce document interne de la NSA semble, une fois de plus, témoigner de la tentative manifeste aujourd'hui de l'agence américaine de reprendre la main, face aux critiques qui l'accusent de violer la vie privée. Et c'est ainsi notamment qu'hier, lors d'une conférence à Washington, le directeur national du renseignement américain, lui même, a reconnu que la polémique provoquée par Edward Snowden avait suscité un débat salutaire. Alors à lire ce matin sa déclaration dans les colonnes du LA TIMES, on comprend que ça n'a pas été visiblement chose facile : je déteste avoir à le reconnaître, a-t-il insisté en préambule, mais ce qui s'est passé et qui reste nuisible a suscité des conversations qui étaient probablement nécessaires.

Mais alors pourquoi s'infliger un tel aveu ? Si le patron des renseignements américains tente aujourd'hui de faire bonne figure, c'est sans doute parce que face aux grandes oreilles américaines, les mastodontes de la Silicon Valley font désormais de la résistance. Microsoft, Facebook, Google et Yahoo s’opposent à présent à la NSA. Vraie désobéissance ou simple stratégie marketing ?

Avec l’affaire Snowden, le monde entier a découvert ahuri ce qu’il savait déjà. En clair, les géants de la Silicon Valley collectent les données privées de leurs milliards d’utilisateurs et les transmettent ensuite à la NSA, car comme toutes les entreprises américaines ils ont le devoir, théorique, de fournir à l’agence un accès à leur base de données utilisateurs. Et la NSA, d'ailleurs, n'est pas la seule. Récemment, le quotidien DIARIO DE NOTICIAS cité par Presseurop nous apprenait que Facebook, Google et Microsoft fournissent régulièrement à la police portugaise, des détails personnels sur des personnes qui écrivent des mails, vont sur Youtube ou possèdent un compte sur les réseaux sociaux. Au total, 71 pays, dont le Portugal mais aussi l'Espagne, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Grèce, la France, demandent systématiquement ces données aux entreprises de l’Internet. Facebook, par exemple, a reçu 25 000 demandes d’informations de la part d’états, sur à peu près 38 000 utilisateurs, dans les six premiers mois de l'année.

Seulement voilà, quand le vent tourne, mieux vaut se trouver du bon côté pour affronter la tempête, analyse LE TEMPS de Genève. Et les top gun du numérique l’ont bien compris. Tourmentés par les révélations sur le programme de surveillance américain, les Microsoft, Facebook, Google et autre Yahoo ont donc décidé de se ranger à présent du côté des gentils utilisateurs. Et la raison est toute simple, puisque depuis l’éclatement de l’affaire Snowden, ils se retrouvent «malgré eux» complices des mauvais comportements de la NSA. Un sacré dégât d’image!

L’heure serait donc aujourd'hui à la rébellion. C’est la présidente de Yahoo qui a dégainé la première en faisant part de ses états d'âme sur la question, c'était mercredi, autrement dit, la veille de la fameuse déclaration du patron des renseignements américains. Pour elle, la confiance des utilisateurs prime. Et rien ne pourra la briser, même pas la NSA. Et d'expliquer donc, comment Yahoo désobéit à l’agence de renseignement, soit en refusant certaines de ses demandes, soit en traînant des pieds. Une résistance 2.0 en somme qui exposerait aujourd'hui Yahoo à la foudre des Etats-Unis, car dit-elle, ce refus d’obtempérer pourrait passer pour de la haute trahison. Avec à la clé, bien évidemment, de la prison. Mais peu importe, elle continuera à défier le «gouvernement tyrannique» le plus longtemps possible, pour le bien-être et la confiance de ses utilisateurs.

A l'entendre, commente toujours LE TEMPS, on aurait presque l’impression que la PDG de Yahoo est sur le point de faire ses bagages pour Guantanamo. Et elle ne serait pas la seule puisque le jeune et riche PDG de Facebook, Mark Zuckerberg s’est joint au combat de sa consoeur, pour à son tour dénoncer, haut et fort, le «mauvais boulot» du gouvernement américain. Celui-ci, dit-il, a la mission de protéger la sphère privée des citoyens et non, de la violer.

Sauf qu'on en oublierait presque les centaines de millions, que dis-je, de milliards de données privées d’utilisateurs que Facebook commercialise à leur insu. Et le journaliste d'en conclure ce matin, à lire toutes ces suppliques, j’ai parfois l’impression que l’on me prend pour un con.

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