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Exemplaire.

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Par Thomas CLUZEL

« Exemplaire », le mot n’est pas seulement synonyme de vertueux, mais il désigne aussi chacun des objets reproduits à partir d’un même modèle. Et en France, écrit l'éditorialiste du TEMPS de Genève, disons que le modèle d’origine est Valéry Giscard d’Estaing, lequel avait bien compris qu’en Vème République, la plus monarchique de toute, le président ayant tous les droits, il a aussi toutes les séductions. De fait, on lui accorda beaucoup d’aventures et lui-même s’en prêta de nombreuses. Moins vaniteux mais plus orgueilleux, François Mitterrand, lui, mena une double vie sans jamais être inquiété par la presse. C’est lui qui, en deus ex machina, révéla l’existence de Mazarine le moment opportun. Les Français auraient pu lui en vouloir d’avoir été ainsi dupés. Mais au lieu de cela, ils furent éblouis par tant aplomb et même émus, en découvrant veuves et enfants réconciliés à son enterrement. Sur un registre plus comique, il fut aussi beaucoup pardonné à Jacques Chirac, surnommé «Monsieur cinq minutes douche comprise». A sa manière, il tenait ainsi sa promesse d’être le président de tous les Français et de toutes les Françaises. Vint ensuite Nicolas Sarkozy, à l’image de cette génération post-68 qu’il a pourtant vomie : divorcé une première fois, plaqué le jour de son investiture et remarié trois mois plus tard en annonçant fièrement à la presse, comme un adolescent qui soigne son acné: «Carla et moi, c’est du sérieux».

Et puis et puis rien. Voilà des siècles, ironise le DAILY TELEGRAPH, que nous raillons le stéréotype du Français obsédé sexuel, alors qu'en réalité, ces âmes parfaitement abstinentes que sont les journalistes français sont si peu portées sur le sexe, que mardi dernier, lors de la conférence de presse de François Hollande et alors même que le sommet de l'État se trouve mêlé à un scandale comparable à l'affaire Clinton-Lewinsky, elles n'ont eu envie de parler que de sécurité sociale.

Et il est quand même curieux, renchérit son confrère de L'ORIENT LE JOUR, que ce soit en France, pays de l'art de vivre, où la presse fait des gorges chaudes des galipettes présidentielles. La belle affaire, quand on sait que les étalons se sont souvent succédé à l'Élysée : Giscard, Mitterrand, Chirac, même le général De Gaulle qui a inventé la monarchie républicaine aura été comblé au-delà de toutes ses espérances. Bien loin dans le temps, déjà, les présidents les plus benêts de la IIIème République empilaient eux aussi les maîtresses et fréquentaient les maisons closes. Et cela sans même avoir à remonter jusqu'aux deux empereurs et aux innombrables rois de France qui exhibaient leurs gourgandines comme témoignage de virilité et de puissance.

Comment oublier que les amours extraconjugales des monarques français font intégralement partie de leur fonction, se demande à son tour une journaliste du quotidien de Moscou, MOSKOVSKI KOMSOMOLETS, fleuron de la presse populaire, cité par le Courrier International ? Car même si le romantisme sentimental des œuvres d'Alexandre Dumas ne fait pas partie de notre éducation, dit-elle, nous en sommes malgré tout pétries. Quelle femme n'a pas senti son cœur s'arrêter à la lecture du passage où le Roi pâlit de jalousie pour sa jeune et timide Mademoiselle de La Vallière ? Depuis lors, tout dirigeant français se doit tout simplement de faire honneur à cette image de l'amour siégeant au sommet de l'État. Autrement dit, l'actuel président François Hollande ne ferait en somme que s'efforcer, dit-elle, d'honorer ce mythe. Et il va même plus loin, d'ailleurs, que Louis XIV, car au moins ce dernier était officiellement marié, tandis que François, lui, ne s'embarrasse absolument pas des liens du mariage : l'épouse est remplacée par une concubine et la maîtresse vient compléter le tableau. Pour couronner le tout, évitant ainsi d'être trahi par son chauffeur et pour ne pas mettre la puce à l'oreille des paparazzis, monsieur le président quitte sa belle au volant d'un scooter, le casque bien vissé sur la tête. Et c'est presque mieux que le prince sur son cheval blanc.

Et la journaliste d'ajouter, il semblerait donc que les hommes d'État français soient pieds et poings liés et quelque autre partie du corps aussi, par la coutume nationale. Et puis, disons-le, aucune Française digne de ce nom n'apprécierait que son président bien aimé, élu et donc désiré se montre un tant soit peu frigide. Certes, c'est un scandale, mais cela fait quand même plaisir de voir qu'à 59 ans le président est encore vert. Au moins, on ne peut pas dire qu'il soit impuissant. Evidemment, conclue la journaliste, tout ce qui est écrit ci-dessus n'intéresse que les filles. Car pour les garçons, Monsieur Hollande a tenu le 14 janvier dernier une grande conférence de presse sur les questions économiques. Parce qu'il n'y a pas que l'amour dans la vie et que c'est pas avec ça que l'on fera reculer le chômage en France.

Alors plus qu'un politique, un président français a-t-il toujours été un succédané de monarque, face auquel le peuple était en droit d'attendre qu'il ait des maîtresses ? De ce point de vue, écrit le journal ultraconservateur suisse BASLER ZEITUNG, François Hollande, en s'inscrivant enfin dans la lignée de ses prédécesseurs a fini, dit-il, par se montrer à la hauteur de la fonction. Chapeau Monsieur le Président, serait-on tenté de lui dire, ou pas d'ailleurs. Tout dépend encore de la définition qu'on donne au mot « exemplaire ».

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