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Feministes du monde entier, unissez-vous ?

5 min

Sur le site de CNN, je suis tombée ce matin sur une bataille, une bataille de mots, une bataille de femmes. Sur le ring du féminisme, elles sont deux. L'une, c'est Irina Shevchenko, l'une des meneuses des Femen, ce célébre mouvement féministe né en Ukraine. Et face à elle, Bin Adewumni, journaliste et écrivain anglo-nigerianne et musulmane. Vous vous en souvenez peut etre, un peu plus tôt ce mois-ci, les Femen ont lancé l'opération "Jihad des seins nus", des manifestations dans les lieux musulmans pour protester contre le sort d'Amina, la jeune tunisienne qui avait posé, son torse nu barré de ces mots "mon corps m'appartient, il n'est l'honneur de personne ". Amina, vous le savez, enlevée, sequestrée, menacée... Amina qui depuis s'est évadée de la maison où sa famille la gardait prisonniere. Après l'Egyptienne Aliaa el Maady, Amina est devenue l'icône des Femen, mais pas nécessairement l'icone des musulmanes, qui elles ,ont immédiatement contrattaqué avec une campagne, Muslimah Pride, avec laquelle elles ont inondé les réseaux sociaux de photos de jeunes femmes, voilées ou non, brandissant des pancartes "est-ce que j'ai une tête d'opprimée ", "mon voile c'est mon choix " et autres slogans du même genre. "L'esclavage des femmes a commencé avec l'asservissement de leur sexualité, il est donc légitime d'utiliser la liberation de la sexualité comme symbole de la libération de la femme ", écrit ce matin Irina Shevchenko. Pour les Femen, rappelle-t-elle, le pire exemple de dictature du patriarcat ce sont les théocraties islamiques, mélange de dictature religieuse et politique. Et ce matin, sur CNN, Irina Schevchenko annonce ainsi que les Femen vont déployer un réseau de militantes dans le monde arabe qui traquera les leaders musulmans à travers le monde. Demain, promet elle, c'est un million de femmes qui se dresseront comme Amina. En face d'Irina Schevchenko, il y a donc la journaliste musulmanne Bim Adewumni. Elle, elle n'a rien contre la méthode. Elle rappelle que dans son pays, le Nigeria, il y a 80 ans déjà, des femmes s'etaient dévetues lors d'un soulevement contre le colonialisme et les taxations. Cette action avait poussé l'occupant à des réformes, et mené à la nomination de femmes dans les tribunaux locaux. Non, elle, ce qui la choque, c'est le relent paternaliste qu'elle croit voir derrière l'action des Femen, qui selon elle, prétendent savoir ce qui est le mieux pour libérer de la tyrannie "ces pauvres femmes oppressées d'afrique et du moyen orient". Or, ce qu'elle veut, Bim Adewumni, ce n'est pas du paternalisme - décider à la place de - mais de la fraternité, ou plutôt de la sororité - se tenir à côté, bref se serrer les coudes. Dans la presse proche-orientale, de nombreux journaux reproduisent un article du Guardian, qui accuse les Femen de "racisme flagrant". Européennes, américaines et autres ne vivent pas plus dans un paradis féministe explique le Guardian, - qui n'a pas totalement tort... On en sait quelque chose, en France, avec notre longue tradition, c'est bien connu, de femmes premier ministre ou présidentes de la République... Cette colère des musulmanes, elle est relayée par Naheed Mustapha qui ironise dans Foreign Policy : et si les Femen avaient raison? Si les grandes femmes de ce monde avaient suivi leur mode d'emploi, peut-être seraient-elles plus vite parvenues à leurs fins. Bon sang mais c'est bien sûr! Aung Sang Kuiy aurait mieux fait de soulever sa chemise plutôt que de passer des années assignée à résidence pour réclamer la démocratie en Birmanie. Quant à Shirin Ebadi, quelle idée, vraiment, demande Naheed Mustapha, que de vouloir faire face à la théocratie iranienne en utilisant son cerveau plutôt que ses seins.

Le propos est évidemment et volontairement outrancier, mais il entend répondre à ces questions que soulève aussi al Monitor, le site participatif des médias arabes. Les islamistes ont pris le pouvoir en Egypte, en Tunisie, peut etre demain en Syrie... Ces Islamistes dont certains font porter aux femmes la responsabilité du harcelement sexuel et des troubles à l'ordre public. Car, ne vous y trompez pas, il s'agit bien de cela, de faire peur aux femmes, les harceler, les violer, pour les pousser à fuir l'espace public, le restreindre, pour, au final, bien sur, mieux le contrôler... Mais le Daily News, en Egypte, le constate, le radicalisme de ceux qui dirigent pousse les sociétés à se radicaliser. Qu'il s'agisse de manifester nue pour lutter contre l'oppression des hommes ou de la montée de l'athéisme dans certains pays arabes, davantage lié au rejet de la politique des islamistes qu'à l'adoption d'une véritable philosophie athéiste... Alors Al Monitor, s'interroge : finalement, est-ce que le vrai danger, ce ne serait pas aujourd'hui de voir flamber les politiques oppressives, puisqu'elles se nourrissent, justement, de l'interaction frontale des extremes. Cela au risque de laisser perdus, ballotés, la majorité de tous ceux qui se cognent entre deux mondes...

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