LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Fin de retransmission en Grèce

5 min

Par Thomas CLUZEL

Il était 23 heures, heure locale, lorsque les écrans, tous les écrans se sont éteints.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Depuis hier soir, la Grèce est devenue le seul pays européen sans télévision ni radio publique. Pour juguler sa dette, le gouvernement grec a en effet décidé de fermer l'intégralité de son groupe audiovisuel, ERT, soit 4 chaînes nationales, 19 chaînes régionales, six radios, un magazine de programmes télévisés, des sites Internet et l'intégralité des archives nationales audiovisuelles. Une mesure radicale et sans précédent, annoncée quelques heures plus tôt seulement, sans préavis, sans consultations ni discussions.

Il y avait bien des rumeurs, des spéculations. Mais je ne m’attendais pas à cela. C’est un choc. Et un scandale. Je suis consterné. C’est absurde, commente notamment ce matin le correspondant à Bruxelles d'ERT interrogé par le magazine SLATE avant d'ajouter : et donc il n'y aurait plus d'information. Une situation pareille n'est jamais arrivée nulle part, dit-il. Et le journaliste désabusé d'insister à nouveau : Ça n'est jamais arrivé.

Tout a donc commencé 5 heures plus tôt, précise ce matin le quotidien d'Athènes EKATHIMERINI, lorsque le porte parole du gouvernement a annoncé la décision d'Athènes de fermer, pour une durée indéterminée, les antennes d'ERT. Au moment où l'on impose au peuple grec de lourds sacrifices, il n'est plus question d'hésiter et d'épargner les vaches sacrées a-t-il déclaré avant de préciser : Le groupe audiovisuel public constitue un cas d’absence exceptionnel de transparence et de dépenses incroyables. Il est devenu un cas typique d'un incroyable gâchis. Et tout ceci prend fin maintenant.

Quelques minutes plus tard, la présentatrice du journal télévisé prévient : nous sommes le mardi 11 juin, et c'est une journée difficile. Nous allons diffuser ce qui semble être notre dernier JT. Aussitôt dans les couloirs, c'est la stupeur, raconte ce matin le correspondant du journal LE MONDE. Les présentateurs ont le maquillage qui dégouline, les yeux hagards. Les assistantes craquent. Le bouleversement s'est répandu jusque dans le couloir qui mène au bureau du président du principal syndicat de salariés, où des éclats de voix homériques font trembler les murs. L'homme se fait agonir d'injures par un de ses affiliés qui lui reproche de ne pas avoir protégé les émetteurs. Car en début de soirée, tout le monde pensait que les salariés d'ERT allaient organiser la résistance, garder l'antenne et le contrôle de la situation, et ce en dépit du décret présidentiel. Sauf que c'est l'émetteur principal situé sur une montagne près d'Athènes qui a été neutralisé par la police, privant d'un seul coup le groupe de tout moyen de retransmission.

Au total, ce sont donc près de 3000 employés qui depuis hier soir se retrouvent au chômage. D'où l'incompréhension d'ailleurs de l'un de ces salariés cités à nouveau par le magazine SLATE : Les personnes qui étaient salariées vont devoir être indemnisées, soit un coût de près de 300 millions d'euros à l'Etat. Sans compter que cela augmentera encore d’autant le chômage. Et d'en conclure, la décision du gouvernement est décidément incompréhensible. Les bonnes nouvelles, c'est fini, commente pour sa part le présentateur d'un programme anticrise, spécialisé, justement, dans les bonnes nouvelles. D'autres se montrent beaucoup plus véhéments. C'est la junte qui revient, lance notamment un ténor dans le Chœur d'ERT. C'est l'opposé de la démocratie, dit-il. Et d'asséner encore, nous avons un gouvernement qui rappelle plus la Roumanie de Ceausescu qu'un gouvernement issu du vote du peuple. Même pendant la dictature des colonels en Grèce, une telle chose ne s'est jamais passée, renchérit de son côté le directeur général de la radio. Même analyse pour l'éditorialiste du journal d'Athènes EKATHIMERINI : les images de la police anti-émeute debout devant l'émetteur de la radiotélévision publique évoque des souvenirs douloureux, dit-il, les souvenirs d'un passé pas si lointain.

Signal fin de la radio télévision publique grecque
Signal fin de la radio télévision publique grecque Crédits : Manos Symeonakis

Selon le gouvernement, précise toujours le quotidien, tous les salariés actuels recevront une compensation et seront autorisés à postuler à nouveau à un emploi dans une nouvelle structure qui rouvrira, sous une autre forme, avec un nombre réduit de salariés, en septembre prochain. Seulement voilà, rien n'est aussi permanent que le provisoire en Grèce. Sans compter que des efforts substantiels avaient déjà été réclamés aux salariés de l'audiovisuel publique avec le départ de 1 000 personnes depuis le début de la crise et des salaires rabotés de 45 % en moyenne.

Quoi qu'il en soit, cette suspension apparait donc aujourd'hui comme l'une des mesures les plus spectaculaires, prises par le gouvernement, dans le cadre du programme d'austérité imposé en échange de l'aide financière internationale. Selon le plan de sauvetage négocié en novembre 2012, il devait y avoir 150.000 suppressions d'emplois dans le secteur public sur la période 2010-2015. En clair, précise ce matin le DEVOIR de Montréal, le gouvernement grec qui devait éliminer deux mille emplois dans la fonction publique d’ici deux semaines y est arrivé d’un coup, en sacrifiant l'audiovisuel publique sur l'autel de la rigueur.

Assez curieusement, rappelle ce matin le NEW YORK TIMES, cette nouvelle intervient juste après la publication d'un rapport du FMI, selon lequel les conséquences de la politique d’austérité auraient été sous estimées. Les documents sont même édifiants, estime TO VIMA puisque le FMI avoue lui même le crime : le plan de sauvetage de la Grèce s’est révélé une catastrophe, car il a surtout permis à ses créditeurs de se décharger de leur responsabilité et se prémunir des risques de contagion. Et le journal d'Athènes d'en conclure, c’était donc ça : le plan d’aide était faussé depuis le début. Il était censé “sauver” la Grèce, mais c'était de l’euro qu’il s’agissait et cela à travers la mise à mort du pays, dont la dernière victime est tombée hier soir.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......