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#FreeHappyIranians : une danse qui ne passe pas en Iran

5 min

PAR LUDOVIC PIEDTENU

#FreeHappyIranians "Libérez les iraniens heureux" est un des mots-clé, un hashtag à la mode sur les réseaux sociaux depuis 24 heures, après l'arrestation d'au moins 6 jeunes iraniens pour avoir publié sur internet comme des milliers d'autres à travers le monde leur propre version de "Happy" de l'américain Pharrell Williams ."Ce titre a été revisité dans plus de 140 pays" précise le New-York Times .Ces jeunes avaient surpris le monde entier en publiant, début avril, une version iranienne. "Les filles n'avaient pas de voile mais portaient des perruques pour se conformer un peu plus à la loi islamique. Ils ne dansaient pas dans la rue mais sur des toits ou dans leurs appartements à l'abri des regards" précise la version américaine du Huffington Post .Le chanteur américain a réagi hier sur son compte Twitter que "cette arrestation allait au-delà de la tristesse pour des jeunes qui ont essayé de répandre la joie"."Cette vidéo était devenue la coqueluche des iraniens sur les réseaux sociaux. Elle offrait une vision de l'Iran que l'occident n'a pas l'habitude d'avoir : jeune, énergique et connectée à la culture mondiale" rapporte la revue américaine The National Interest sur son site qui titre "Dansez sur Pharrell en Iran et vous serez arrêtés"."Une version enregistrée avec un téléphone portable et vue plus de 165 000 fois avant qu'elle n'attire l'attention de la police" explique Robert Mackey dans le New-York Times ."C'est la popularité de cette vidéo virale, sans aucun doute, qui a conduit les autorités à passer promptement à l'action" écrit le blogeur de The Margin hébergé par le Wall Street Journal . Hier, sur la télévision d'état en Iran, on a ainsi pu voir les aveux de ces 6 jeunes. Ils sont filmés de dos et répondent aux questions du journaliste. De temps à autre, le chef de la police de Téhéran intervient pour commenter. "C'est un clip vulgaire qui blesse la chasteté publique" déclare par exemple cet officier. Ou dit-il encore "c'est odieux" rapporte The Guardian en Grande-Bretagne."Ces aveux télévisés sous la contrainte, généralement présentés comme des interviews, sont communs en Iran et souvent dénoncés par les militants des droits de l'homme."Le blog The Margin livre encore une autre déclaration de l'officier de police :"Nos chers jeunes devraient éviter certaines personnes. Comme les acteurs, les chanteurs, et ce genre de problèmes. Faites en sorte de les éviter."Ce qui n'est pas sans rappeler l'autre coup de sang des autorités iraniennes en l'espace de 48 heures : la bise de l'actrice iranienne Leila Hatami, membre du jury du Festival de Cannes au Président Gilles Jacob.Cette bise aux pieds des marches qui "a suscité l'indignation à Téhéran" rapporte le quotidien israélien Haaretz , "à l'encontre de nos croyances religieuses" a dit le ministre iranien de la Culture cité par le Washington Post .Le même officiel cité par le Christian Science Monitor ajoute : "ceux qui participent à des évènements internationaux ne doivent pas montrer au monde une mauvaise image de la femme iranienne".Pour le Washington Post , parce que Leila Hatami est une des actrices iraniennes les plus connues, et parce qu'elle fait partie de l'équipe du seul film iranien primé aux Oscars, "Une séparation", et qu'elle a l'intention de continuer à travailler dans le respect des règles et des lois de la République islamique, ce geste ne devrait pas avoir de conséquences majeures à son retour à Téhéran.""Il est intéressant de noter, souligne The Washington Post , que l'ancien Président iranien Mahmoud Ahmadinejad avait subi les mêmes critiques lorsqu'il avait embrassé la mère d'Hugo Chavez lors des funérailles du président vénézuélien en mars 2013. Il avait été autorisé à finir son mandat" s'amuse le quotidien américain."Ces deux faits interviennent après un discours ce week-end de l'actuel Président iranien Hassan Rouhani", relève le New-York Times qui déclarait "que l'Iran devait davantage considérer Internet plutôt que de le percevoir comme une menace"."Nous devons reconnaître le droit de nos concitoyens à se connecter au web" disait-il. "Pourquoi avons-nous si peur ? Pourquoi sommes-nous recroquevillés dans notre coin, en s'armant d'un bouclier et d'une épée en bois, de peur que nous prenions une balle dans cette guerre culturelle ?""Et même s'il y a des attaques, et il y en a, disait Hassan Rouhani, nous devons y faire face par des moyens modernes, et non pas avec des méthodes passives et lâches."Et selon le New-York Times , "l'arrestation des jeunes danceurs et leur humiliation publique à la télévision, énervent les Iraniens en Iran comme à l'étranger, et finalement ne font que soutenir la position de Rouhani. Cette répression a comme conséquence d'affaiblir la République islamique dans cette guerre culturelle menée en ligne".Le magazine américain Newsweek pointe l'hypocrisie des autorités iraniennes, "leur attitude contradictoire envers l'internet". Le Guide suprême, le Président iranien, son ministre des affaires étrangères, "tous sont sur Twitter, Facebook ou Instagram mais ces réseaux sociaux sont bloqués pour la population iranienne.""La censure a légèrement été assouplie sous présidence Rouhani, explique Newsweek , mais ce dernier manque de force pour la lever totalement."Les ultra-conservateurs font pression sur fond de négociations sur le nucléaire iranien avec les puissances occidentales.Des négociations qui ont semblé buté en fin de semaine dernière à Vienne, "sans progrès tangible", ce dont se félicitait le quotidien conservateur de Téhéran, Kayhan. "Ces pourparlers, pouvait-on lire, heureusement s'achèvent sans donner de fruits" rapporte le quotidien libanais The Daily Star à Beyrouth.Ces jeunes iraniens qui ont voulu montrer leur joie paient le prix d'un combat à l'intérieur du pouvoir en Iran.Lutte interne qu'illustre cette déclaration cette fois de soutien citée par The Daily Star , celle d'un Général Firouzabadi, chef des forces armées, qui hier "critiquaient ces médias ultra-conservateurs et leurs jugements sur la politique d'Hassan Rouhani." Il leur demandait de ne pas créer de "discorde, en diffusant certaines informations qu'il qualifiait de rumeurs et qui sapent le gouvernement."

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