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"Fuck the E.U", dit la Suisse...

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« Fuck EU, que l'Europe aille se faire foutre... » c'est ainsi que le quotidien Allemand Die Zeit résume le referendum suisse de ce week end. « Fuck EU, que l'Europe aille se faire foutre », une phrase désormais célèbre, volée à la diplomate américaine Victoria Nuland qui, en ces termes élégants fustigeait ainsi l'action de l'Union européenne dans la crise ukrainienne la semaine dernière. On ne fait pas assez attention à la Suisse, ce drôle de voisin. La Suisse, explique le Wall Street Journal, c'est ce pays plein de banquiers internationaux et de stations de ski à la mode. C'est aussi un pays montagneux, farouchement indépendant, et limite insulaire, qui vivait il n'y a pas si longtemps encore largement coupé de ses voisins. Dans cet éditorial intitulé la Forteresse Suisse, le Wall Street Journal revient donc sur cette dualité révélée par le vote de dimanche, et sur cette volonté de millions de suisse qu'on les laisse vivre entre eux...

Mais la Suisse isolée d'il y a quelques générations était aussi un pays bien plus pauvre, reprend le journal et la prospérité actuelle de ce pays est le produit de son ouverture au marché avec l'Europe et le reste du monde. Les multinationales qui se sentent en Suisse comme à la maison pourraient bien décamper si elles ne peuvent pas employer les gens dont elles ont besoin pour rester compétitives et la réputation d'une Suisse business friendly pourraient en prendre un coup si les employés n'obtiennent pas de visa.

En se prononçant ce week end pour l'établissement de quotas d'immigrés, la suisse a s'est donc opposée à la liberté de circulation, l'un des principes de l'Union européenne accepté par la Suisse dans le cadre d'un pacte conclu entre Berne et Bruxelles et par lequel elle a pu avoir un accès privilégié au marché unique européen.

Prés d'un quart des huit millions de personnes qui résident en suisse sont étrangères. Presque la même proportion que Chypre, et beaucoup moins que le Luxembourg qui explose les records, avec 40 pour cent.

L'Allemagne, est, avec l'Italie, suivie du Portugal et de la Serbie le pays qui immigre le plus massivement en Suisse. Et ce matin, la presse allemande accuse encore le coup. Quand les allemands pensent à la Suisse, ils pensent évidemment à Heidi, aux montagnes, et au secret bancaire mais aussi aux salaires, meilleurs que chez eux.

Et cela, les suisses n'en veulent plus explique la Suddeutsche Zeitung . "il ne faut pas y voir nécessairement de la xénophobie", écrit le journal, mais pour les citoyens suisses qui ont voté oui ce week end, l'afflux d'immigrés, c'est une perte de qualité de vie, le manque de logement, les trains bondés, rues et routes embouteillées...

Oui, sauf que c'est précisément dans les régions les plus rurales, les moins urbanisées, et où les étrangers sont le moins nombreux que le oui l'a emporté...

Et voilà que la Suisse est prête à aller loin, très loin, à défier Bruxelles et à perdre tous les bénéfices qu'elle tirait à bénéficier de presque tous les avantages de l'Union européenne sans y être, pour garder son contrôle migratoire.

Cela évidemment envoie un signal sans appel, à quelques mois des élections européennes, a tous ces partis nationalistes dont le Washington post dresse la liste effrayante, le Jobbik hongrois, anti immigrants, anti roms, anti sémite, les grecs d'aube dorée, avec leur recours à la violence,. Quant aux flots de réfugiés syriens qui se dirigent vers l'Europe, explique le New York times cela ne fait qu'augmenter la popularité des nationalistes en Bulgarie. Le front National, en France, et tous les autres, en Grande Bretagne, en Belgique en Espagne, tous surfent sur les temps difficiles qui pèsent économiquement sur l'Europe, ces années de crise de la dette qui ont fait des migrants la cible facile de toutes les colères de la Grande Bretagne à la Grèce.

L'Europe est coincée, s'inquiète le New York Times, à quelques mois donc de ce test populaire au cours duquel les partis nationalistes et eurosceptiques pourraient triompher. Le quotidien new yorkais explique comment pour tous ces partis, l'Europe est devenue trop grande, trop puissante, trop distante, comment elle a diminué les identités et les valeurs nationales comment elle a créé de la détresse économique, une furieuse course intra européenne à l'emploi, et trop de pression sur les services sociaux.

Or l'Europe doit défendre ses principes fondateurs, cingle le New York Times. Ou elle va réduire à néant tout le projet qui la porte et cela d'une façon bien pire que la crise de l'euro ne l'a atteinte. Aujourd'hui elle doit être prudente et réfléchie en négociant avec la Suisse le moindre compromis. Pour ne surtout pas envoyer le mauvais message à ceux qui à l'intérieur de l'Europe seraient tenté d'en négocier à leur tour les valeurs, et d'y voir un menu sur mesure.

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