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Fusillade en Arizona: effet boomrang.

5 min

par Cécile de Kervasdoué

Boomerang!

C’est le mot favori de la REPUBBLICA italienne ce matin

Car le boomerang avec son mouvement de balancier est l'image idéale pour définir cette société mondialisée dans laquelle nous vivons et dont nous ne cessons de subir les revers

c'est en tout cas l'opinion du sociologue Ulrich Beck... qui s'offre la page 2 du quotidien italien pour fustiger la mondialisation de l'économie qu'on nous avait autrefois servi avec un grand enthousiasme et qui serait aujourd'hui la cause de tous nos maux eux aussi mondialisés tiens

car nous sommes tous à travers le monde comme un véhicule sans volant ni frein… renchérit la LIBRE BELGIQUE... notre société est le reflet d'un individualisme jouissif qui ne supporte plus qu'on le limite

et pourtant il faut des limites... écrit Régis Debray toujours dans les colonnes de la REPUBBLICA italienne... fort de son ouvrage sur l'éloge des frontières... il avance qu'il est nécessaire de comprendre ses limites pour éviter tout débordement

Tenter de comprendre continue la LIBRE BELGIQUE, voilà justement la tâche des journalistes non?

N’est il pas temps que le troisième pouvoir ne cesse de bêler avec le troupeau et fasse comprendre car comprendre c'est déjà agir... contre tous les débordements

Comprendre le boomerang...

et bien c'est précisément l'introspection forcée à laquelle les Etats Unis sont confrontés ce matin... en tout cas c'est le commentaire de tous les grands quotidiens européens qui font leur une ce matin sur cette tuerie de l'Arizona samedi dernier

ça s'est passé lors d'un évènement public intitulé le congrès au coin de votre rue... raconte le GUARDIAN britannique... juste devant un supermarché à Tucson en Arizona... ce devait être la quintessence de la démocratie américaine : un membre du congrès offrant aux citoyens la possibilité de lui poser des questions de lui demander des comptes de débattre…et c'est au cœur de ce rendez vous symbolique qu'un jeune homme de 22 ans est venu semer la terreur.

il a tiré 31 balles 9mm sur la parlementaire démocrate Gabrielle Gifford et sur les personnes qui l'entouraient... explique la LIBRE BELGIQUE... avant qu'une mystérieuse héroïne ne lui arrache le chargeur des mains.

Bilan : 6 morts dont une petite fille de 9 ans et 14 blessés dont l'élue démocrate.

Alors depuis, la presse américaine est sous le choc

le WASHINGTON POST comme le LOS ANGELES TIMES donnaient hier de nouveaux détails de ce qui s'est passé avant d'afficher cette révélation : la police semble croire qu'il s'agit d'un complot et non de l'acte isolé d'un jeune déséquilibré

en cause? ce que répète à l'envie toute la presse européenne

la politique toxique comme le titre la VANGUARDIA espagnole

la politique sauvage du far ouest rajoute le GUARDIAN britannique

le vitriol dit le TEMPS en Suisse

ces démons de l'Amérique lance la STAMPA italienne

le venin de l'Amérique préfère EL PERIODICO à Barcelone

et le site de CNN explique

« la colère et la politique ne font pas bon ménage »

cela n'est pas la première fois qu'un parlementaire est violemment menacé ou attaqué mais comment ne pas faire le lien entre ce drame et notre environnement politique actuel ? Bien sûr, il est trop tôt pour savoir quels sont les motifs exacts de ce jeune homme connu des services de police tant à cause de délits mineurs liés à la drogue que pour ses commentaires bizarres sur internet et teintés de racisme et d'extrémisme anti gouvernemental...

si l'on fait le lien entre ce massacre et les récents incidents de vandalisme, de coups de feu, de menaces ... auquel on ajoute la désaffection des citoyens vis à vis de leur parlementaire et toute la rhétorique politique agressive qui nous a envahit depuis le Tea Party... alors le cocktail est explosif oui ...et doit faire peur !

en cause une fois encore la l'accès aux armes à feu dans ce pays... c'est l'objet de l'éditorial du NEW YORK TIMES d'hier...

la violence n'est pas endémique à l'Amérique... peut on lire sur la une…

mais les armes à feu oui! car il y a près de 300 millions d'armes en circulation aux Etats-Unis dont près de 100 millions appartiennent à des particuliers. C'est la plus grosse concentration au monde ! Alors?

il serait temps de changer la loi non? Temps d'interdire les armes à feu, plutôt que de se servir de ce massacre en Arizona pour incriminer les débordements de langage de la politique... c'est à dire s'en prendre aux discours trop musclé des membre du Tea Party devenu bouc émissaire idéal... et le NEW YORK TIMES précise... remarque on peut s'interroger c'est vrai sur ce parti qui se plait par exemple à rejeter le président Obama sous prétexte qu'il ne serait pas vraiment né aux Etats-Unis…

les Tea Party n'ont donc que la monnaie de leur pièce et chaque républicain comme chaque organe de presse qui a servi leur rhétorique extrémiste et insurrectionnelle doit interroger sa conscience aujourd'hui... considère le GUARDIAN

la colère, la haine, la bigoterie et tout le discours musclé qui l'accompagne doivent être remis en cause d'urgence... et toute la classe politique doit se mettre d'accord pour changer de ton

car on ne peut pas faire de la politique comme on chasse le caribou en Alaska... écrit le TEMPS... et cette tuerie en Arizona dans la Mecque du fanatisme américain... forcera sans doute le Tea Party à la maturité, voir à son déclin inéluctable.

C’est effectivement l'effet boomerang que l'on attend... écrivent tant EL PAIS à Madrid qu'EL PERIODICO à Barcelone...

car le discours n'est jamais innocent... utiliser le langage politique de manière irresponsable : incitant à la haine, déshumanisant le débat, dépréciant les arguments, rejetant tous les éléments constructifs et niant l'adversaire du même coup tout cela est un venin bien connu !

et c'est ainsi que le site d'AL JAZEERA se permet ce parallèle audacieux ce matin... le lien entre la fusillade contre la parlementaire américaine et l'assassinat la semaine dernière d'un modéré pakistanais. Dans les deux cas, c'est le débat qui était visé dans les deux cas, la colère mène à la violence qui mène à la guerre. Or quand les politiques cesseront de parler par peur de mourir alors nous auront tout perdu !

et el PERIODICO termine : car appeler à la guerre contre qui ou quoique ce soit... n'amène jamais la paix

Bonne journée.

L'équipe
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