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"Fusillez les banquiers, nationalisez les banques"

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"Le sens de l'urgence lui donne une marge de manoeuvre", nous dit ce matin le New York Times. Jamais depuis Francklin Roosvelt, dans les profondeurs de la grande dépression, un président américain n' a pris ses fonctions avec le feu vert des deux partis pour à la fois dépenser et réduire les impôts. A titre comparatif, en 1993 Bill Clinton demandait 16 milliards de dollars à injecter dans l'économie. Les élus démocrates au Congrès avaient refusé afin de ne pas creuser le déficit. Demain, avec l'autorisation du Congrès de dépenser 700 millairds de dollars Obama envisage, plus que l'administration Bush, de faire pression sur les institutions financières pour aider les propriétaires immobiliers en difficulté et rouvrir le crédit aux particuliers et aux entreprises. "Il va envoyer un message fort aux banquiers" prévient son plus haut conseiller, David Axelrod. "Il ne veut pas qu'ils s'assoient sur l'argent des contribuables". Et oui l'administration Obama envisagerait la mise en place d'une fondation de valorisation de bancaire, affirme le Temps à Genève, au moment où Citigroup, Bank of America, et Royal Bank of Scotland dévoilent des pertes astronomiques. Soudain le secteur bancaire semble revenu 4 mois en arrière. Comme lors de la faillite de Lehman Brothers, chaque journée est rythmée par son lot de nouvelles désatreuses. Comme à la fin de l'été ces alertes font immédiatement dévisser les banques en bourse. "Sauvetages insuffisants ?" s'interroge le quotidien suisse. Comme pour éviter de répondre non l'article se poursuit en détaillant les mesures à venir dans plusieurs pays. La presse américaine évoque une gigantesque fondation dans laquelle seraient cantonnés les actifs toxiques. Mais comment la nouvelle administration pourra-t-elle obtenir des parlementaires les mille milliards de dollars supplémentaires qu'est censée coûter cette structure de "défaisance" ? se désole un professeur de la Columbia Business School. Après le culte vaudou des réductions d'impots, passé de mode estime le Herald Tribune, des gens influents, de la réserve fédérale, des banques et même de l'équipe Obama ont découvert un nouveau culte : celui qui consite à élaborer des rituels financiers afin de faire marcher des banques déjà mortes. Et le quotidien international d'expliquer comme certaines banques se maintiennent en vie uniquement parce que les actionnaires croient qu'elles seront sauvées par leur gouvernement. La faillite de Lehman Brothers aurait pu provoquer l'effondrement de l'économie mondiale; personne aujourd'hui ne songe à répéter ce scénario. Alors que faire ? Recapitaliser ? L'argent ne servirait qu'à sauver la valeur des actions et inciterait à des prises de risques excessives à l'avenir. Il faudrait plutôt faire qu'avait décidé le gouvernement américain à la fin des années 80 avec l'épargne et les créances pourries. Les purger au sein d'une institution spéciale. Sauf que cette politique de nettoyage s'apparenterait d'une autre manière à sauver les actionnaires. Alors pourquoi faire autant de contortions ? Certainement parce que Washington reste pétrifié par le mot N. comme nationalisation. Pourtant la réalité c'est que les banques sont déjà sous perfusion publique. Et personne ne veut reconnaître que la solution le plus évidente passe par une prise en main explicite, bien que temporaire, du gouvernement. C'est vrai, commente le Temps, que la solution britannique d'entrée de l'Etat au capital des établissements, suivi par Washington en octobre, ne semble plus la panacée. "Fusillez les banquiers, nationalisez les banques" lui répond ironiquement le Financial Times. Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement britannique ne fait pas un pas supplémentaire. La suite logique serait de prendre les renes de toutes ces institutions qui désormais dépendent de l'argent public. Ce serait beaucoup plus simple. Mais des hauts fonctionnaires m'ont dit qu'il y avait toutes sortes de raisons pour que les nationalisations ne constituent pas une bonne réponse; et pourtant, ajoutaient-ils, c'est ce qui devrait arriver. Enfin, pour l'instant conclu l'éditorialiste, je ne vois pas de politique plus populaire que de fusiller les banquiers et de nationaliser les banques. Cela ferait peut-être gagner une élection à monsieur Brown ! Ce que les hommes politiques aiment par dessus tout, c'est dépenser plus. Quoi de plus satisfaisant que d'imprimer de l'argent et de le distribuer aux masses qui vous récompenseront avec leur adulation, commente Haaretz à Jérusalem. Barak Obama n'est pas vu comme un dirigeant politique, mais comme un père venant soigner tous les maux de la nation. Il a hérité de Bush un énorme déficit, 450 milliards de dollars et d'une dette gargantuesque qui représente 81% du PIB. Mais Obama ne va rien changer à cela. Il envisage un plan de 850 miliards comme s'il disait au pays : Bush vous a versé de sceaux d'argent, je vais vous amener des barils. Les Etats-Unis font face à une crise monumentale parce qu'ils ont vécu au-dessus de leurs moyens et l'ont fait de manière totalement irresponsable, poursuit Haaretz. Et Obama reste dans cette veine à une échelle encore plus importante. Obama croit qu'il a découvert la pierre philosophale. Il se rêve en alchimiste qui guérrirait l'économie sans douleur et sans conséquences. Le retour à la réalité sera brutal et douloureux. Renaud Candelier

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