LE DIRECT

Grèce, Iran, TTIP. Ou le spectacle grandeur nature.

5 min

Chaos ou victoire, la presse n'a visiblement toujours pas tranchée. En dépit du message retentissant envoyé dimanche par une très large majorité de la population grecque, toute la presse semble encore perplexe, ce matin, à l'idée que cette victoire pourtant incontestable d'Alexis Tsipras signifie un véritable tournant capable de conduire rapidement la Grèce vers une sortie de crise. Le combat de coqs entre la Grèce et ses créanciers continue, peut-on lire notamment en Une de USA TODAY. Or tandis que le bras de fer se poursuit, la situation financière du pays, elle, continue à empirer. Pis encore, puisqu’à en croire la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, non seulement les Grecs doivent se faire à l'idée que rien ne va s'améliorer dans un avenir proche, mais ils remarqueront vite qu'il n'y a même plus de lumière au bout du tunnel.

Greek Finance Minister Yanis Varoufakis
Greek Finance Minister Yanis Varoufakis Crédits : Yves Herman - Reuters

Preuve, d'ailleurs, qu'il est toujours aussi difficile de savoir qui sont les vrais vainqueurs, le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, lequel avait annoncé qu’il démissionnerait si le "oui" l’emportait au référendum, s'est vu finalement poussé à la porte par le "non". Dans son blog, l’homme politique s'est dit favorable à sa démission pour, je cite, faciliter les négociations. Mais là encore, rien n'est moins sûr. Même si Varoufakis a choisi de laisser sa place et de partir dans le soleil couchant, tel un héros de cinéma, écrit THE CHRISTIAN SCIENCE MONITOR, son départ amènera-t-il pour autant les créanciers à concéder à la Grèce ce qu'ils lui refusaient hier ? Seule certitude, écrit LE TEMPS de Genève, tout laisse croire que sa tête a bien été demandée par les Européens, en échange d’une reprise rapide des négociations.

Autres négociations et autre casse tête, les pourparlers sur le nucléaire iranien. Au dernier jour théorique des pourparlers, les négociateurs des grandes puissances et de l'Iran se trouvent aujourd'hui dos au mur. Les discussions, censées clore près de deux ans d'une négociation hors norme, s'éternisent dans la capitale autrichienne, au point que la possibilité d'un échec ne peut être exclue. Et pour conjurer un tel scénario, Washington et Téhéran ont évoqué hier une possible prolongation des négociations.

French Foreign Minister Laurent Fabius
French Foreign Minister Laurent Fabius Crédits : Leonhard Foeger - Reuters

Il faut dire qu'autour de la table se trouverait, là encore, un autre trublion. Et cet homme, précise le journal HA'ARETZ cité par le Courrier International, n'est autre que Laurent Fabius. Ces deux dernières années, le ministre français des affaires étrangères est devenu le bad cop des négociations, écrit le journal, héritant de cette réputation après avoir particulièrement œuvré pour torpiller l’accord intérimaire de novembre 2013 et appelé à un nouveau cycle de négociations. Et le quotidien de Jérusalem de préciser encore : la méfiance de Laurent Fabius envers Téhéran remonte à l’époque où il était Premier ministre de François Mitterrand. Il y avait eu notamment ce projet de construction d’un réacteur nucléaire, finalement suspendu par la République islamique, sans aucune compensation versée à Paris. Le mois dernier, en déplacement en Israël et en Egypte, Laurent Fabius avait d'ailleurs surpris ses interlocuteurs, en parlant du danger que faisait courir un éventuel accord, parce qu’il encouragerait l’Arabie Saoudite et plus généralement le Moyen-Orient tout entier à se lancer dans la course au nucléaire. Ou quand l’ouverture de l'Occident vers l’Iran risque de lui aliéner les pays du Golfe et ses juteux contrats.

Quoi qu'il en soit et en attendant que tous les acteurs de ce vaudeville diplomatique repartent de Vienne, une question demeure, toujours et encore, pour la population iranienne : quand est-ce qu’ils vont enfin lever les sanctions économiques qui pèsent aussi lourdement sur la vie quotidienne ?

Enfin ultime round de négociations en cours, les députés européens débattent aujourd'hui d'un texte sur le partenariat transatlantique de commerce négocié entre l'UE et les États-Unis, texte qui sera soumis au vote demain. C'est là l'autre sujet sensible inscrit à l'agenda de la semaine, peut-on lire notamment dans les colonnes du SHANGAI DAILY.

Members of the European Parliament take part in a voting session at the European Parliament in Strasbourg
Members of the European Parliament take part in a voting session at the European Parliament in Strasbourg Crédits : Vincent Kessler - Reuters

Petit rappel, ce que l'on nomme généralement le TTIP est un projet de création d’une zone de libre-échange dans l’Atlantique Nord. Sauf que les eurodéputés sont très partagés sur le texte de la résolution, précise LA LIBRE BELGIQUE et en particulier sur les mécanismes d'arbitrage envisagés dans le cadre de l'accord commercial. Ces procédures, permettant de contourner les juridictions nationales, inquiètent nombre de pays européens, car elles sont vues comme la porte ouverte à une remise en cause des politiques publiques. D'où cet entretien, à lire ce matin sur le site du Parlement européen, entretien avec le rapporteur allemand Bernd Lange, lequel tente de rassurer : dans notre résolution, dit-il, nous sommes très clairs sur le fait que des valeurs spécifiques et des traditions européennes ne sont pas incluses dans l'accord, comme par exemple, les services publics, la protection des données ou la diversité culturelle.

Enfin s'agissant de diversité culturelle, justement, une vive polémique survenue il y a quelques jours au Royal Opera House de Londres, lors de la première du Guillaume Tell de Rossini, mis en scène par Damiano Michieletto. Polémique car au troisième acte intervient une scène de viol collectif. Un moment insoutenable pour les spectateurs, qui n'ont pas manqué de faire savoir leur désapprobation. Les sifflets ont aussitôt retenti. THE GUARDIAN, en particulier, a fustigé la scène en question, évoquant un viol collectif long, lascif et voyeuriste. Quant à son confrère du TIMES, il juge que le véritable motif d'indignation vient non pas de cette scène de viol collectif mais de ce que le chef d'orchestre, le chœur et les solistes aient dû continuer à évoluer sur scène, alors qu'ils n'étaient guère en mesure de s'entendre les uns les autres.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......