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Grèce, le cauchemar continue : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Et les révélations, si elles se confirment, sont effrayantes. Selon le quotidien d’Athènes, ELEF THEROTYPIA, avant l'assassinat la semaine dernière du rappeur antifasciste, les services secrets grecs avaient mis sur écoute, depuis plusieurs mois déjà, les conversations téléphoniques de plusieurs membres d'Aube dorée, le parti néo-nazi. Or le relevé des écoutes pourrait démontrer, non seulement que le meurtrier a reçu l’ordre d’assassiner Pavlos Fyssas, mais que l’auteur du coup de téléphone pourrait être qui plus est un député d’Aube dorée. Autrement dit, écrit le journal de Milan, CORRIERE, le meurtre il y a 10 jours d'un rappeur antifasciste révélerait au grand jour que le parti néonazi est bien aujourd'hui le bras parlementaire d'une organisation criminelle.

Aube Dorée, une mafia fasciste au cœur du pouvoir grec, titre d'ailleurs ce matin le site d'information en ligne MYEUROP. Tous les jours, dit-il, des interviews publiées d'anciens membres d'Aube dorée dévoilent un peu plus le comportement mafieux de cette organisation et les connivences à tous les niveaux dont elle bénéficiait, entraînements dans des camps paramilitaires par des membres des forces armées spéciales, ratonnades de mèche avec les policiers et pressions contre des artistes avec la faction fondamentaliste de l'Eglise. Les exemples ne manquent pas. Et le portail d'information de citer notamment le cas de ce psychiatre, chef de département d'un hôpital, prônant ouvertement des thèses eugénistes nazies et qui distribuait des certificats de bonne santé mentale pour le permis de port d'armes à tous les membres de l'organisation. Ou bien encore cette directrice d'un centre de transfusion sanguine, qui mettait à disposition du parti, tous les locaux et l'équipement nécessaire pour leur distribution de sang aux "Grecs seulement". Plus inquiétant encore, l'organisation néo nazie se serait infiltrée jusque dans les écoles. Cours de haine dans les écoles par Aube dorée, titre ainsi le journal TO ETHNOS, qui affirme que le parti aurait dispensé des cours à des lycéens et des collégiens pour leur enseigné leur idéologie.

Tout en publiant, chaque jour, de nouveaux aveux sur l'emprise tentaculaire d'Aube dorée dans tous les secteurs de la société grecque, la presse s'interroge : est-ce désormais la fin de l'immunité pour le parti néonazi ? Et bien rien n'est moins sûr car même si le premier ministre multiplie à présent les professions de foi démocratiques, il refuse toutefois la discussion au Parlement, pas très à l'aise, sans doute, avec son passé récent, puisque nombre des députés du parti conservateur, la Nouvelle Démocratie, proposaient il y a peu encore une collaboration avec Aube dorée.

De son côté, accusée par la presse de passivité, voire de complaisance, la police grecque multiplie désormais les descentes aux sièges du parti Aube dorée. Elle a notamment arrêté un policier chargé de la protection d’un député de ce parti, après la découverte de cartouches de chasse lui appartenant. Plusieurs hauts gradés de la police ont également démissionné. Des policiers de l’île d’Eubée, notamment, ont été suspendus pour ne pas avoir mené d’enquête sur la section régionale du parti dont les locaux côtoient le commissariat local. Une enquête a par ailleurs été ordonnée dans trois commissariats de la banlieue de la capitale, soupçonnés d’avoir toléré des violences orchestrées par le parti. Enfin la police a remis à la justice une cinquantaine de plaintes, restées d'ailleurs dans un tiroir depuis des mois. Sauf que tout cela est d'une hypocrisie folle, dénonce encore l'éditorialiste du journal TO ETHNOS. Même analyse pour son confrère de gauche AVGI : le gouvernement, dit-il, fait comme s'il était à l'origine du progrès des enquêtes. Or le ministre de la Police, lui-même, était au courant des crimes néonazis depuis un an déjà.

Aujourd'hui, un certain nombre de parlementaires appelle à exclure Aube dorée de la vie politique. D'autres veulent adopter des lois qui stigmatiseraient Aube dorée comme organisation de malfaiteurs. Seulement voilà, il se trouve que la Constitution proscrit l'interdiction d'un parti politique. Et l'épaisse législation grecque n'a sans doute pas besoin d'être alourdie de nouvelles règles, commente pour sa part le FINANCIAL TIMES, le quotidien britannique pour qui d'ailleurs la législation en vigueur est amplement suffisante, dit-il, pour sanctionner ceux qui incitent à la violence ou qui persécutent des innocents. Reste toutefois l'essentiel, c'est à dire la volonté de mettre la loi en application, et ce quel qu'en soit le coût politique.

Et c'est là sans doute le problème majeur, renchérit LE TEMPS de Genève : Aube dorée et ses formations paramilitaires sont indissociables, dit-il, de l’actuel imbroglio politico-social grec. Autrement dit, renchérit le journal d'Athènes TA NEA, la guerre contre l'extrême droite doit avant tout commencer au sein de la classe politique, dans son ensemble.

Voilà pourquoi, commente à son tour son confrère du journal TO ETHNOS, cité par Presseurop, un climat de tension politique sans précédent envahit à présent le pays, alimenté notamment par le fait que le gouvernement renvoie dos à dos, extrême gauche et extrême droite. Or la théorie des deux extrêmes, maintes fois évoquée par le Premier ministre est dangereuse, dit-il, avant d'en conclure : une crise politique aiguë vient aujourd'hui s'ajouter à une crise sociale non moins dramatique, posant désormais un véritable défi à la démocratie grecque, toute entière.

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