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Harold Pinter et le sens du silence

5 min

La valeur du silence à longueur de colonnes ce matin. La valeur du silence, le sens du silence au théâtre, voilà notamment ce qui restera d'Harold Pinter. La mort du dramaturge britannique, prix Nobel de littérature, occupe une large place dans les journaux, en particulier, évidemment, dans les journaux anglais. Harold Pinter a succombé à un cancer hier, il avait 78 ans. Le Guardian salue la disparition du "plus grand dramaturge britannique contemporain" et rappelle les termes employés par l'Académie Nobel en 2005, au moment de lui remettre le prix : c'est un auteur "qui fait apparaitre l'abîme sous les bavardages et qui se force un passage dans la pièce close de l'opression". "Pinter était le dramaturge le plus influent, le plus provocateur et le plus poétique de sa génération, poursuit le Guardian, auteur de plus de trente pièces, parmi lesquelles l'Anniversaire, le Guardien, ou encore Trahisons. Parmi les dramaturges du siècle dernier, Beckett est son seul rival sérieux en terme d'influence dans le théatre, lit-on dans le quotidien britannique. Pinter a embrassé en parallèle les carrières d'acteur, de scénariste et de metteur en scène et était aussi, en particulier ces dernières années, un vigoureux militant des droits de l'homme." The Independant, de son côté, insiste sur les origines modestes de Pinter, "fils d'un tailleur juif de l'East End, quartier populaire de Londres." Quant au Times, il cite Pinter, dans une interview en 1989, qui souligne justement le poids des pauses et des silences dans son oeuvre : "J'ai fait une erreur terrible quand j'étais jeune, et je pense que je ne m'en suis jamais vraiment remis. J'ai écris le mot "pause" dans ma première pièce." Harold Pinter a marqué la littérature, mais aussi la langue anglaise. L'existence du mot "iinteresque" dans le vocabulaire en est la première preuve, selon le Times. Et pour une définition rapide de cet adjectif, on peut ouvrir notamment la presse belge. " Est réputé pinteresque ce qui est de l'ordre de l'iceberg : un minimum de visible et d'audible, un maximum de sous-entendus, lit-on dans le Soir. Quel auteur contemporain peut se targuer, comme Proust ou Kafka, de désigner par une déclinaison de son nom une vision du monde ?", s'interrge le quotidien belge. "Pinterism ou Pinterish-ness" sont également des mots acceptés par le dictionnaire de langue anglaise Oxford, c'est ce que rappelle le New Yorker. La fascination de la presse américaine pour Pinter, d'ailleurs, est toute aussi vive que celle des journaux britanniques. "Dans les mots et dans le silence, un écrivain au pouvoir rare" : c'est le titre choisi par le Washington Post, qui invite ses lecteurs à faire une pause et "à faire une pause encore un peu plus longue, par respect envers celui qui savait précisément faire naitre le sens dans un silence". "Le Retour" a changé ma vie" écrit l'écrivain américain John Lahr dans le New Yorker. Avant d'avoir vu cette pièce, je pensais que les mots étaient simplement des vecteurs de sens. Depuis, je sais qu'ils sont aussi un moyen de défense. Avant, je pensais que le théâtre concernait la parole. Depuis, j'ai compris l'éloquence des choses que ne sont pas dites. J'ai réalisé tout ce que pouvait transmettre au public la position d'une chaise, la longueur d'un silence, le choix d'un geste". Et le chroniqueur raconte qu'il a vu cette pièce, le Retour, The Homecoming, en 1967. "A l'époque, je ne savais pas vraiment ce que j'avais vu. Je savais seulement que la combinaison spectaculaire de mystère et de rigueur que propose cette pièce m'avait appris quelque chose de nouveau sur la vie, sur le language et sur la manière de raconter une histoire sur scène. Pinter avait chassé la narration du théatre. Le Retour n'offrait pas d'explication, pas de théorie, pas de vérité, pas la moindre certitude. L'engagement politique d'Harold Pinter prend également une large place dans la presse. Le Daily Telegrah rappelle son opposition farouche aux bombardements du Kosovo par l'OTAN en 93, à l'invasion de l'Irak en 2003 (il avait parlé d'acte de "banditisme, de terrorisme d'Etat flagrant" et avait traité Tony Blair de pauvre idiot" pour avoir suivi Georges Bush dans cette voie). Mais c'est bel et bien au sujet de Pinter le dramaturge que la presse se fait la plus dithyrambique. A l'image du Times, qui prédit que "la réputation déjà immense d'Harold Pinter, va encore grandir et grandir. Car plus l'on détache ses pièces de théâtre de l'époque où elles ont été écrites, jouées ou critiquées, plus l'on réalise qu'elles sont hors du temps. Elles ne sont pas réalistes, elles sont tellement mieux que cela, conclut Dominic Maxwelle dans le Times. Elles sont la vérité. " MUSIQUE Elle aussi s'en est allée le jour de Noel. Ertha Kitt, chanteuse soul et comédienne américaine, est morte hier à l'âge de 81 ans, d'un cancer également. Santa Baby, son plus grand tube, a été repris par Madonna ou Janet Jackson. Et la presse américaine, surtout, salue la disparition de cette icône noire, dont Orson Wells disait que c'était "la femme la plus excitante du monde". "Son charme, sa sensualité et son indomptable détermination l'ont menée des champs de coton du Sud américain à la notorité mondiale", écrit le Washington Post. Le quotidien raconte qu'en 2005, lors d'un concert à Washington, elle avait remercié les organisateurs pour avoir apporté une orchidée dans sa loge. "C'est gentil, avait-elle dit, mais la prochaine fois, apportez-moi plutôt un homme!"

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