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Hong Kong : "Central" sera-t-il finalement occupé ?

8 min

Par Eric Biegala

Central sera-t-il finalement occupé ? C'est la question qui se pose aujourd'hui à Hong Kong, après la décision ce week-end des autorités pékinoises d'autoriser l'élection au suffrage universel du prochain "Dirigeant en Chef " de Hong-Kong - sorte de président de la Région administrative spéciale... Il y aura donc bien une élection au suffrage universel à Hong Kong, elle prévue pour 2017, mais il s'agira d'une élection "à la chinoise" qui devra départager des candidats (2 ou 3 pas plus), lesquels auront au préalable été sélectionnés par un comité ad hoc. Depuis des mois, les activistes pro-démocratie de la ville manifestaient pour exiger que n'importe quel citoyen puisse se présenter à cette future élection. Le mouvement, baptisé Occupy Central - "Central" c'est le quartier des affaires de Hong Kong, son coeur financier - menace donc d'occuper ce district... transformant quelques manifestations sporadiques en sit-in plus ou moins permanent... "En adoptant cette loi électorale, le Congrès national du Peuple Chinois donne en fait un droit de veto au parti communiste chinois quant aux nominations". .. écrit le Wall Street Journal "les candidats à l'élection devront être approuvés à l'avance et Pékin a, par le passé, clairement indiqué que seuls les candidats "patriotes" pourront participer à la course électorale à HongKong... un "patriotisme" qui se réduit simplement à "l'amour du Parti" , autrement dit à suivre aveuglément sa ligne. résume le Wall Street Journal Ce faisant, "Pékin a abandonné tout pragmatisme à HongKong" titre d'ailleurs le quotidien économique américain. Et de rappeler qu'en son temps, "Deng Xiaoping avait parfaitement compris que la crédibilité du PC Chinois était extrêmement faible à HongKong... et que si Pékin se contentait de simplement récupérer la ville - colonie de la couronne britannique jusqu'en 1997 - en y imposant ses méthodes autoritaires cela risquait de détruire toute l'économie Hong Kongaise... de tuer la poule aux oeufs d'or... d'où la formule de Deng : "il y aura bien un seul Pays : la Chine mais deux Systèmes" , laissant à HongKong son administration et ses cours de justice à l'Anglaise et promettant des élections démocratiquse pour les futurs dirigeants de cette Zone Administrative Spéciale... "force est de constater, poursuit le Wall Street Journal que la direction chinoise actuelle fait preuve de bien moins de pragmatisme politique et montre beaucoup moins de subtilité dans sa manière de traiter ce territoire" .C'est vrai que le réseau toujours plus important des activistes d'Occupy Central commençait a clairement indisposer les dirigeants pékinois... samedi dernier, le Quotidien du Peuple , l'organe du Parti communiste, dénonçait les activistes d'Occupy Central comme autant d'"agitateurs étrangers, qui tentent de transformer HongKong en une tête de pont pour infiltrer le continent Chinois. Cela doit être a tout pris interdit ! " martelait l'éditorial du quotidien.Sur la radio Hong Kongaise RTHK , Chen Zuer le patron d'un cercle de réflexion chinois, ancien directeur adjoint du département des affaires de Hong Kong et de Macao avait pareillement dénoncé le mouvement Occupy Central comme étant « manipulé par les pays occidentaux afin de renverser le régime » . Il avait d'ailleurs fait ensuite référence aux cas de la Libye et de l'Ukraine, où « certaines personnes ont persuadé des citoyens spécialement entraînés de prendre part à un mouvement de désobéissance civile afin de provoquer un bain de sang » . Après la décision de Pékin d'autoriser ces élections mais avec des candidats préalablement choisis", le China Daily qui lui aussi est parfaitement dans la ligne, considère - logiquement - qu'il ne s'agit jamais que d'assurer à Hong Kong l'Etat de Droit , et le quotidien d'expliquer qu'un petit nombre de candidat s (2-ou 3 pas plus) c'est en fait nécessaire ; ça permet de faire des économies (les élections coutent cher) et "d'éviter les dérapages qui troublent la stabilité sociale" En fait "la grande crainte de Pékin c'est que des mouvements tels qu'Occupy Central ne se répandent un peu partout en Chine, écrit The Diplomat , un site web spécialisé dans l'Asie du Sud Est... "déjà des activistes de Macau -autre zone administrative Spéciale - organisent un referendum informel quant à l'avenir démocratique du territoire et les militants qui avait ouvert quelques bureaux de vote ont d'ores et déjà été arrêtés... On sait que sur ces sujets, la patience de Pékin est notoirement limitée , poursuit The Diplomat, ce qui pourrait bien ouvrir la voix à une véritable confrontation". Dans le South China Morning Post de ce mercredi, l'un des principaux activistes d'Occupy Central, Chu Yiu-Ming se félicite pourtant de ce que le mouvement a déjà remporté un véritable succès en placant la réforme des institutions au centre du débat public... il promet d'aller jusqu'au bout et d'organiser effectivement sit-in et manifestations dans le quartier des affaires... "dans les prochains jours"... "et ce ne sera pas une seule journée de protestation", prévient-il "mais une occupation permanente... on commencera certainement par lancer l'action à l'occasion de vacances, de manière à minimiser l'impact économique sur la société... de manière aussi a ramener le maximum de monde dans la rue" . Chu Yiu Ming prévoit aussi de désigner d'autres leaders du mouvement, au cas ou les deux ou trois personnalités qui en sont ses figures de proue seraient arrêtées. La balle est maintenant effectivement dans le camp de l'opposition, écrit pour sa part The New Yorker. .. "jusqu'où les activistes pro-démocracie sont prêts à aller ?", demande l'hebdomadaire américain, qui précise qu'"historiquement la vie politique à HongKong est effectivement démonstrative et vivante... mais pas violente... les protestataires ont annoncé leur décision de bloquer le quartier des affaires et son fonctionnement... est-ce que ce sera seulement symbolique ou est-ce qu'on prend le chemin d'une véritable confrontation ? Et comment répondra le gouvernement local, et derrière lui Pékin ? Il n'y a pas si longtemps, rappelle encore The New Yorker , il aurait été impossible d'imaginer des chars chinois dans les rues de HongKong, mais depuis 25 ans le Parti Communiste a montré qu'il était prêt à prendre toutes les mesures nécessaires, y compris le plus extrêmes pour écraser toute manifestation publique... Dimanche il y avait des centaines de policiers et des dizaines de voitures de police qui patrouillaient les rues du quartier des affaires... raconte l'hebdomadaire... "on a même vu des transports de troupes blindés !". Bref, le spectre d'un nouveau Tian an Men planne aujourd'hui sur Central Hong Kong.

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