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Horreur Horreur!

6 min

par Cécile de Kervasdoué

Un dilemme ce matin : dois je vous en parler comme ça au réveil, au petit déjeuner ? N'y a t il pas comme une forme de délectation de facilité, de voyeurisme ? Et puis à quoi ça sert finalement?

à quoi cela sert il de vous faire part de toutes ces horreurs : de tous ces cadavres mutilés, torturés qui inondent ce matin la presse internationale ?

Il y a ceux que la Croix Rouge ramasse en Côte d'Ivoire...

Il y a ceux noyés dans notre mer méditerranée

D’autres dans la ville de Misrata en Libye

D’autres encore dans les geôles des dictatures

D’autres enfin ...tiens, là, tout près de chez vous ...dans des faits divers si souvent relayés par la presse

Mais surtout il y a ces charniers tout frais que découvre avec horreur le Mexique de puis début avril...

145 cadavres dans plus de 20 charniers au nord est du pays... et la tragédie enfle au fur et à mesure des jours raconte l'Universal à Mexico... qui sont ces gens ? Des disparus oubliés depuis longtemps sauf par leur proches des morts que le crime organisé, les cartels de la drogue et leurs soutiens policiers ont voulu passer sous silence...

Ces cadavres datent d'environ deux mois...Ils sont pour la plupart localisés sur la commune de San Fernando .... Une municipalité de l'état mexicain de Tamaulipas... qui est situé à l'embranchement de routes qui mènent aux villes frontalières des Etats Unis

De manière totalement paradoxale et morbide... ces cadavres sont une espérance pour de nombreuses familles qui pleurent leur proches disparus depuis des mois... les cadavres vont donc être exposés continue le quotidien mexicain afin d'être identifiés, pour ceux qui le peuvent.

et l'hebdomadaire Proceso toujours au Mexique lance ce titre tellement mexicain : « ce sont des histoires d'horreur et d'amour à la fois... le Mexique aujourd'hui est devenu tellement violent qu'on en parle presque plus autour de nous... sauf aujourd'hui peut être

et effectivement al Jazzera mais aussi le Los Angeles Times aux Etats Unis se fendent d'un article sur ces cadavres mexicains... parce que la police mexicaine a arrêté 16 policiers soupçonnés d'avoir couvert sinon encouragé ces tueries du cartel Zetas

Rien qu'on ne savait déjà... rajoute l'Irish Examiner...

Les cartels de la drogue encouragés par la demande américaine et protégés par des éléments policiers mexicains pourtant entrainés par la police américaine... enrôlent de force, violent et massacrent en toute impunité des citoyens mexicains, et des immigrés clandestins qu'ils finissent par assassiner

On en a ras le bol ! marre ! Ras la casquette ! Hasta la madre !

C'est le cri de ralliement de la société civile mexicaine qui s'affiche depuis des semaines dans les colonnes du Proceso mexicain... ça suffit toute cette violence !

Et c'est le cri ce matin dans les colonnes de l'hebdomadaire d'un prêtre... qui raconte l'article perd tout son sang froid au bout de 45 minutes d'entretien ... il se couvre le visage avec les mains et il crie:

Ça n'est plus possible voyons... réveillons nous bon sang... tous ces morts cette impunitécette corruption ces politique qu ne pensent qu'aux électons de l'an prochain... il faut que la société civile se lève se mobilisent pour protéger l'humanité... car ces migrants assasinés ces hommes ces femmes pris dans une spirale de violence c'est innacceptable nous ne pouvons pas rester sans rien dire sanbs rien faire

à quoi bon répond cynique el Pais

ça ne réveillera pas les morts... et le journal espagnol se plait à relayer ce procès qui s'est tenu en Grande Bretagne il y a une semaine ... un procès pour y voir clair sur les abus perpétrés par les britanniques durant l'insurrection indépendantiste Mai Mai au Kenya entre 1952 et 1960.

Bien sûr les atrocités dénoncées par 5 anciennes victimes... torturées atrocement et emprisonnées pendant parfois près de 20 ans pour s'être opposés à l'oppresseur colonisateur... ces horreurs ont été perpétrées il y a longtemps.... à quoi bon remuer la boue ? disait le gouvernement britannique... surtout qu'aujourd'hui le Kenya est libre et indépendant !

mais el Pais ne le voit pas de cette manière... il ne faut pas oublier les morts et certainement pas les atrocités commises par les colonisateurs... et c'est aussi ce qu'affirme le sociologue allemand Harald Welser... la plupart des démocraties occidentales s'appuient sur une histoire d'exclusion de nettoyage ethnique et de génocide... et les plus grandes barbaries ont été commises du temps où la civilisation occidentale dominait le monde sans entraves ... du temps de la colonisation...

Alors ce type de révélation est essentielle... tout comme celle du Mexique... rajoute le Temps en Suisse

car elles mettent en avant l'immense hypocrisie de la guerre du gouvernement de Calderon contre la drogue...

N'en déplaise au président mexicain cette guerre ouverte contre les cartels lancée il y a 4 ans est un échec... malgré les arrestations des barons de la drogue, le nombre d'armes découvertes ou le montant de cocaïne saisi la violence ne diminue pas.. 34 000 morts, un nombre croissant de mexicain victime de la drogue, l'augmentation du nombre de kidnappings et d'exécutions, l'impunité généralisée.... d'après le gouvernement la violence est la conséquence inévitable de la guerre contre les cartels, mais d'autres pays sont parvenus à empêcher les cartels de commettre des atrocités contre des civils innocents... alors interroge le Temps... la cause du mal est sans doute à chercher aussi dans les contradictions du gouvernement Calderon qui pour des raisons électorales dénonce l'ingérence américaine dans les affaires mexicaines tout en lui demandant de l'aide en coulisse... dans l'Art de la Guerre Sun Tzu écrit que toutes les guerres comportent des tromperies; le Mexique en est la dernière victime.

le voilà donc notre marasme quotidien? Rajoute l'Universal... la violence au Mexique serait structurelle... ce serait celle d'un modèle de développement en échec qui se raccroche au crime organisé? Sommes-nous vraiment ainsi?... faits de violence cynique et de résignation ou d'indifférence face à la barbarie?

et c'est un chercheur américain qui répond... Dr Nowak, mathématicien de l'université d'Harvard et dont le dernier livre: "Supercoopérateurs: pourquoi nous avons besoin les uns des autres pour réussir" est chroniqué dans les colonnes de l'International Herald Tribune

tout est affaire de cycle... l'égoïsme, le cynisme, l'indifférence, la violence sont un face de l'Humanité... mais sa force la plus grande, celle qui n'appartient qu'à l'espèce humaine et qui est la clef de sa survie c'est la coopération, la solidarité.... en l'absence de confiance, la raison est autodestructrice... et c'est ainsi qu'au bout de l'égoïsme, au moment de la destruction, le balancier s'inverse et l'homme choisit parce qu'il n'a plus le choix la solidarité

Espérons juste que ce balancier va bientôt s'inverser au Mexique et ailleurs!

Bonne journée

L'équipe
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