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HSBC : une fraude fiscale mondialisée

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Bannières de la  banque HSBC à Londres
Bannières de la banque HSBC à Londres Crédits : FACUNDO ARRIZABALAGA - Maxppp

La banque HSBC est impliquée dans une fraude dont le montant s'élève à 180 milliards d'euros. C’est ce que révèle une enquête internationale à laquelle ont collaboré plus de 150 journalistes de 60 nationalités. Le détail de l'affaire et des réactions dans la presse internationale grâce à Eric Biegala.
106 000 clients... 20 000 sociétés off shores... 180 milliards d'euros de dépots et transactions : c'est la masse d'informations qu'il a fallu décortiquer pour parvenir à la publication hier de ce que l'on n'appelle plus que "le scandale swiss leaks " : la révélation de comptes bancaires, en Suisse ou dans d'autres paradis fiscaux et détenus par tout ce que la planète compte de personnes fortunées... de la petite fortune du notable provincial jusqu'aux comptes des traficants d'armes ou de diamants.

Des renseignements bancaires, à l'origine volés au siège de la filiale suisse de la banque HSBC par un de ses employés Hervé Falciani et qui montrent que la banque a sciemment poussé ses différents clients à frauder le fisc. Les informations brutes, obtenues par le journal Le Monde en France, ont été partagées avec 45 autres tittres de la presse mondiale... En tout 140 journalistes ont donc épluché ces données...

Première question, posée par la Süddeutsche Zeitung en Allemagne, l'un des titres qui a participé à l'opération, "Quelle est la proportion de fraudeurs fiscaux parmis tous ces détenteurs de comptes off shores ? La grande majorité réopnd le quotidien qui rappelle que l'enquête en France sur les 3000 et quelques comptes suisses de citoyens français qu'Hervé Falciani avait fourni aux autorités en 2008, seulement six avaient été déclarés aux autorités fiscales, soit 0,2%...Au Danemark par exemple, Politiken - autre partenaire de l'opération Swiss leaks, révèle que "la branche suisse de la banque a aidé plus de 300 clients danois a placer secrètement quelques 660 milliards de couronnes entre 2006 et 2007 soit environ 100 millions d'Euros".

HSBC SwissLeaks
HSBC SwissLeaks

En Allemagne, ce sont quelques 2000 clients qui sont passés par HSBC pour placer au total environ 3 milliards d'Euros... en Belgique, c'est proportionnellement beaucoup plus... Le Soir , de Bruxelles, (lui aussi partie prenante dans l'enquête) indique que la fraude porte sur au moins 6 milliards de dollars, "répartis dans 4.612 comptes bancaires ouverts aux noms de plus de 3.000 Belges ou de société-écrans appartenant à des Belges! Voilà ce que la banque HSBC Private Bank, au milieu de la décennie passée, avait attiré sur ses comptes genevois au départ de la seule Belgique, et sans avoir licence d’exercer dans notre pays une activité financière" , 6,2 milliards de dollars, "un chiffre énorme pour un petit pays" , écrit le quotidien Bruxellois "mais qui s’explique par les nombreux dépôts de diamantaires anversois". Bien sûr il n'y a pas que des évadés fiscaux dans les listings d'HSBC... "Le rapport montre que les familles royales : le roi du Maroc Mohamed VI des dizaines de membres de la famille royale saoudienne ou le Prince Salman Bin Hamad Al Khalifa de Bahrein disposaient également de comptes en Suisse, mais précise l'International Business Times de Londres, "à Bahrein ou en Arabie Saoudite il n'existe aucune espèce de fiscalité dont on pourrait vouloir s'affranchir... et il est parfaitement légal dans ces deux royaume de détenir un compte à l'étranger" ... Un porte-parole du gouvernement bahreini a même précisé au journal que le compte suisse du Prince de Bahrein "ne lui apportit aucun avantage fiscal particulier" . On se demande bien, alors, quelle peut être son utilité.

En revanche, quelques stars, locales ou internationales : l'humoriste Gad Elmaleh en France, le chanteur David Bowie ou l'actrice Joan Collins en Angleterre, ou encore l'ancien top Model australien Elle Macpherson se retrouvent épinglés comme probables fraudeurs dans les listings d'HSBC... en compagnie de personnages beaucoup moins reluisants.

The Indian Express du 10 février 2015
The Indian Express du 10 février 2015

Le quotidien indien The Indian Express , qui a lui aussi participé à "l'épluchage" des documents, écrit que la banque "a ainsi fait des affaires avec des marchands d'armes qui livraient des obus de mortiers aux enfants soldats d'Afrique... et avec d'autres traficants internationaux tels que le spécialiste des "diamants du sang" Emmanuel Shallop, alors même que celui-ci était déjà sous le coup d'une enquête pour évasion fiscale. La banque a aidé Shallop avant qu'il ne soit inculpé pour traffic illégal en Afrique où les diamants étaient extraits puis vendus sur les marchés d'Anvers pour financer certaines des guerres civiles d'Angola, du Liberia ou en République Démocratique du Congo" ... Et c'est probablement là que se trouve le véritable scandale estime Myret Zaki dans les pages de Bilan ... la rédactrice en chef du magazine économique suisse, considère d'abord que swiss leaks n'est qu'une façon pour le gouvernement français de se faire de la pub à bon compte histoire d'effrayer d'eventuels futurs candidats à l'évasion fiscale. En effet rappelle-t-elle, "les journalistes n'ont pas «obtenu» d'eux-mêmes les informations, mais celles-ci leur ont été dépêchées en mains propres aux bureaux du Monde par des envoyés du gouvernement français" . Partant, poursuit Myret Zaki, "s'agissant des pratiques suisses de démarchage actif de clients non déclarés et des anecdotes sordides ou cocasses qui les accompagnent, ce qu'on lit jusqu'ici de swiss leaks s'avère très similaire au vécu d'UBS et de Credit Suisse, déjà amplement exposé par les masses de données des gouvernements américain et français... Les noms de célébrités figurant dans la liste portent jusqu'ici peu à conséquence.La nouveauté, en revanche, semble être que les données HSBC de 2006-2007 attestent d'un laxisme avancé en matière de lutte antiblanchiment. La banque, qui avait déjà dû faire le ménage dans son antenne genevoise en 2012 suite à une affaire de blanchiment [impliquant certains de ses cadres ] et qui a réglé en 2013 près de 2 milliards de dollars d'amende aux Etats-Unis suite à une affaire de blanchiment de drogue via le Mexique, aurait maintenu en Suisse des comptes de potentats, terroristes, trafiquants d'armes ou autres personnalités sous sanctions. On attend de voir les détails". Swissleaks soulève un problème sérieux, poursuit Myret Zaki: "alors qu'on découvre les comptes douteux de cette liste, on sait que le Ministère public de la Confédération [helvétique] en a eu connaissance, et qu'à nul moment la Suisse n'a jugé opportun d'ouvrir une enquête. Il est vrai que les condamnations pour blanchiment d'argent en Suisse, comme ailleurs , sont ridiculement rares, et que le discours sur la sévérité de la lutte antiblanchiment est ridiculement surfait, lorsqu'on sait que chaque année, des montants de l'ordre de 1600 milliards de dollars sont blanchis dans des banques, dont l'essentiel passe par les plus grandes places financières"."Le problème du blanchiment reste donc entier, il est en progression, et il est de portée mondiale. C'est à ce niveau que les journalistes pourraient combiner leurs forces au plan mondial pour enquêter. Un consortium de journalistes qui dévoilerait ces mécanismes au grand jour, au lieu d'attendre que des informations choisies lui tombent dans le bec, ferait véritablement un travail journalistique d'utilité publique" , conclu Myret Zaki.

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