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"Il faut juger le sergent tueur sur place"

5 min

Par Thomas CLUZEL

Sans doute l’avez vous déjà remarqué lorsqu’il s’agit de coller des étiquettes aux gens voire même pourquoi pas à des nations toutes entières en les qualifiant par exemple d’éléments subversifs de terroristes ou bien d’axe du mal les Américains ne sont généralement pas les derniers. En revanche étrangement dès que l’occasion leur est offerte d’appliquer le même jeu à leurs propres citoyens alors là il n’y a plus personne. Curieux. Surtout de la part de ceux qui se considèrent comme les maîtres du monde civilisé et les champions toute catégorie en matière de respect des droits de l’homme ironise l’éditorialiste du journal pakistanais OBSERVER.

Sur Twitter une australienne fait part elle aussi de son indignation rapporte de son côté le NEW YORK TIMES : un Afghan qui tire sur des soldats australiens est un « terroriste ». Alors s'il vous plaît ne qualifiez pas de « détraqué » le meurtrier de plusieurs familles afghanes. Et le journal THE NATION d’Islamabad de renchérir : c’est du terrorisme.

Alors bien sûr, aussitôt après le massacre par un GI de ces 16 villageois dans la province de Kandahar, le chef de la maison blanche en personne a fait montre de compassion en expliquant combien il était choqué mais aussi peiné par la mort de ces pauvres afghans sauf que ces belles paroles non seulement ne rendront pas leurs proches aux familles des victimes écrit à nouveau l’éditorialiste du journal THE OBSERVER mais on voit mal comment elles pourraient qui plus est aider à empêcher que de tels incidents aussi répugnants ne se reproduisent à l’avenir. Car si le meurtre de citoyens américains est un crime alors pourquoi le massacre de civils afghans ne serait-il pas un crime de même nature ? Autrement dit pourquoi ce soldat américain ne serait-il pas livré aux autorités du pays dans lequel il a commis son effroyable crime pour y être jugé sur place conformément à la loi en vigueur en Afghanistan ?

Il faut juger le sergent tueur sur place peut-on lire également dans les colonnes du NEW YORK TIMES . Une arrestation des excuses du président Obama en personne une explosion de colère sur place un appel au calme et des promesses d'enquête voilà le scénario habituel qui se met généralement en place en cas de bavure. Mais aujourd'hui par respect pour les Afghans écrit le journal l'assassin devrait comparaître devant un tribunal afghano-américain. Or personne n'envisage un tel procès. Et d'ailleurs précise l'article c'est l'une des raisons pour laquelle les Etats-Unis refusent toujours de se soumettre à la juridiction de la Cour pénale internationale et font pression sur les autres pays pour protéger leurs soldats d'éventuelles poursuites à l'étranger. Et pourtant et pourtant un procès sur place serait-il vraiment une folie interroge toujours le journal de New York ? Au contraire dit-il ce procès pourrait même incarner une nouvelle diplomatie version "soft power" une sorte de main tendue aux pays qui subissent une omniprésence militaire des Etats-Unis.

Quoi qu'il en soit 48 heures après ce que le WASHINGTON POST qualifie de plus grave attaque intentionnelle sur des civils en dix ans de guerre et bien cette tuerie vous l'aurez compris continue de faire couler beaucoup d'encre. Ce matin encore dans les colonnes du LOS ANGELES TIMES le secrétaire américain à la Défense répondant pour la première fois aux questions après la fusillade a estimé que la peine capitale pourrait être envisagée mais il maintient en revanche que cette affaire devra être entendue par la justice militaire américaine.

Toujours est-il que les bavures américaines à répétition provoquent désormais l’ire de la population afghane titre de son côté LE TEMPS en Suisse. Le mois dernier rappelle le quotidien le pays avait déjà été traversé par de violentes manifestations après la crémation d’exemplaires du Coran sur la base de Bagram au nord de Kaboul. Un mois plus tôt encore en janvier la population avait également été ulcérée par la diffusion d’une vidéo montrant des soldats américains urinant sur des cadavres d’insurgés. Cela fait un incident par mois depuis le début de l’année. Autant dire que le capital de sympathie de l’armée américaine dont la stratégie reste de «gagner les cœurs et les esprits» de la population ce capital a été définitivement dilapidé écrit l'éditorialiste de Genève. Sans compter que la tuerie de dimanche risque également d’éroder le soutien des populations occidentales cette fois-ci. Selon un sondage publié hier par ABC NEWS et le WASHINGTON POST 60% des Américains interrogés estiment que la guerre en Afghanistan n’en vaut pas la peine.

D'où ce titre encore à la une du DEVOIR de Montréal : Massacre en Afghanistan La détérioration. Ce massacre prévient le journal annonce d'ores et déjà une complexification du plan de sortie élaboré par la Maison-Blanche. Des mois durant écrit l'éditorialiste l'administration Obama s'est attelée à un rapprochement des acteurs afghans les talibans en particulier. La base des discussions avait été définie de conserve avec Hamid Karzaï. Elle était peu ou prou la suivante : en échange de la libération de prisonniers et d'autres considérations les talibans devraient mettre leur ambition politique en berne et s'engageaient à respecter les droits des minorités et surtout des femmes. Et bien c'est à se demander conclue le journal si Obama ne va pas se trouver dans l'obligation de revoir à présent tous les paramètres de son plan.

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