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Incendie historiquement grave au Bangladesh

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L'alarme incendie a retenti, puis s'est arrêté. Les responsables de l'usine Tazreens Fashions en ont profité pour empêcher les employés de sortir, leur assurant qu'il s'agissait d'une fausse alerte et leur demandant de retourner travailler. Ils auraient même fermé les portes. C'est en tout cas ce que rapporte le correspondant du site Bangladesh News 24 qui cite des survivants : deux hommes et une femme qui ont échappé aux flammes - et surtout à l'épaisse fumée noire et toxique - en sautant du 2e étage. Beaucoup n'ont pas eu leurs chances.Bilan : au moins 124 morts, essentiellement des femmes. Des victimes asphyxiées, intoxiquées ou décédées en tombant sur le sol. C'est l'incendie dans une usine le plus grave qu'ait connu le Bangladesh dans toute son histoire, insiste Bangladesh News.Les causes du sinistre qui s'est produit samedi soir, ne sont pas encore connues. En revanche, les raisons d'un tel bilan sont évidentes pour Jason Burke, correspondant du Guardian en Inde. "Si vous deviez inventer un piège mortel, voilà ce que vous utiliseriez : des propriétaires sans éthique, des bidonvilles surpeuplés, des inspecteurs corrompus et des pompiers pas formés." Et d'expliquer : dans les usines, "les portes sont souvent fermées. Les caves servent d'entrepôt pour des matérieux hautement inflammables et les issues de secours manquent. On entend rarement les détecteurs de fumée et les systèmes incendies." Le journaliste cite Babul Akther, le président de la Fédération des travailleurs de la confection du Bangladesh, qui explique que les responsables sont plus inquiets du nombre de vêtements produits que de la sécurité. Pour Subhash Bhatnagar de l'Association des travailleurs non-organisés, une association basée à Delhi, le problème, c'est le turn-over, les travailleurs qui vont et viennent facilement, ce qui empêche la création d'une relation employeur-employé. "Ils n'ont aucune conscience qu'il faut protéger leur bien-être" , explique le responsable associatif.L'analyse vaut pour le Bangladesh, mais aussi pour toute la région. D'ailleurs, l'article de Jason Burke s'intitule : "Pourquoi les incendies sont plus meurtriers en Asie du sud que partout ailleurs". "Le feu est une menace constante dans les quartiers pauvres et surpeuplés des villes des pays émergents" , écrit le journaliste. Le New York Time s rappelle que les responsables sont aussi à chercher hors du pays, en Europe et aux Etats-Unis notamment. "L'industrie de la confection au Bangladesh, deuxième pays exportateur de vêtements après la Chine, est connue pour ses mauvaises résultats en matière de lutte contre les incendies" , explique le journal. "Depuis 2006, plus de 500 personnes sont mortes au Bangladesh dans des incendies dans des usines" , précise le New York Times. Des chiffres fournis par l'association Clean Clothes Campaign, une association hollandaise qui lutte contre les ateliers clandestins. Et de préciser : "Les experts estiment que la plupart de ces feux auraient pu être empêchés si les usines avaient pris des précautions" . Mais pour que ces usines investissent dans la sécurité, il faudrait que les acheteurs - Tommy Hilfiger, Gap, Walmart ou bien encore C&A dans le cas de l'usine Tazreens Fashions - fassent pression sur elles. Et c'est loin d'être le cas. Le NY Times donne la parole à Ineke Zeldenrust, coordinateur international de Clean Clothes Campaign. "Ces marques savent depuis des années qu'un grand nombre des usines qu'elles choisissent sont des pièges mortels. Leur inefficacité à prendre des mesures est criminelle."

A voir d'ailleurs sur Abc News , un droit de suite très intéressant qui date de mars 2012. Un reportage qui prend en défaut Tommy Hilfiger. Interrogé après un grave incendie, il s'engage à ne plus produire au Bangladesh. Un an se passe. Les incendies se poursuivent. Des images assez dures d'ailleurs que l'on voit sur cette vidéo, comme par exemple une main noire de fumée, qui sort par une fenêtre grillagée. Une main qui bouge encore, puis quasiment plus. Et à nouveau Tommy Hilgfiger qui reconnaît, face à la caméra, qu'il n'a pas tenu sa promesse, qu'il a commis une erreur. Et le journal qui insiste, lui montre des photos du drame. Il faut dire comme le rappelle un expert dans ce reportage, qu'au Bangladesh, les travailleurs sont parmi les moins bien payés au monde. 21 cents de l'heure dans le pire des cas. Au final, Tommy Hilfiger s'engage à envoyer une commission d'experts indépendants au Bangladesh pour mettre en place des mesures de sécurité extrêmement strictes. L'homme d'affaires accepte d'investir 2 millions de dollars. Un exemple suivi par Gap, mais visiblement pas par tout le monde. Ce matin, un nouvel incendie s'est déclaré à Dacca au Bangladesh, dans un bâtiment de 12 étages abritant 4 usines de confection.

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