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Intervention en Libye: c'est déjà trop tard ?

6 min

par Cécile de Kervasdoué

Une foule filmée d'en haut dans le centre de Benghazi... des scènes de liesse, des chants, comme vous l'entendez, mais aussi des coups de feu en l'air, des gens qui brandissent des drapeaux qui dansent qui rient comme … ces images d'al Jazzera en langue arabe racontent à elles seules l'évènement de la nuit... celui qui fait le tour de tous les sites de la presse internationale ce matin

Le feu vert des Nations Unies pour intervenir en Libye... titre el Pais espagnol

l'ONU ordonne des frappes contre Kadhafi titre l'Independent britannique

l'ONU va donc lancer des attaques aériennes contre la Libye titre die Welt en Allemagne

et le Canada a déjà envoyé des avions de chasse rajoute le Globe and Mail au Canada

Alors que le Sydney Morning Herald rappelle que l'Australie soutien la philosophie de cette résolution mais sans aide concrète

La voie est libre pour un conflit armée dit Clarin en Argentine

alors que Libé en France n'hésite pas... c'est la guerre nous dit la Une

Il était temps répètent... le Guardian britannique... et il est peut être même trop tard... ces 4 semaines de tergiversations ont peut être été de trop et la Suddeutsche Zeitung allemande rappelle qu'on s'oriente quand même de plus en plus vers la mort des révolutions du monde arabe

et le journal allemand n'est pas le seul à faire ce constat... l'agence chinoise Xinhua d'abord rappelle que les forces armées du colonel Kadhafi ont repris Misrata la troisième ville du pays hier et sont aux portes de Benghazi... les rebelles dit la dépêche chinoise ne contrôlent plus qu'un tout petit camps retranché dans la ville et la route vers l'Egypte... indispensable soutien de ces libyens est sur le point d'être coupée... alors dit l'agence... il est fort possible que cette résolution de l'ONU ne soit qu'une affaire de mot... la situation en Libye a opéré un complet retournement depuis le 12 février... le colonel Kadhafi a même déjà proposé une porte de sortie à ses opposants: l'exil

Il serait donc trop tard ! Certains journaux internationaux le disent alors que d'autres le laissent sous entendre... le reportage d'al Jazeera est suivi d'un autre tourné un peu plus tôt hier et qui montre combien effectivement la ville de Benghazi ne peut plus résister

et d'ailleurs le site de la télévision qatarie choisit ce matin de couvrir intensément les contre-révolutions

Celle du Bahreïn où la police s'en est pris violement hier aux manifestants anti-gouvernementaux... et où de très nombreux opposants ont été arrêtés alors que l'Union Européenne et l'Otan lançait des appels au dialogue

et puis il y a le Yémen... ou la police a tiré sur la foule hier faisant au moins des douzaines de blessés... raconte encore al jazeera

Alors que la BBC britannique raconte elle les dizaines d'arrestations hier en Syrie où la protestation antigouvernementale commence réellement à faire peur au régime de Bachar el Assad

et on pourrait encore continuer la liste de ces manifestations... l'Arabie Saoudite où le gouvernement doit annoncer des réformes cette après midi pour tenter de calmer les esprits et éviter la réaction violente

Trop tard? Inutile ?... pire dit la presse iranienne comme certaines voix égyptiennes... l'intervention de l'ONU en Lybie est dangereuse pour la stabilité de la région et même pour les révolutions arabes elles mêmes explique Khorasan en Iran... parce qu'elles ne sert pas les arabes... elle sert les intérêts electoraux des pays qui la demandent

et il est vrai que si l'on lit entre les lignes de certains journaux on sent qu'effectivement comme l'explique le Guardian cette résolution est un coup politique notamment pour Barak Obama... le problème c'est que cette intervention est aussi risquée que celle d'Irak dit le journal britannique

elle serta surtout à redorer l'ONU rajoute la BBC toujours en Grande Bretagne

c’est l’ultime crédit de l’occident rajoute la Repubblica en Italie

Au détriment des pro-démocrates s'inquiète le Belfast Telegraph en Irlande pour qui la décision de l'ONU risque d'avoir l'effet escompté inverse... elle risque de renforcer les rangs du colonel Kadhafi... le dénouement de la révolution libyenne doit vraiment nous pousser à la réflexion et nous servir de leçon pour les futures interventions humanitaires

Est ce pour cette raison que beaucoup se sont abstenus... la Chine la Russie mais aussi l'Inde et l'Allemagne

C’est vrai que c'est la résolution de la dernière chance commente le Temps en Suisse qui pourtant n'hésite pas non plus à écrire... en Libye le monde libre sauve l'honneur... de justesse

Cela fait un mois qu’une partie de la Libye s’est soulevée contre le règne absurde et cruel du colonel Kadhafi. Un mois que ce mouvement rebelle, dont nul n’avait soupçonné la possibilité, espérait que des mains se tendent pour éviter d’être noyé dans le sang. Et pourtant, le destin de cette révolte a été scellé cette nuit, après une effroyable course contre la montre.

Un temps précieux a été dilapidé en gesticulations diplomatiques. Toutes sortes d’instances ont été consultées, l’ONU, l’OTAN, l’UE, le G8. Les Occidentaux ont glosé des jours et des semaines sur une zone d’exclusion aérienne, alors que les combats décisifs se sont livrés au sol.

D’aucuns espéraient que ces manœuvres de salon n’étaient qu’un écran de fumée destiné à masquer une intervention sur le terrain, discrète, invisible, pour appuyer les rebelles. Mais leurs déroutes successives ont montré qu’il n’en était rien. Que les opposants à Kadhafi étaient seuls, sans même de moyens pour communiquer entre eux.

Voilà à quoi à quoi a ressemblé notre monde de «gouvernance douce» d’après la Guerre froide, d’après le grand mensonge américain en Irak. Plus aucun gouvernement n’a le courage d’intervenir «à l’ancienne» et de larguer quelques barbouzes dans la brousse ou le désert pour épauler secrètement une guérilla ou un mouvement de libération. Pendant de longues semaines de souffrance pour les rebelles et les populations civiles, le politiquement correct a pollué la géopolitique, la légalité a pris le pas sur la justice.

d'ou la conclusion de l'International Herald Tribune ce matin... nous voilà au pied de nos grandes contradictions ...face à la politique, nous oscillons sans cesse entre le charme et la réalité.... nous avons accepté trop longtemps des dictateurs charmants et charmeurs... comme Bachar el Assad en Syrie... déroulant le tapis rouge à leur famille à leurs jolies femmes... aujourd'hui nombreux sont ceux qui fustigent cette relation douteuse... mais cette plume du quotidien américain s'explique... pour moi le vrai défi de la politique c'est de naviguer simultanément entre les gouvernements et la société civile... il n'y a pas de parti à prendre... c'est sans cesse un balancement... le monde ne s'articule pas entre les méchants et les gentils... c'est une question d'équilibre... il faut prendre le parti des un ou des autres en fonction du contexte quitte à changer de camp plus tard...

Cynique? Non réaliste répond cette colonne américaine qui vous l'entendez résume bien finalement le ton de la presse de la presse internationale qui prend largement ses distances ce matin avec les charmes de l'idéal pour s'occuper de l'affreuse réalité

Bonne journée

L'équipe
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