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Iran : le Long Feu de la Révolution

5 min

Par Eric Biegala

La commémoration de la révolution islamique en Iran - son 36eme anniversaire hier - n'a pas véritablement suscité l'enthousiasme de la presse étrangère ; à vrai dire si, dans nombre de titres, de l'Angleterre à la Chine en passant par l'Inde ou les pays arabes, on trouve bien quelques éditoriaux ou articles pour rappeller l'importance de la révolution de 1979 ou tenter d'en estimer le leg, force est de constater que tout aussi nombreux - au moins - sont les longs éditoriaux rédigés dans les journaux par les représentants de la République islamique elle-même.

Au Pakistan, par exemple c'est le consul général d'Iran à Karachi qui prend la plume pour expliquer, longuement, dans les colonnes du Daily Times Pakistan à quel point la Révolution islamique était et demeure un bienfait : depuis la révolution, écrit-il, "la mortalité infantile a chuté de 111 à 26 pour mille et l'espérance de vie est passée de 58 à 72 ans. Il n'y avait que 3 millions 400 milles abonnés à l'electricité en 1979 ; il y en a maintenant 30 millions dans le pays" ... Et le consul général d'égrener les comparaisons entre "avant" et "après", sans oublier de comptabiliser les milliers de kilomètres de chemin de fer construits ou l'autosuffisance du pays, désormais réelle, en matière de ressources médicale. Une litanie répétée quasiment à l'identique sur le site moyen oriental Al-Monitor par l'ambassadeur Hossein Mousavian (au point que l'on sent clairement là quelques "éléments de langage") ; Hossein Mousavian qui enseigne aujourd'hui à Princeton est l'ancien porte-parole de l'équipe iranienne sur le dossier nucléaire. Une litanie de bienfaits et de réussites de la Révolution iranienne qui rappelle un peu celles répétées par les régimes soviétiques en leur temps, toujours fiers d'exposer chiffres à l'appui la croissance supposée de leurs économies et du bien-être matériel et moral de leurs citoyens. Le tout étant bien sûr le résultat de leurs révolutions respectives... Car il s'agit bien à Téhéran d'un régime révolutionnaire et c'est faute de comprendre ce trait particulier que l'Occident peine à négocier avec lui estime pour sa part Amir Taheri dans les colonnes du quotidien pan arabe Asharq Al-Awsat "l'approche occidentale reopse sur une illusion, écrit-il ; celle de croire qu'il a à faire à un Etat-Nation normal, dont les intérêts sont identiques à ceux des Etats-nations classiques ; un Etat-Nation qui se souci de sa sécurité, de son commerce international de son accès aux ressources naturelles et qui aime bien être consulté quant aux questions régionales et globales... Mais, poursuit Amir Taheri, comme tous les régimes révolutionnaires, le régime khomeiniste ne se comporte pas - et en fait ne peut pas se comporter - comme un Etat-Nation classique. Sous Khomeini et ses successeurs, il s'est comporté davantage comme fer de lance d'une une cause plutot que comme un Etat. En d'autres mots, ce régime ne cherche rien en particulier parce qu'il veut tout. Se considérant comme le seul régime légitime au sein des 192 membres des Nations Unies, le régime khomeiniste ne se considère comme aucunement lié par la loi internationalecréée , rappelle Amir Taheri par ceux que Téhéran appelle "les sionistes et les adorateurs de la croix" !Alors : Comment négocier avec Téhéran ? C'est la question que se posent également nombre de commentateurs et de journaux qui ont tous remarqué que les commémorations d'hier ont surtout été l'occasion pour l'Iran de demander haut et fort la fin du régime de sanctions qui frappe le pays... "A l'occasion de cet anniversaire, remarque par exemple l'agence chinoise Xinhua des centaines de milliers de personnes ont envahi les rues des principales villes du pays avec leurs drapeaux, leurs bannières et leurs pancartes représentant le fondateur de la République islamique l'Ayatollah Khomeini ou son successeur l'actuel leader suprême Ali Khamenei... et d'autres vouant l'Amérique ou Israël aux gémonies tout en criant quelques slogans en soutien du droit pour les iraniens d'accéder à l'énergie nucléaire ".

Panneau "d'information" sur la question nucléaire, à Téhéran, à l'occasion du 36e anniversaire de la Révolution islamique
Panneau "d'information" sur la question nucléaire, à Téhéran, à l'occasion du 36e anniversaire de la Révolution islamique Crédits : Ludovic Piedtenu - Radio France

"Depuis quelques années, l'Iran a pris prétexte des commémorations de la révolution pour manifester contre l'Occident et ses sanctions résultant de son programme nucléaire controversé" , rappelle l'Associated Press qui cite l'une des manifestantes d'hier à Téhéran, laquelle explique que les pourparlers actuels entre Téhéran et les puissances occidentales ont poussé nombre d'Iraniens à descender dans la rue : "cette année il y a plus de monde que l'année dernière à cause des négociations en cours... il faut faire comprendre à l'Amérique qu'elle n'atteindra pas son but dans ces pourparlers" explique-t-elle. Les grands médias américains comme la chaine ABC ont fait le déplacement à Téhéran pour ces commémorations et si tous remarquent avant tout les slogans hurlés par la foule "mort à l'Amérique, mort à Israël", les reporters assurent pourtant avoir été particulièrement bien reçus en Iran, sans la moindre aggressivité. Il est vrai que ces slogans, répétés depuis 1979, font davantage figure de mantra que de véritable mots d'ordre.Toute la question est maintenant de savoir si un accord, un "deal" pourra effectivemement être trouvé au sujet du nucléaire iranien... sur les ondes de NPR , la National Public Radio américaine, Steve Inskeep rappelle les termes de la négociation : "c'est vrai que les détails en sont particulièrement compliqués , dit-il mais ce qui est posé sur la table est relativement simple: Les Etats-Unis veulent des assurances comme quoi l'Iran ne construira jamais d'arme nucléaire et l'Iran veut la levée des sanctions. Les Américains craignent qu'à la faveur de ces négociations l'Iran sorte du régime de sanctions sans vraiment avoir renoncé à son programme d'armement nucléaire. Et les conservateurs iraniens craignent exactement l'inverse : que l'Iran se retrouve obligé de renoncer à son programme nucléaire sans véritablement pouvoir sortir du régime de sanctions".

Et même si l'arrivée au poste de président d'Hassan Rohani l'an passé a permis d'ouvrir une négociation, le leader iranien - tout comme le Président américain n'ont pas complètement les coudées franches en la matière. "Le président iranien n'a pas tous les pouvoirs en Iran explique encore Steve Inskeep sur les ondes de NPR "tout comme notre président doit compter avec son Congrès, le président Rohani doit compter avec son corps législatif ; il y a aussi les chefs militaires qui sont puissants et , plus important, plus puissante encore toute la classe des ecclésiastiques, emmenée par le leader suprème Ali Khamenei lequel s'est dit profondément sceptique quant à un éventuel accord ".

En clair, le "deal", si deal il y a un jour, sera sans doute difficile à signer, non pas tant en vertu de détails techniques compliqués mais en raison du "trust gap ", de l'abime de défiance qui sépare toujours l'Iran de l'Occident.

> Découvrez ici notre dossier complet sur la journée spéciale "Quand l'Iran s'éveillera"

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