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Je suis de retour. Merci mon Dieu ! Merci mon peuple aimé ! Et merci le Venezuela pour tout cet amour !

5 min

Par Thomas CLUZEL

Je suis de retour. Merci mon Dieu ! Merci mon peuple aimé ! Et merci le Venezuela pour tout cet amour ! C'est donc par ces mots, qu'Hugo Chávez a devancé la presse hier, toute la presse, en annonçant, sur Twitter, son retour au pays après plus de deux mois d'hospitalisation chez son voisin cubain. Un retour en réalité soigneusement préparé, puisque dès vendredi, le gouvernement avait déjà décidé de publier deux photos attestant de la bonne santé du Président. On y voyait un Chavez tout sourire, aux côtés de ces deux filles, en train de lire le quotidien officiel cubain, une preuve publique de vie donc, mais qui n'avait pas suffit toutefois à rassurer totalement les vénézuéliens précise le journal de Caracas EL NACIONAL. Une analyse partagée d'ailleurs par son confrère espagnol ABC, pour qui il semblait invraisemblable d'apparaître sur ces photos sans aucun appareil respiratoire, sachant que le président a déjà été opéré à quatre reprises.

Reste que cette fois-ci, le Commandante est bel et bien de retour au pays, une bonne nouvelle selon le quotidien de Santiago LA TERCERA qui y voit surtout une défaite pour les oiseaux de mauvais augure. A ceci près tout de même, que le retour de Chavez n'éclaircit pas en réalité le mystère qui entoure toujours son état de santé. Dès son arrivée, le président a en effet été conduit à l'hôpital de Caracas, raconte EL NACIONAL et son arrivée à l'aéroport n'a pas été couverte par les médias nationaux. Aussi, l’arrivée hier de Chavez sur le tarmac de l’aéroport n’avait-t-elle rien de franchement triomphale commente pour sa part le GLOBE AND MAIL. Aucune cérémonie et surtout aucune photo, aucune image. Rien. De quoi s’interroger, poursuit le correspondant du journal canadien : le gouvernement a-t-il voulu cacher au public la vision d’un homme gravement affaibli ? Des feux d’artifice ont bien été entendu ça et là dans la capitale, des partisans du Commandante sont certes descendus dans la rue pour chanter danser et peindre son nom sur les murs de la ville. Reste qu’aussitôt après avoir atterri, Chavez a été directement conduit à l’hôpital. Il est resté séquestré dans son hôpital commente encore le journaliste. Autrement dit, rien n’indique que son état de santé se soit considérablement amélioré et encore moins qu'il pourra bientôt reprendre sa place à la tête du pays.

Hier soir, sur la façade rouge et crème de l'hôpital, une immense banderole avait été installée sur laquelle on pouvait lire ces mots : La Révolution, l'Indépendance et la Santé sinon Rien". Aux fenêtres du dernier étage de l’immeuble mis à la disposition du Président, les rideaux étaient pour la plupart tirés. Et le correspondant du GLOBE AND MAIL de citer encore un employé de l'hôpital, qui a demandé à ne pas être identifié parce qu'il n'était pas autorisé à parler aux journalistes. Selon lui, la routine risque d’être à présent quelque peu modifiée avec les allées et venues de tous les officiels. Et de conclure, notre hôpital va devenir le nouveau siège du gouvernement.

En clair, Hugo Chavez est bien de retour au Venezuela, mais l'incertitude demeure. Car même si ce retour pourrait éventuellement permettre d’éclaircir certaines des questions juridiques qui ont troublé le pays pendant sa longue absence, en revanche, il aura du mal à dissiper la profonde incertitude qui règne actuellement quant au fait de savoir qui dirige le pays.

Et pourtant, la situation urge renchérit de son côté le SAN FRANCICO CHRONICLE, car les Vénézuéliens écrit le journal américain sont aujourd’hui affamés. Les pénuries alimentaires atteignent actuellement des niveaux record et de nombreux consommateurs doivent à présent se cacher derrière les épiceries, dans l'espoir qu'un marchand leur ouvrira sa porte pour y acheter de la farine de maïs, du sucre et même du papier toilette, le tout à des prix absolument exorbitants, plus du double de ceux fixés par l'État. Une miche de pain coûte actuellement en moyenne presque 10 $. Des prix parfaitement illégaux. Seulement voilà, même si l'Etat socialiste a depuis longtemps régler le contrôle des prix pour la plupart des produits de consommation, l'inflation, elle, dépasse aujourd’hui les 20%, l’un des taux les plus élevés au monde. Les seuls Etats avec une inflation plus élevée sont la Syrie, le Soudan, l'Iran et la Biélorussie. Le problème est devenu si grave que le gouvernement a même été contraint de dévaluer sa monnaie d'un tiers. Et pourtant commente toujours le journal de San Francisco, grâce à son pétrole, le Venezuela est un pays riche. Alors pourquoi les Vénézuéliens souffrent-ils autant, pénuries alimentaires, pénuries de logement, coupures de courant ? Réponse du quotidien américain : parce que sous le régime de Chavez, le Venezuela est devenu l'état le plus anarchique d’Amérique du Sud.

Le problème estime pour sa part EL NACIONAL, c'est que tôt ou tard, les systèmes politiques fondés sur le culte de la personnalité et la concentration des pouvoirs aux mains d'un seul homme, un Chef suprême à la fois omniscient et omnipotent, sont confrontés au problème de sa maladie et de sa disparition. Or la plupart de ces dirigeants autoritaires, mégalomanes et parfois charismatiques ont pour caractéristique commune de se maintenir au pouvoir jusqu'à leur dernier souffle, parce qu'ils savent mieux gouverner que tous ceux qui les entourent. Chávez, lui, n'a pas été un dirigeant exceptionnel. Ni un révolutionnaire radical qui aurait éliminé la propriété privée et imposé une économie d'Etat centralisée. Mais il a réussi en grand prestidigitateur, et c'est là sa principale qualité, à faire croire à ses fidèles partisans que le pays était en train de vivre sa révolution et s'acheminait vers un avenir meilleur. Et c'est sans doute la fin de cette illusion qui laissera tôt ou tard le plus grand vide.

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