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#JeSuisNigeria. Stop Boko Haram.

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Par Thomas CLUZEL

Tandis que depuis une semaine, le monde entier est mobilisé pour sauver Charlie de la barbarie intégriste, le Nigeria, lui, est au bord de l'explosion dans une certaine indifférence. Et voilà pourquoi, dans la foulée de la mobilisation contre la tuerie en France, des journalistes alertent désormais l'opinion internationale sur le péril Boko Haram.

Le TAGESSPIEGEL de Berlin, notamment, rappelle ainsi qu'à l'ombre des attentats de Paris, plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de personnes ont été massacrées en quelques jours seulement au Nigeria par la secte islamiste. Une terreur abjecte, d'une brutalité sans pareille et démesurée qui dépasse l‘entendement. Mais surtout, ce massacre n’a pas inondé la presse mondiale d’éditoriaux passionnés, de couvertures chocs ou d'éditions spéciales. Même au Nigeria, les 17 morts à Paris ont obtenu plus de presse que les centaines et centaines de morts à la maison.

En d'autres termes, précise l'éditorialiste du journal de Johannesburg DAILY MAVERICK, cité par le Courrier International, le massacre de Paris était bien entendu effrayant mais ce n’était pas la pire chose qui se soit passée la semaine dernière. Et de loin, puisque dans la ville de Baga ou tout du moins, à l'endroit sur la carte où se trouvait autrefois Baga parce qu'il n'y a plus grand-chose de cette localité à présent, pendant cinq jours, les combattants de Boko Haram sont entrés dans la ville et ont anéanti hommes, femmes et enfants. Or le monde, dit-il, est resté largement silencieux mais pis encore, l’Afrique est restée silencieuse. Et le journaliste d'en conclure, oui, nous sommes Charlie, mais nous sommes encore plus Baga.

Et c'est ainsi que sur le même modèle que "JeSuisCharlie", de nombreux internautes ont donc lancé un nouveau mot clé sur les réseaux sociaux : "JeSuisNigeria". Sauf que si "Je suis Charlie" sonne bien, ironise le journal outre-rhin RHEINPFALZ, ce n'est visiblement pas le cas avec cette nouvelle formule. Et le problème n'est d'ailleurs sans doute pas là. Souvenez-vous de "BringBackOurGirls". Sur le même principe, un vaste mouvement de solidarité internationale s'était formé sur les réseaux sociaux après l’enlèvement de 200 lycéennes. Une vaste coalition planétaire s’était ainsi formée à grand renfort de publicité sur la toile mais aussi de promesses de moyens militaires pour barrer la route à Boko Haram. Et puis plus rien, se désole L'OBSERVATEUR PAALGA. Tant et si bien, écrit le journal burkinabé, que la pieuvre a inexorablement étendu ses tentacules au-delà même des frontières de l’Etat fédéral, pour menacer le Cameroun, le Tchad et le Niger, prenant ainsi petit à petit les contours d’un Etat islamique.

A présent, la seule question qui prévaut est celle-ci : comment cette menace terroriste a-t-elle pu se développer dans des proportions si effroyables dans un pays, le Nigeria, Etat démocratique depuis dix ans ? Tout d'abord, l'armée ne manquerait pas seulement de moyens mais aussi probablement de volonté. L'an dernier, précise en effet THE DAILY TELEGRAPH, le gouvernement fédéral a alloué 20 % de son budget aux forces armées, soit plus de 5 milliards d'euros. Sauf que les soldats en première ligne n'en ont presque pas vu la couleur. Ils sont toujours aussi mal armés et équipés. Au lieu de cela, une copieuse portion de cette somme a tout simplement disparu dans les poches des officiers généraux. De son côté, le président du Nigeria a lui perdu le Nord, au sens propre comme au figuré, écrit l'éditorialiste du journal de Ouagadougou LE PAYS, beaucoup plus préoccupé qu'il est par sa réélection le 14 février prochain que par l'équation islamiste. Est ce la raison pour laquelle, d'ailleurs, il a considérablement revu à la baisse le dernier bilan du massacre de Baga ? Toujours est-il, écrit THE TIMES, que le gouvernement nigérian évalue à présent le bilan à "seulement" 150 morts, là où Amnesty International suggère qu'il pourrait y avoir jusqu'à 2 000 victimes.

Alors que faire ? Qui donc arrêtera Boko Haram ? Telle est la question que tout le monde se pose, au regard de la menace qui se fait de plus en plus grande, étant entendu que même la communauté internationale semble résignée, regrette à nouveau LE PAYS. D'où l'appel au secours lancé dans les colonnes du journal de Lagos THIS DAY : "Sauvez le Nigeria".

En attendant, les récits des massacres commis par la secte islamiste sont chaque jour plus abominables. Dans un communiqué de presse, l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International relatait hier le récit d'un témoin de l'attaque de la ville de Baga, sur les rives du lac Tchad. Cette personne, dont le nom n'a pas été révélé, affirme que lors de l'offensive la plus destructrice de leur six années d'insurrection dans le nord-est du pays, les combattants islamistes ont abattu une femme enceinte, en plein travail, en même temps que plusieurs jeunes enfants. La moitié du bébé était sortie, dit-il, et elle est morte dans cette position.

Et THE WALL STREET JOURNAL d'en conclure, avec cette attaque, l'organisation de Boko Haram annonce qu'elle compte bien faire parler d'elle en cette nouvelle année. Le journal américain qui évoquemême un nouveau mot clé, terrifiant : #BokoHaramIsWinning ("Boko Haram est en train de gagner").

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