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Jour de terreur à Nairobi : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Massacre au Kenya, Jour de terreur, Zone de guerre à Nairobi : voilà quelques uns des titres lus, encore ce matin, à la Une de la presse. Tous les journaux racontent par le menu les heures d'angoisses vécues par les rescapés de l'attaque terroriste, perpétrée ce week-end. « Ils étaient très jeunes et n'avaient aucune pitié », raconte notamment un survivant du massacre au journal local THE NATION. Dans les colonnes du NEW YORK TIMES, Fred, explique à son tour qu'il buvait un café quand il a vu 8 hommes armés en train de tirer : « Et croyez moi, dit-il, ces types savaient tirer ». Le photographe du NEW YORK TIMES rapporte, lui, sur le site du journal, s’être trouvé tout près du centre commercial au moment des faits. Sur ses clichés, on assiste à des scènes surréalistes de corps évacués dans des caddies, des soldats de l’armée kenyane, armes à feu en joue, entre les rayons des supermarchés ou devant des affiches de blockbusters américains.

Hier, toujours en plein assaut, l'édition dominical du DAILY NATION cité ce matin par le Courrier International avait même réussit à joindre par téléphone un employé d'un magasin. Avant d’échapper à l’attention des hommes en armes, il a assisté au meurtre de sang froid de sa collègue : « Et pourtant, elle ne s’est même pas opposée à eux. Elle a levé les mains en l'air pour leur signifier qu’elle ne leur voulait pas de mal et ils l’ont abattue. Je suis caché, raconte alors le jeune homme. Ils ne savent pas que je suis là et s’ils le découvrent, je suis un homme mort, confie-t-il, avant d'ajouter, il fait très froid où je suis, mais je resterai là jusqu’à ce qu’on vienne me sauver ».

Ce week-end au Kenya, la guerre s’est donc invitée dans la ville, en plein cœur de la société de consommation à l’occidentale. Le groupe terroriste d’Al-Shabbab, qui a revendiqué l’attaque sur son compte twitter, presque aussitôt désactivé, n’aurait pas pu trouver une cible attirant plus l’attention de la communauté internationale, analyse THE GUARDIAN. Le centre commercial est à quinze minutes en voiture des bureaux des Nations-Unies, précise le quotidien britannique. Et c’est l’endroit où les riches Kenyans et les expatriés viennent passer leur week-end. Or ce lieu, qui offre toutes les marques internationales, des restaurants et des loisirs pour ceux qui peuvent se les payer est souvent cité, en exemple, pour dénoncer les inégalités de la société kenyane.

Toujours est-il que les habitants de la capitale kényane, eux, ne se remettront pas de si tôt de la désolation que les terroristes y ont semée ce week-end et ce même si, écrit un spécialiste de la région cité par le quotidien d'Ontario THE NATION, on savait, dit-il, qu’un nouvel attentat se produirait. La seule interrogation restait de savoir quand il se produirait.

Car ce n’est pas la première fois, en effet, que le pays leader d’Afrique de l’Est est ainsi victime du terrorisme. La comptabilité macabre a débuté en août 1998, quand une attaque suicide avait fait 200 morts à l’ambassade des Etats-Unis à Nairobi. Autrement dit, depuis 1998, la patrie du père d’Obama est dans l’œil du cyclone et n’en finit pas d’être endeuillée, précise le quotidien burkinabé L'OBSERVATEUR PAALGA. Et son confrère USA TODAY de renchérir, ce matin, il s'agit là du traumatisme post 11 septembre que les américains redoutaient, à ceci près que le scénario ne s'est pas tenu aux Etats-Unis, mais dans le pays où le père du président Obama est né.

Seulement voilà, les menaces duraient depuis tellement longtemps au Kenya, que la vie continuait son cours normalement, du moins jusqu'à ce week-end et cet acte ignoble signé des Shebab, ces islamistes radicaux somaliens liés à Al-Qaïda. Un acte qui remet encore sur la sellette l’épineuse question sécuritaire en Somalie, une contrée qui à voir le chaos qui y règne, peine à porter le nom d’Etat, commente encore ce matin le journal burkinabé. Depuis l’effondrement du régime de Mohamed Siyaad Barre en 1991, qui a abouti à la fragmentation du pays, avec des seigneurs de guerre sans foi ni loi, seulement attirés par l’appât du gain dans toutes sortes de trafics, le groupe qui détient la palme reste donc les Shebab, organisation islamique radicale prônant la Charia et qui contrôle la partie sud du pays. Or depuis sa création et son repli dans la capitale Mogadiscio, ses membres sont devenus encore plus enragés.

Mais surtout, ce règlement de compte des shebab, qui disent aujourd'hui agir en représailles à l’engagement de l’armée kényane en Somalie, relance en réalité la question du terrorisme dans cette région de l’Afrique, prévient le portail d'information FASOZINE. En clair, ces djihadistes liés à Al-Qaïda relancent la nécessité pour la communauté internationale de trouver un remède définitif à ce phénomène qui fait des victimes sans distinction de nationalité et met au défi l’ordre mondial. Alors certes la Maison-Blanche a qualifié l’acte d’«ignoble», l’Elysée considère qu’il s’agit là d’un «lâche attentat» et les quinze membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont tous marqué clairement leur indignation devant cette barbarie en plein jour. Mais au-delà de ces récriminations, conclue l'éditorialiste, il faut clairement mettre ces terroristes définitivement hors d’état de nuire. Car c’est là, dit-il, une question de souveraineté mondiale, contre la violence gratuite et insensée.

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