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Kung-Fu Panda ou quand la Chine fait peur.

5 min

Il y a encore deux jours à peine, la twittosphère n'avait pas de mots assez doux pour célébrer la naissance de deux adorables peluches à poils noir et blanc, deux bébés pandas au zoo de Washington, deux jumeaux dont la maman avait été inséminée avec du sperme congelé prélevé sur Hui Hui, un panda géant vivant en Chine. Un évènement à la fois rare et exceptionnel. Sauf que 24 heures plus tard, le carnet rose à subitement viré au rouge et pis encore, lorsque la Bourse de Shanghai a tweeté, tel un avis de décès, avoir connu sa plus forte baisse journalière depuis 2007, l’année de la crise financière mondiale. Shanghai a connu un lundi noir et c'est Chine Nouvelle, elle-même, qui le dit, lance d'ailleurs THE FINANCIAL TIMES, en référence à ce tweet éloquent posté hier par l'agence de presse officielle chinoise.

A trader talks on his phone outside the New York Stock Exchange on Wall St.
A trader talks on his phone outside the New York Stock Exchange on Wall St. Crédits : Brendan McDermid - Reuters

En s'effondrant de près de 8.5%, la Bourse de Shanghai a effacé au passage tous les gains enregistrés depuis le début de l’année, se désole notamment THE SOUTH CHINA MORNING POST. Et ça n'est pas tout, puisque dans sa déroute, la place financière a aussitôt entraîné dans son sillage tous les marchés à la fois, asiatique, européen et américain.

Et de fait, ce plongeon inquiète bien au-delà de la Chine. Ainsi, en Allemagne par exemple, la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG prévient : les investisseurs devraient aujourd'hui se poser la question de savoir si leurs espérances, reposant sur le pouvoir de séduction de la Chine, sont encore fondées. Pendant longtemps, Pékin a permis au monde d’éviter une récession à l’échelle globale. Mais désormais, cela devient un risque.

Même analyse pour son confrère du TEMPS de Genève, lequel rappelle que le cas d’Athènes était pourtant beaucoup plus grave. Son insolvabilité, sa dépendance aux fonds européens et son hypothétique sortie de la zone euro, sauf que ce feuilleton n’a jamais vraiment semé la panique sur les marchés. Et pourquoi ? Parce que la Grèce n’est pas la Chine. Et c'est la raison pour laquelle aujourd’hui, le ralentissement de celle qui est devenue la deuxième plus grande économie de la planète génère une incertitude bien plus importante encore. En d'autres termes, puisque la Chine a empêché la demande mondiale de s’effondrer depuis la crise de 2008, il y aurait là toutes les raisons de s'affoler.

Reste que la brutalité, hier, des réactions boursières n'en demeure pas moins étonnante.
Car le phénomène était, en réalité, on ne peut plus prévisible. Et c'est en particulier ce que regrette THE ECONOMIST, l'hebdomadaire britannique qui précise qu'avant même que le marché chinois ne plonge, personne ne pouvait ignorer la suite de l’histoire, il suffisait pour cela d’ouvrir les yeux. Sauf qu’au lieu d’anticiper la chute, tous ont préféré miser jusqu'au dernier souffle et continuer à acheter parce que la Bourse continuait de grimper. Et c'est ainsi que les investisseurs, qui avaient emprunté pour spéculer à la hausse, sont contraints désormais de vendre leurs titres, afin d’honorer leurs dettes, ce qui alimente la débâcle. Et la déroute est d’ailleurs d'autant plus dommageable que même de très solides entreprises, comme « Sinopharm », qui distribue des médicaments et publie de bonnes marges, ont perdu près de 20% en quelques séances. Ce qui n’a évidemment pas de sens.

D'où cet édito à lire ce matin dans les colonnes du TEMPS de Genève : Vient-on réellement d’assister à un lundi noir, comme ce jour d’octobre 1987 lorsque la bourse américaine avait dévissé de 22% ? Assiste-t-on à une nouvelle version de la crise asiatique de la fin des années 90, quand des milliards d’investissements fuyaient la région ? Personne n’a aujourd'hui de réponse à ces questions. A défaut, des professionnels ont jugé bon hier de refaire la leçon aux investisseurs. Dans le brouhaha financier, ils ont envoyé des messages basiques : «diversifiez vos investissements», ou bien «ne vendez pas tout et n’importe quoi au plus mauvais moment». On ne sait pas s’ils ont été entendus. Ce qui est sûr, c'est que pour renoncer à vendre lorsque les bourses s’effondrent pareillement, il faut avoir un certain aplomb. Or qu’elle ait raison ou non, c’est toujours la majorité qui décide du chemin que vont prendre les marchés.

Seule certitude, rappelle à son tour le journal, le ralentissement chinois était connu et il allait finir par s’opposer à l’optimisme généralisé. Sauf que personne ne voulait descendre seul de ces cimes. Et pour cause. Des gains substantiels peuvent-ils se réaliser dans un marché rationnel ? Réponse : non, car ils sont le résultat des exagérations qui habitent la finance mondiale. Et c’est bien là tout le problème.

Enfin, preuve là encore, que la raison n'est pas toujours la qualité la mieux partagée par tous, une histoire étonnante aux Etats-Unis.
L'histoire d'un adolescent de 15 ans, autrement dit inéligible et qui a néanmoins réussi, avec le consentement de ses parents, à se faire pour enregistrer par l’administration américaine comme candidat à la présidentielle de 2016. Sauf que le gag est en train de semer le trouble car il existe aujourd’hui des citoyens américains pour dire aux instituts de sondages qu’ils vont voter pour lui. Il en est déjà à 9% des intentions de vote. Dans les recherches sur Google, il dépasse même Hillary Clinton et fait jeu égal avec Donald Trump. Le jeune homme a précisé au GUARDIAN, le premier à avoir mené l'enquête, qu’il s’agissait au début à la fois d’une blague et d’un véritable engagement politique. A présent, l’affaire est dans tous les médias américains et la farce est éventée, mais elle fait néanmoins réfléchir sur le degré d'informations des électeurs d'un côté, comme des investisseurs de l'autre.

Par Thomas CLUZEL

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