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L'Afrique du Sud est-elle xénophobe ?

4 min

Par Eric Biegala

L'Afrique du Sud est -elle xénophobe ? C'est la question que se posent une bonne partie des commentateurs non seulement de la presse africaine (ceux des pays dont les ressortissant ont été agressés dans les émeutes xénophobes des dernières semaines à Johannesburg et Durban), mais également ceux d'Afrique du Sud eux-mêmes... Et jusqu'au président Jacob Zuma qui, devant quelques reporters dont celui du City Press de Johannesburg, assure que les Sud-africains "ne sont pas plus xénophobes que ça mais qu'ils ont surtout une histoire où la violence tient une place centrale "... Et le président sud-africain de prendre en exemple l'incident d'Alexandra (un township de Johannesburg), la semaine dernière, quand un Mozambicain, Emmanuel Sithole a été brutalement poignardé devant l'objectif d'un photographe. Des images qui ont immédiatement fait le tour des médias sud-africains et surtout la Une du Sunday Times dimanche dernier... "C'était un acte purement criminel assure le président Zuma... mais parce que cela s'est déroulé au moment des attaques, on raconte partout que c'est ainsi que sont traités les étrangers en afrique du Sud" .A vrai dire les images de l'attaque d'Alexandra sont impressionnantes de violence on y voit un homme - Emmanuel Sithole - se protégeant le visage au moment où l'un de ses agresseurs lève son couteau pour le frapper avec dans les yeux des éclairs de haine... En tout, pour le moment on dénombre 7 victimes dans ces attaques xénophobes, mais le meurtre du Mozambicain "a particulièrement frappé les esprits" raconte Slate Afrique , et ce parce qu'il "s'est déroulé devant l'objectif du photographe James Oatway, dont les clichés ont fait la une de la presse locale" . La publication de cette image a d'ailleurs valu au photographe nombre de reproches... y compris - déjà - de la part du président Zuma, dès le lendemain, pour qui cette publication "nous fait passer pour des sauvages" , rapporte Geoffrey York du Globe and Mail . Lors d'un meeting public à Durban, le président Sud Africain s'en était en effet pris à la presse assurant qu'elle devait être davantage "patriote" et ne pas publier de telles horreurs.... les "Sud-africains ne sont pas des xénophobes" assurait-il.Il faut arrêter de se voiler la face, lui répond en substance Joel Simbi - un étranger vivant en Afrique du Sud - dans une longue lettre publié dans les colonnes du Daily News de Durban ; un "courrier de lecteur" qui est une adresse à la direction de l'ANC le parti au pouvoir . "Chère direction de l'ANC" commence-t-il. "Il est assez triste de noter que vous faites tout ce que vous pouvez pour éviter de lutter contre les attaques Afrophobes en Afrique du Sud... Vous savez très bien que le pays ne peux pas vivre isolé du reste du continent. Vous savez pertinament également que - et que ça plaise aux xénophobes ou non - vous savez pertinament que les étrangers qui vivent légalement dans ce pays sont là pour y rester. Vous le savez aussi, tout au fond de votre coeur : la plupart des Sud Africains sont xénophobes et vous devriez arrêter de le nier à tout bout de champs... Votre déni ne fait qu'encourager les Sud Africains à être de plus en plus xénophobes! " A vrai dire, même les appels au calme ne sont pas toujours dénués d'un arrière fond aux relents nauséabonds...Prenez le chef coutumier Goodwill Zwelithini kaBheku zulu, par exemple... le "Roi des Zoulous" dont l'influence sur la nation zoulou est indéniable... il a bien tenté un appel au calme dans une longue adresse publique au stade de Moses Mabhida à Durban, la métropole du pays Zoulou... Mais la foule qui l'écoutait, "plusieurs milliers de personnes, armés de gourdins, a hué les délégués d'autres pays, présents ce jour là quand ils étaient présentés publiquement " rapporte le site de eNews Channel Africa , la télévision d'information en continu d'Afrique du Sud. Dans la foule en question, les commentaires n'étaient d'ailleurs pas praticulièrement amènes vis à vis des étrangers... Les violences ? "elles sont le fait de criminels" assure l'un des participants au meeting, interrogé par la chaine et "si nous n'encourageons pas ces violences qui ont pris pour cibles les étrangers, ceux-ci sont tout de même libres de partir d'Afrique-du-sud", renchérit un autre, pour qui "tous ces étrangers ne sont que des traficants de drogue... Ils doivent partir !" Le roi des Zoulou avait été accusé d'avoir provoqué cette vague de violences xénophobe suite à l'un de ses discours, fin mars, dans lequel il avait appelé les étrangers à "faire leurs bagages et quitter" le pays.Du côté des autorités politiques on a également tardé à prendre la mesure du phénomène. Ce n'est qu'hier que l'armée a été déployée dans le township d'Alexandra où Emmanuel Sithole avait été poignardé, et après que deux autres étrangers, des zimbabwéens ont été à leur tour agressés. Un retard à l'allumage assez peu compréhensible"Jacob Zuma a-t-il craint de donner trop d'importance à un sujet désastreux pour l'image d'une Afrique du Sud qui prétend au leadership continental ? demande Pierre Boisselet dans Jeune Afrique "Son message, en tout cas, a été encore davantage brouillé par les déclarations de son propre fils, Edward. "Nous sommes assis sur une bombe à retardement : les étrangers risquent de prendre le contrôle de ce pays", a répété Zuma junior le 1er avril, reprenant à son compte la rhétorique du roi zoulou.Et que dire, poursuit Pierre Boisselet, des déclarations pour le moins surprenantes de Gwede Mantashe, le secrétaire général de l'ANC ! Son idée : "Regrouper les étrangers dans des camps pour les recenser." Venant du parti de la lutte antiapartheid, ce propos laisse pantois. L'Afrique du Sud serait-elle éternellement incapable d'envisager la mixité de ses nombreuses communautés ? Dans un pays où l'économie stagne, où les inégalités se creusent et où les occasions de s'enrichir sont rares, la lutte pour le contrôle des richesses restantes fait rage. Résultat : ce sont les étrangers les plus vulnérables qui en paient le prix. (... ) Ces violences révèlent surtout un profond malaise social"."Aucun peuple, conclu Pierre Boisselet, aussi généreux qu'aient été ses leaders charismatiques, n'est à l'abri de l'intolérance quand pointe le désespoir".

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