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L'ancien Président géorgien prend la tête d'Odessa, en Ukraine

5 min

Par Eric BiegalaMikhaïl Saakachvili, l'ancien président géorgien n'est plus géorgien - il l'a confirmé hier soir à la BBC - Il vient de renoncer à sa nationalité d'origine pour prendre la nationalité ukrainienne et devenir gouverneur de la région d'Odessa, la grande métropole portuaire ukrainienne sur la Mer Noire.L'annonce de cette nomination ce week-end par le président Ukrainien Petro Poroschenko en a surpris plus d'un, particulièrement à Odessa... "Dire que l'annonce de cette nomination a pris les Ukrainiens par surprise serait un euphémisme, rapporte Radio Free Europe ; sur place, "les résidents ont peine à y croire, "c'est une blague... et demain ils nous annonceront aussi la fin du monde " , confie par exemple une ménagère d'Odessa à l'antenne américaine. Mais apparemment ce n'est pas une blague... "l'homme surtout connu comme l'ancien président géorgien, ou comme plus récemment un enseignant de la Tufts university ou encore comme un voisin du quartier de Williamsburg à Brooklyn vient de se réincarner dans un rôle peu commun note le Washington Post : gouverneur de la région d'Odessa, la région administrative la plus importante d'Ukraine, qui accueille également le principal port commercial du pays et qui se trouve située entre la Crimée récemment annexée par Moscou et la région séparatiste de Transnistrie en Moldavie, également soutenue par la Russie". Et d'ailleurs c'est à Moscou que les réactions ont été les plus vives... dans le sarcasme tout d'abord... il est vrai que la classe politique russe a depuis longtemps pris l'habitude de tourner en ridicule l'ancien chef de l'Etat géorgien, explique le Moscow Times ... "l'ancien leader géorgien, qui a dirigé le pays entre 2004 et 2013 est généralement crédité d'avoir effectivement largement transformé son pays dans un sens très pro-occidental. Les relations de la Géorgie avec la Russie durant sa présidence étaient tendues, rappelle le quotidien moscovite, avec en point culminant l'été 2008 où une véritable guerre a opposé Georgie et Russie autour des régions séparatistes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie "... Depuis, " Saakachvili, qui a été mis en examen l'an dernier en Géorgie pour abus de pouvoir a souvent été tourné en ridicule par les officiels et médias russes" .Le ton est toujours à l'avenant aujourd'hui : "Saakashvili à la tête de la région d'Odessa : le cirque continue ! Pauvre Ukraine" réagissait ce week-end sur Twitter le premier ministre russe Dmitry Medvedev.Dans les Izvestia , le grand quotidien populaire russe, Aleksandr Chalenko estime que si a première vue la nomination de Saakashvili peut sembler une absurdité suréaliste, à y regarder de plus près il se pourrait bien que derrière cette nomination se cache quelque noir dessein des ennemis de la Russie concernant la Transnistrie voisine. "A mon avis la principale explication de cette nomination tient dans le fait que la [région séparatiste moldave de] Transnistrie est située juste à côté d'Odessa, explique l'éditorialiste ; et les événements des derniers mois suggèrent que les autorités ukrainiennes et moldaves, naturellement aidées et guidées par les Américains préparent quelque chose de pas très bon pour la Transnistrie et la Novorossiya, poursuit-il. Les nationalistes russes appellent encore volontiers "Novorossiya" les républiques autoproclamée de Donetsk et Luhansk, en Ukraine.En face, dans les médias occidentaux on remarque surtout que l'embauche de Saakachvili par le pouvoir ukrainien conrrespond surtout a une ferme volonté de réforme. "Petro Porochenko, le président ukrainien est un véritable admirateur des larges réformes économiques et politiques qui se sont déroulées en Georgie après l'arrivée au pouvoir de Saakachvili en 2004, note par exemple l'agence économique Bloomberg ; des réformes "qui ont conduit à des résultats spectaculaires : une élilmination presque complète de la corruption et une dérégulation rapide de l'économie, qui ont permis à la Géorgie d'entrer dans le top 20 des pays les plus "business-friendly" selon la Banque Mondiale. Une croissance économique rapide s'en est suivie", poursuit Bloomberg, même si le pays partait de très bas et demeure toujours relativement pauvre. Il n'empêche que les réformes de Saakachvili ont presque certainement empêché la Georgie de devenir un Etat failli" ... et d'ailleurs "dans les derniers mois l'administration ukrainienne a embauché d'autres Georgiens, souvent issus de l'équipe Saakashvili pour tenter pareil miracle économique en Ukraine." Saakashvili est en effet loin d'être le seul étranger a avoir rejoint l'administration de Porochenko, relève aussi le Irish Times de Dublin qui énumère : Il y a la ministre des finances Natalie Jaresko, une ukraino-américaine née dans l'illinois ; il y a le ministre de l'économie Aivaras Abromavicius, un lituanien sans compter le nouveau vice-procureur général d'Ukraine où le ministre de la santé Aleksander Kvikashvili, tous deux géorgiens.Aleksander Kvikashvili qui explique d'ailleurs à l'Irish Times que le fait que toutes ces personnes "n'aient jamais fait partie du système et qu'elles n'essaieront pas de faire carrière" aide énormément à assainir la situation."Alors qu'elle combat plusieurs incendies en même temps - une économie au bord de la banqueroute, un conflit ouvert avec les séparatistes appuyés par la Russie ainqsi qu'une vaste campagne réformiste et anti-corruption l'Ukraine a ainsi embauché pas mal d'experts nantis d'une expérience certaine de la réforme d'Etats anciennement soviétiques et qui n'ont aucune attache avec l'une ou l'autre des cliques politiques locales. Il y a aussi des dizaines de conseillers européens ou américains qui aident l'Ukraine à sortir de sa bureaucratie byzantine tandis que des instructeurs militaires américains ou britanniques participent à la refonte de son armée". Bien sûr "vu de Moscou, tout ceci ressemble beaucoup à une mainmise des Américains et de leurs alliés sur l'Ukraine, note encore l'Irish Times qui cite à ce propos le vice-ministre de l'intérieur d'Ukraine (un Géorgien lui aussi): "la Russie trouvera ça difficile à comprendre, du fait de sa manière a elle de fonctionner et de l'état d'esprit qui règne au Kremlin... mais la situation en Ukraine est très claire conclu-t-il : toutes ces embauches sont motivées par le professionalisme des personnes, pas par leur nationalisme".

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