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L'invraisemblable évasion du baron mexicain de la drogue

5 min

La spectaculaire évasion du baron de la drogue stupéfie le monde entier...Et donne une image déplorable du Mexique.

Le quotidien de Montréal, La Presse décrit le tunnel qui a permis l'évasion d'El Chapo et cela donne le vertige. Un tunnel de 1 500 mètres de long, d'une hauteur d'un mètre 70, largement suffisant pour un évadé mesurant 1 mètre 54, partant de la douche du prisonnier sensé être le plus surveillé du pays et débouchant dans une maison en construction au milieu d'un champ. Le tout avec système de ventilation, éclairage et même une moto sur rail pour extraire la terre et acheminer le matériel...

Et le journal québécois de préciser que même si une vaste chasse à l'homme a été lancée par les autorités mexicaines, c'est pour l'instant en vain et que Joaquin Guzman a peut-être déjà eu le temps de se réfugier dans les montagnes de sa région natale du Sinaloa.

Et pendant ce temps, remarque la Tribune de Genève, le président mexicain, Enrico Pena Nieto, est comme si de rien n'était en visite officielle en France.

Pourtant, il y a un an, lors de l'arrestation d'El Chapo, le chef de l'état avait déclaré qu'une seconde évasion du parrain de la drogue serait impardonnable. Et le quotidien suisse de préciser ironiquement qu'après avoir fait fortune en faisant passer des millions de tonnes de drogue aux Etats-Unis par des tunnels, El Chapo a ridiculisé le gouvernement en faisant ce qu'il sait faire de mieux : des trous !

La presse internationale, fait également le portrait d'un baron de la drogue flamboyant, aux mille et une légendes

Après avoir rappelé que Joaquin Guzman après être apparu régulièrement dans la liste des hommes les plus riches du monde par Forbes, a été retiré de ce classement par le magazine américain, sous prétexte qu'il était impossible de connaître sa fortune réelle, la Libre Belgique nous narre quelques anecdotes, invérifiables, sur la vie légendaire du parrain mexicain.

Opérations chirurgicales faciales, visites incognito dans les foires aux bestiaux de sa chère région du Sinaloa, visites surprises dans des restaurants à la mode, où ses hommes confisquent les téléphones portables des convives le temps du repas avant de payer la note de tout le monde au moment de partir, sans oublier, 10 enfants, quatre mariages...et des milliers de morts sur la conscience...

Le Guardian donne également dans la légende du bandit au grand cœur qui électrifie une école, amène en avion privé un enfant de paysan pour qu'il se fasse soigner à l'hôpital ou qui n'oublie pas d'envoyer des fleurs à l'église pour les grandes fêtes. Le tout sur fond de musique avec des odes composées en son honneur par les groupes de narcocorridos. Des chansons composées à la gloire des narco-trafiquants et des cartels...

Le folklore a ses limites. Si les cartels ont pu autant prospérer au Mexique, c'est bien à cause de la corruption qui gangrène le pays à tous les échelons, surtout régionaux.

Le Guardian estime que cette évasion du millénaire est le symbole de la déroute de la guerre contre la drogue, l'état mexicain ayant, d'après le quotidien londonien, plus de liens avec la plus grande mafia au monde qu'il ne veut bien l'admettre. Et le journal britannique de donner cet exemple édifiant d'El Chapo célébrant pendant plusieurs jours les fêtes de Noël avec sa famille venue le rejoindre en cellule !

El Chapo avait même jusqu'a encore récemment son hangar privé à l'aéroport de Mexico...à proximité de celui du Président de la République...

Plus grave, son cartel de Sinaloa a collaboré avec la police pour combattre les nouveaux gangs encore plus violents, comme par exemple les narco-trafiquants paramilitaires des Zetas.

La guerre contre la drogue est une blague affirme le Guardian. Et pendant ce temps conclut l'article, les flots de drogue continuent à passer aux Etats-Unis via Tijuana et Ciudad Juarez.

Le New York Times parle d'ailleurs du désenchantement de nombreux mexicains après cette spectaculaire évasion qui démontre à quel point le gouvernement est décrédibilisé.

Ils sont tous coupables et tous complices affirment de nombreux mexicains interrogés par le quotidien new-yorkais. Les narco-trafiquants sont tellement puissants déclare un habitant de Mexico, qu'on a l'impression qu'ils ont une ligne directe avec le bureau du président.

Un président, comme on l'a dit absent du pays. Enrico Pena Nieto n'ayant pas considéré que l'évènement vaille la peine d'annuler sa visite en France.

Corruption, violence, impunité, police et justice inefficaces, le New York Times égrène les tares du Mexique avec en plus, d'après ce rapport des Nations Unies, la torture pratiquée à grande échelle par la police et l'armée.

Sur place, la presse mexicaine suit sans illusion la traque d'El Chapo. Les journaux mexicains rappellent que le ministre de l'intérieur a promis une prime de 3,8 millions de dollars pour la capture du fugitif et que le nom d'El Chapo s'est répandu à la vitesse de la lumière sur les réseaux sociaux du monde entier.

Mais le journal AM pose cependant cette question essentielle : Comment se fait-il que pendant des mois, personne n'ait remarqué que trois tonnes deux de terre étaient sorties d'une maison en construction à proximité d'une prison de haute sécurité...

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