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L' Onu suspecte l'Erythrée de Crimes contre l'Humanité

6 min

La Revue de Presse par Mathieu Laurent"Ils sont pour la plupart syrien ,érythréens ... ".Cet extrait de phrase, nous autres journalistes l'articulons et de manière ,récurrente depuis des années et de plus en plus depuis des mois ,et pourtant que racontons nous de l'Erythrée ? Chaque mois, pas moins de 5000 Erythréens fuient leur pays et le système féroce de répression mis en place par le régime de Issaias Afeworki.C’est le chiffre tiré de l’effarant rapport publié hier,à Genève par une commission du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.L"information est reprise par nombre de sites de médias africains. Trois experts ont enquêté durant un an sur la base des témoignages de 550 Erythréens vivant à l’étranger.Car le gouvernement de l’un des pays les plus fermés au monde n’autorise pas les enquêteurs de l’ONU à se rendre sur place. «Les Erythréens vivent dans la peur constante que leur conduite soit surveillée par des agents de l’Etat et que ces informations mènent à leur arrestation, à la torture, à leur disparition», souligne le rapport. Slate Afrique fait montre d'un intérêt sans faille pour l'Erythrée .Et le site n'a pas attendu ce texte pour enquêter,enquêter" Jusqu'au coeur du système de surveillance orwéllien du régime érythréen "Article signé Camille Belsoeur.Voici quelques témoignages ,glaçants, d'Erythréens qui racontent leur quotidien sur place. À l'heure où plusieurs dizaines de leurs compatriotes ont été expulsés par la police française du quartier de La Chapelle à Paris, pas plus tard qu'hier ."En Erythrée, tout le monde est un espion. Cela peut-être une domestique, un fermier...Vos propres voisins vont rapporter vos faits et gestes aux autorités en notant par exemple vos heures d'arrivées et de départ."C'est un ancien étudiant qui parle ,"recruté par le ministère de l'Information pour espionner d'autres étudiants en 2001.Une méfiance généralisée qui a entraîné la rupture du lien social."Le tentaculaire réseau d'espionnage ,qui s'est diffusé à la société érythréenne dans son ensemble a provoqué la rupture de la relation de confiance entre voisins, amis ou membres d'une même famille", peut-on lire dans le rapport des Nations unies.Toujours sur Slate Afrique ,Philippe Boggio ."C'est un pays qui a tiré un mauvais numéro à la loterie du bonheur contemporain, ici-bas, et qui peine à attirer l'attention de la communauté internationale, en particulier européenne. À la limite,on en oublierait jusqu'à son nom, Érythrée, à force d'éviter d'avoir à le prononcer.L'Érythrée existe bel et bien.Mais ,c'est un pays d'un autre âge, même pour l'Afrique,figé dans la paranoïa révolutionnaire, version maoïste, et cela explique sans doute en partie pourquoi ses ressortissants comptent encore moins que les autres sur les routes de l'exode migratoire; un pays indépendant depuis 1993,qui maintient pourtant aveuglément sur tout son territoire une sorte de discipline militaro-indépendantiste de citadelle assiégée,et que cadenasse un exploiteur mégalomane, Issayas Afeworki,celui-là même qui l'avait libéré de la domination éthiopienne.Obsessionnel, soupçonné d'alcoolisme, Issayas Afeworki continue de donner un tour anachronique, confit dans les années 1960-70, à sa gestion. Une atmosphère de mobilisation générale règne en permanence à Asmara, la capitale, comme aux frontières, même si le pays n'est pas directement menacé. Pour les pays de la mer Rouge, il reste un voisin querelleur,qui multiplie les incidents de frontières, et appuie, par exemple, les insurrections islamistes des Shebabs en Somalie.La folie même du dictateur explique la gêne internationale: s'en prendre à l'Érythrée serait garantie de déstabilisation de la Corne de l'Afrique toute entière et mettrait en péril le poste avancé occidental, en face de la péninsule arabique, que constitue l'enclave de Djibouti.( Philippe Boggio Slate Afrique )"Jeune Afrique" mentionne brièvement l'une des extrémités constatées dans cet état prison .Outre l'esclavagisme dans le travail,l'esclavage sexuel est lui aussi routinier .Un témoin raconte comment il a reçu des intructions d'amener des filles dans les chambres des officiers des années durant.Gêne internationale ? une dépêche qui n'a rien d'anachronique ,dépêche de l'agence Ecofinn, datée du 19 mai dernier nous rappele que la société South Bolder Mines Limited estime à 1,1 milliards de tonnes les réserves du minerai du projet de potasse Colluli qu"elle met en valeur avec 50 % d'intérêt ,en partenariat avec la compagnie nationale Eritrean National Mining Company.Jean Baptiste Jeangène Vilmer est un philosophe de la guerre et il publie,avec Franck Gouéry , un ouvrage aux PUF intitulé "'Erythrée un naufrage totalitaire" .Il donne un entretien à la Tribune .fr qui pose la question suivante :Que peut faire la communauté internationale face à ces régimes ? "Nous n'avons pas d'autre choix que de les accueillir ,les exilés, puisqu'ils ne peuvent ni être renvoyés chez eux, ni dans ces salles d'attentes devenues salles de torture que sont le Sinaï et la Libye. Ces personnes ont besoin d'une protection internationale." "Je préconise,par l'absence de relations serait contreproductive. D'abord, parce que cela renforcerait leur isolement, qui leur permet d'agir en toute impunité : les liens sont des leviers. Notre présence est une influence. Ensuite, parce que les entreprises étrangères contribuent au développement du pays. Elles peuvent en effet faciliter l'accès à l'éducation, réduire l'opacité financière - car l'État hôte est contraint de donner des informations aux entrepreneurs -, véhiculer des valeurs et des normes, etc. Se draper dans des principes et refuser d'avoir des relations avec des régimes moins démocratiques que nous n'aide pas la population qu'on entend protéger : c'est au contraire l'isoler, la laisser à la merci de ses dirigeants, sans aucun moyen de les influencer. C'est la politique du pire, dissimulée derrière de bonnes intentions. Si elle agissait de la sorte, la France aurait peut-être les mains propres, mais elle n'aurait pas de mains !Si l'on se retirait d'Érythrée, par exemple, on contribuerait à l'enfermement de la population. On laisserait le terrain à d'autres pays qui, eux, ne conditionnent pas leur présence au respect des droits de l'homme ou des valeurs démocratiques (l'Érythrée courtise la Chine, le Qatar, la Turquie, la Russie et l'Égypte notamment). On participerait au scellement du pays : c'est ce que le régime cherche depuis le début, comme l'illustre sa rhétorique de l'autosuffisance. Le totalitarisme, avait expliqué Hannah Arendt, est comme une expérience faite en laboratoire : il s'agit d'abord de le sceller, d'empêcher les variables externes d'entrer (diplomates, entreprises, ONG) et le « matériel humain » interne de sortir, en fermant les frontières et en tirant à vue sur les fuyards. D'où l'expression de « pays-prison ». Notre but au contraire doit être de l'ouvrir et, pour ce faire, il faut être présent et interférer dans le phagocytage de la société par l'État. Cette influence s'exerce autant par la culture que le commerce.N'est-ce pas se compromettre ?C'est une question philosophique : comment faire des compromis sans aller jusqu'à la compromission ? La frontière est floue et dépend du contexte, donc s'apprécie au cas par cas. Mais j'ai tendance à répondre qu'elle est tracée par l'intérêt du plus grand nombre. Nous pouvons avoir des relations avec des dictatures dans la mesure où cela peut contribuer à la fois à nos intérêts et à ceux de la population des États en question. La borne est fixée là où les conséquences de la coopération sont néfastes pour la population, c'est-à-dire participent à l'oppression davantage qu'elles ne la soulagent.Bien sûr, ce n'est pas parfait, mais nous vivons dans un monde imparfait. C'est au fond la question du moindre mal. Raymond Aron disait que le choix n'est pas entre le bien et le mal, mais entre le préférable et le détestable. Il n'y a pas de solution idéale. Il s'agit de savoir quoi sacrifier, ce qui expose toujours à la critique. En l'occurrence, avec l'Érythrée, il n'est pas possible d'avoir un dialogue politique, encore moins un dialogue sur les droits de l'homme, mais il semble possible d'avoir des relations économiques qui auront, à terme, des conséquences politiques. C'est une manière de mettre le pied dans la porte. Les entreprises sont l'un des vecteurs de l'influence étrangère. Si l'Érythrée passait du totalitarisme à l'autoritarisme à l'exemple de la trajectoire chinoise, ce serait déjà un grand progrès.par ailleurs ,contrairement à certaines ONG, d'entretenir des relations avec des régimes même totalitaires dont l' Erythrée " Quant à moi, je vous recommande de vous procurer au plus vite le documentaire" Voyage en Barbarie " signé Cecile Allégra et Delphine Deloget , dernière distinction en date , le Prix Albert Londres 2015 et d'avoir à l'esprit que quelques phrases erythréennes libres sont émises par Radio Erena,seul média indépendant qui résiste à Asmara ,radio qui émet depuis Paris .Son âme : Biniam Simon ,qui a fui son pays en 2007.Radio Erena émet en titrigna ,langue officielle d'Erythrée et en arabe.

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