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La Banlieue qui s'enflamme fait peur à l'Europe.

5 min

Bonjour, Images de feu dans la nuit... de policiers casqués armés de boucliers face à des silhouettes lançant des pierres... de débris de voitures brûlées au matin ... ou de jeunes encagoulés aux pieds des barres de leurs cités... auxquelles ça et là viennent s'ajouter des doubles portraits de Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin... La presse européenne s'empare pleinement ce matin des affrontements de la banlieue parisienne... Et certains titres ne cachent pas leur inquiétude... " Banlieues en feu, Paris assiégé" titre par exemple la Stampa en Italie qui se fait l'écho des mots de Jacques Chirac... « Ces évènements sont gravissimes... La situation est extrêmement dangereuse »... et le journal explique " bien sûr c'est impressionnant ... il y a ces bûchers, cette odeur de plastique brûlé et d'essence... mais ce qu'il y a d'alarmant c'est surtout la stratégie derrière tous ça : ces bandes sont très efficaces... comme si elles étaient entraînées: elles s'en prennent aux policiers, mettent le feu un peu partout... agressent les pompiers à coups de pierres... Puis les ombres encapuchonnées disparaissent vers d'autres objectifs avant que les gendarmes réussissent à prendre le contrôle de la situation! » Et le journal comme ses confrères espagnols et portugais, dresse le bilan de ces nuits d'affrontements...avec une certaine surenchère il faut le noter sur les chiffres ... « ils sont capables de brûler 180 voitures en une nuit » lance le Diario de Noticias à Lisbonne alors que vu de Madrid... « Ce sont 250 véhicules qui brûlent chaque nuit... c'est la guerre ! » commente el Pais qui s'interroge sur les moyens d'y faire face... « les policiers français arguent qu'il ne s'agit que de petits groupes mobiles qui se déplacent d'une cité à l'autre pour venir y semer le désordre... mais chacun sait qu'en France le problème des villes dortoirs de la périphérie parisienne n'est pas nouveau... alors bien sûr cette question des bandes mafieuses qui gèrent ces endroits ainsi que l'islamisme radical qui y fait des petits, fait polémiquer depuis des années ; mais tout cela cache d'autres problèmes trop rarement abordés... parce que ce sont des zones obscures où ni la société bien pensante, ni les droits de l'homme ni même les principes basiques de la loi ne sont invités!" « La cité combattante » titre de son côté le Guardian qui écrit " des citoyens enragés qui prennent d'assaut la rue ... voilà un thème récurrent dans l'histoire de France... mais cette fois la rébellion est plus toxique et plus moderne... elle est le fruit de tensions très anciennes entre les grands centres villes riches et leurs sinistres ghettos de banlieues... lieu de vie des immigrés du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest qui n'ont jamais été intégrés à la société française même après 3 générations... ils sont devenus une sous-classe dont le manque d'espoir et la discrimination sont le pain quotidien... Pas de doute la France n'est pas d'humeur révolutionnaire mais plutôt d'humeur massacrante et le zéro tolérance de Monsieur Sarkozy n'y fera rien... c'est surtout une question d'égalité des chances pour l'accès à l'éducation, le logement et l'emploi qui rendra le calme à la banlieue parisienne!" Et le Diario de Noticias va encore plus loin... " ces incidents de violence urbaine nous posent à tous les mêmes questions... comment intégrer les communautés immigrés en Europe... bien sûr les affrontements de ce type sont rares... mais sont loin d'être une exception ... et le journal rappelle ... les violences interethniques qui ont enflammés la ville de Birmingham au mois d'octobre... fait le lien également avec la mort de Theo Van Gogh aux Pays Bas assassiné par un jeune marocain... ce ne sont pas des évènements isolés et ils sont tous le fruit du même problème : l'aliénation de certaines communautés dans nos société!" Et le Times renchérit... "C'est surtout l'échec du modèle républicain d'intégration à la française qui saute à la figure des politiques... et le problème c'est qu'aucun de ces politiques ne sait relever ce défi!" Car ce matin c'est la dimension politique de l'affaire qui intéresse le plus nos confrères européens.... « Sarko et l'effet Kisscool » titre la Tribune de Genève... " Les premières retombées commencent à pleuvoir sur le camp du ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy dont l'impatience d'être vizir à la place du vizir ne cesse de bouillir! Ses déclarations grenades sont vilipendées jusqu'au sein du gouvernement dont il est le numéro un bis... après des années de gouvernement Jospin où l'insécurité était systématiquement niée, les propos de Nicolas Sarkozy ont d'abord suscité cette réaction quasi unanime dans le peuple: " enfin quelqu'un d'en haut qui parle comme nous et qui voit nos problèmes! ... mais surgit maintenant le deuxième effet kisscool dont le goût est nettement plus amer... " Gonflés à bloc par le soutien de leur hiérarchie... certains policiers ont accusés un penchant pour la bavure dans le contrôle des jeunes bronzés à la casquette identitaire... et ceux qu'on appelle les jeunes banlieue ont pour leur part intériorisé le langage guerrier du ministre!... Et le quotidien de conclure... puisse le troisième effet kisscool apporter l'apaisement... s'il existe!" Mais au delà des propos de Sarkozy qui fâchent comme l'explique la Libre Belgique... le problème de toute cette semaine de violences urbaines... c'est bien qu'elle révèle « la division de la majorité au pouvoir... le journal catalan la Vanguardia l'explique... " C'est une bombe politique qui menace toute la stabilité du gouvernement Villepin... les partis de gauche, les associations de terrains et même les habitants de ces cités s'en prennent au langage trop musclé de Monsieur Sarkozy... et le problème écrit le journal c'est que le ministre de l'intérieur n'a même pas le soutien de son équipe! » Pire... « il semble même que tout cela ait été orchestré par la majorité dans la perspective des élections présidentielles... c'est le Times qui s'en fait l'écho ... avant de rajouter... « Dommage... malgré un discours hautement inapproprié et qui ratisse trop à l'extrême droite... Sarkozy était le seul à avoir eu le courage de brandir ce problème... ce chaudron permanent de colère que sont les banlieues... » D'où ce commentaire de France Soir ce matin... « On était en droit d'attendre un sursaut de la classe politique ... Las, celle ci n'a offert que le dérisoire spectacle de ses petits jeux tactiques..... Comme si un mot était responsable... comme si un ministre pouvait endosser la responsabilité de 30 ans de laxisme, de démagogie et de déshérence. »

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