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La Belgique marche sur la tête

5 min

Bonjour, La Belgique sans dessus dessous, au sens propre comme au figuré... C'est une belle boulette qu'à faite TF1 dans son journal de 20h, mais une boulette tellement révélatrice qu'on la croirait faite exprès. C'est le journal belge LE SOIR qui la relève. Alors que le pays traverse une ènième crise institutionnelle, alors que l'opposition entre Flamands et Wallons a fait une nouvelle fois chuter le gouvernement, TF1, dans son sujet hier soir sur la Belgique a tout simplement inversé la Wallonie, qu'elle a situé au nord de la carte, et la Flandre, qui s'est retrouvée au sud... Est-ce à dire que la Belgique marche sur la tête... ? Les éditorialistes de la presse internationale ne sont pas loin de le penser ce matin. Le pays qui a apporté le surréalisme au monde de l'art, est en train de transformer le surréalisme politique en une forme d'art, résume le WALL STREET JOURNAL. C'est quoi le problème avec la Belgique, titre le quotidien new-yorkais. Il faut dire que vu de l'autre côté de l'Atlantique, cette interminable crise est quasi incompréhensible. Le site de CNN fait appel à un expert du centre d'études international pour se faire expliquer la situation. Une situation certes complexe, et qui laisse perplexe même à l'intérieur des frontières européennes : cet inextricable apartheid linguistique, résume LE GUARDIAN, qui empoisonne la gouvernance du pays et fait planer la menace de sa désintégration. Un sentiment que résume bien l'éditorialiste de LA LIBRE BELGIQUE, Francis Van de WOESTYNE... non sans amertume : cette crise, personne ne la comprend, personne ne l'accepte et personne ne la supporte. A l'étranger, il suffit de zapper pour se rendre compte à quel point nos péripéties politiques sucitent, chez nos voisins, colère, sarcasme et ironie. Alors que se passe-t-il précisément ? Pour résumer, la coalition gouvernementale s'est une nouvelle fois effondrée après le départ du parti libéral flamand. La pomme de discorde, c'est la banlieue de Bruxelles, un arrondissement appellé BHV, arrondissement néerlandophone, mais pourtant peuplé de 150 000 francophones... or l'Etat est organisé de telle sorte qu'il y a une stricte séparation des zones linguistiques. Seule Bruxelles est officiellement bilingue et fait figure d'exception. C'est donc la question d'une scission de la zone bilingue de l'agglomération bruxelloise qui a fait chuter le gouvernement, après seulement 5 mois au pouvoir. La Belgique commence furieusement à ressembler à un quelconque Belgikistan - écrit le site de la RTBF - avec ses guerres tribales, ses légitimités à géométrie variable et les problèmes socio-économiques qui s'ensuivent. Et si beaucoup de titres de presse s'accordent à dire ce matin que cette crise est une nouvelle fois la plus sérieuse qu'a traversé le pays, comme le quotidien espagnol EL PAIS... C'est parce qu'il y a un nouveau paramètre à prendre en compte : la proximité du grand défi de la présidence belge de l'Union Européenne ; une présidence qui commence le 1er juillet. Y aller sur une patte, avec un gouvernement en sursis dès ses premières semaines d'existence, ce serait prendre le risque, pour l'un des pays fondateurs de l'Europe, de se ridiculiser et de perdre son influence - continue l'article de la RTBF. Parce que pour le moment, personne ne peut dire s'il y aura de nouvelles élections, avec le risque d'une poussée très forte des partis extrémistes - met en garde LA VANGUARDIA. Ou un nouveau gouvernement de coalition, impliquant les mêmes partis, et les mêmes politiciens note le GUARDIAN. L'horizon est donc bien sombre ce matin, si on s'en tient aux analyses de la presse francophone. "Le pays, créé en 1830, est-il mortel ?" s'interroge le journal suisse LE TEMPS. La question de l'existence d'un Etat arrive au bout de sa logique de compromis, avance encore le journaliste, reprenant plusieurs titres de la presse belge de ces derniers jours. "Ce pays a-t-il encore un sens" titrait samedi la LIBRE BELGIQUE. Francis Van de WOESTYNE qui n'est guère plus optimiste ce matin. "On a sans doute atteint les limites du système belge, écrit-il, un système qui, à force de vouloir à tout prix conclure des compromis boiteux, débouche, à intervalle réguliers, sur des discussions sans fin, des crises à répétition, des soubresauts paralysants qui rendront un jour le pays ingouvernable." "Pour la sauver, cette Belgique, conclut-il, on n'aura sans doute d'autre choix que d'en inventer une nouvelle." Ce pays frôle les limites de l'absurde, peut-on lire dans la colonne opinions du journal néerlandophone STANDAARD, qui légitime la décision de redécoupage de BHV en expliquant que les francophones continueront à y vivre... de la même façon que les anglophones à Waterloo ou les germanophones dans certaines provinces de Wallonie. Et on y trouve cette défiance, envers le pouvoir francophone de Bruxelles, un pouvoir qui juge que "Nous, les Flamands, nous ne savons pas très bien penser". Un pouvoir qui pourrait mieux répartir, justement, tout l'argent de Bruxelles qui va à l'élite francophone. Et c'est bien là la question du "décalage originel" que soulève LE TEMPS, ce décalage entre la Belgique de 1830, de langue française... mais aujourd'hui majoritairement peuplée de flamands. La Belgique d'aujourd'hui dans laquelle la Flandre est le moteur économique... et la Wallonie à la traine. La Belgique où même les bruxellois francophones ne se sentent pas wallons. Est-il alors étonnant que quatre Flamands sur 10 se disent prêts à voter pour un parti qui prône la fin de la Belgique, s'interroge le journaliste. Reste à savoir si la notion même d'Etat a encore un sens. Bonne journée

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