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La Belgique risque-t-elle une énième crise politique ?

4 min

Par Thomas CLUZEL

Depuis le début de la semaine, les Belges replongent dans un fastidieux processus qu'ils connaissent bien : la recherche d'une majorité pour gouverner le pays. Au lendemain des législatives marquées par la victoire des nationalistes flamand, le gouvernement a présenté lundi sa démission au roi Philippe, lequel a chargé hier le chef de la N-VA, Bart De Wever, de mener des consultations pour tenter de former un gouvernement. En clair, c'est l’homme qui régulièrement fustige une royauté d'ancien régime, qui est appelé à examiner les possibilités de forger une coalition, composée de partis flamands et francophones.

Rien de plus normal, évidemment, si l'on considère que le parti de Bart De Wever est arrivé en tête du scrutin en Flandre néerlandophone, où vivent environ 60% des 11 millions de Belges. Et personne d'ailleurs ne conteste son succès, ample, impressionnant même, souligne L'ECHO. Le problème, c'est qu'il s'agit aussi d'un triomphe sans garantie, prévient aussitôt LE SOIR, ou dit autrement, selon son confrère de LA LIBRE BELGIQUE, un triomphe inachevé. Le STANDAARD, l'un des principaux quotidiens flamands, tout en saluant une prestation exceptionnelle de la N-VA, reconnait lui aussi la difficulté de la tâche à venir.

Et pourquoi ? Parce qu'en dépit de son brillant succès, la N-VA n'a pas la majorité en Flandre et encore moins en Belgique, où les électeurs n'ont pas puni, loin de là, les six partis de droite, de gauche et du centre qui forment la large coalition au pouvoir depuis fin 2011. Ces partis, dit traditionnels, ont en effet conservé leur assise, et notamment le Parti Socialiste francophone de l'ex Premier ministre, qui reste le premier parti en Wallonie et à Bruxelles.

Dans ces conditions, former un gouvernement fédéral s'annonce donc extrêmement difficile. D'ores et déjà, le journal néerlandais HET ALGEMEEN DAGBLAD estime que la Belgique est aujourd’hui menacée par un nouveau record du monde pour la formation du prochain gouvernement. Idem pour son confrère germanique, la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, qui tout en rappelant la volonté de tous les partis durant la campagne de ne pas répéter cette phase d'incertitude politique et économique, évoque les 541 jours qui avaient été nécessaires pour former un gouvernement après le dernier scrutin fédéral. Pour l’éditorialiste de la LIBRE, l'affaire est d'ailleurs entendue : tout indique, dit-il, que le scénario de 2010 va se répéter au niveau fédéral.

Comme lors des grands duels sportifs, renchérit SUD PRESSE, ce sont les deux mêmes finalistes que l’on retrouve, quatre ans plus tard, pour briguer le poste de Premier ministre, mais dans de nouveaux rapports de force. Or si sur le papier le Premier ministre socialiste pourrait reconduire la même majorité au fédéral, écarter un Bart De Wever à ce point dominateur ne sera pas plus simple que lors de la crise des 541 jours. Bien au contraire.

Et puis, quand le journal L’ECHO se demande quel parti francophone osera poser un orteil dans une coalition avec les indépendantistes flamands, son confrère de LA LIBRE se demande si, après tout, la N-VA elle-même voudra vraiment monter à bord d’un gouvernement où le PS devrait figurer en bonne position ? Car la progression éclatante des nationalistes flamands est en grande partie due au siphonage des dernières voix de l'extrême droite. Or Bart De Wever sait que s’il veut conserver ces suffrages extrémistes mouvants, il va devoir donner des gages très importants à la cause indépendantiste. Et voilà pourquoi, toujours selon le journal, Bart De Wever ne devrait évidemment pas aider pour la mise sur pied d’un gouvernement Di Rupo II.

Bref, c’est un pays plus divisé que jamais qui sort des élections, s'inquiète à nouveau LE SOIR de Bruxelles et cela selon plusieurs lignes de fracture qui font qu’aujourd’hui la N-VA est, certes, un grand vainqueur mais n’est pas pour autant incontournable. La première division reste Nord-Sud : car si PS et N-VA sont a priori irréconciliables, cela vaut aussi pour la N-VA et l’ensemble des partis francophones. La seconde division est celle, congénitale, entre la N-VA et les socialistes. Car si la N-VA s’impose comme Le grand manitou au Nord, le PS, même en baisse, pèse toujours très lourd au Sud. Et si la N-VA est le premier parti du pays, les socialistes en sont, a priori, la première famille. Or cela veut dire que désormais deux conceptions de la Belgique, de la sécurité sociale et des priorités socioéconomiques s’opposent plus que jamais. Enfin la troisième division qui pourrait être cruciale est intra flamande. Car si la N-VA a réussi son pari électoral, c’est au niveau fédéral surtout, en prenant ses nouvelles nombreuses voix à l’extrême droite et aux populistes, dont les électeurs sont comme ceux de la N-VA partisans d’une indépendance de la Flandre et d’une politique très à droite. En revanche, De Wever et les siens n’ont pas réussi à siphonner les partis traditionnels, qui eux, ont revendiqué une autre vision de l’avenir du pays. Et d'en conclure, revoilà la Belgique sans gouvernement. Mais pour combien de temps ?

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