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La Bulgarie, un mur à renverser : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Même si, reconnaissons-le, peu nombreux sont les médias à s’intéresser aujourd’hui à la Bulgarie ou plus exactement au printemps bulgare, puisque c’est ainsi qu’il convient désormais de qualifier chaque soulèvement populaire, voilà pourtant plus de trois mois que des milliers de personnes et parfois même des dizaines de milliers protestent quasi quotidiennement pour réclamer la démission du gouvernement, accusé de corruption et de collusion avec le crime organisé.

Peut-être, pour attirer l'attention justement des media étrangers, ironise avec amertume le quotidien DNEVNIK, faudrait-il que la situation en Bulgarie ressemble à un scénario hollywoodien : le bien contre le mal, la foi de quelques victimes innocentes et la victoire finale du bien. Seulement voilà, on ne peut malheureusement pas fournir le drame réclamé. Notre scénario, écrit l’éditorialiste, est trop ennuyeux. La Bulgarie n'a pas l'étoffe d'un grand succès médiatique, parce que la contestation a de trop nombreux visages. Et qu'il est sans doute difficile de faire des reportages passionnants, à partir de situations complexes et confuses.

Pour autant, le mouvement de contestation bulgare a tout de même reçu un soutien de marque, c'était le week-end dernier, en la personne de Roger Waters, membre originel du groupe Pink Floyd. Lors de son concert "The Wall Live", à Sofia, le mot "Ostavka", démission en bulgare, est apparu sur un mur du décor. Alors même si certains commentaires sur la toile reprochent au musicien son immixtion dans les affaires intérieures du pays et d'avoir en plus été payé pour cela, d’autres, à l’instar de ce bloggeur, préfèrent remarquer que Waters a toujours été du côté du mur où la liberté avait droit de cité. Là où nous, dit-il, devons encore renverser ce mur.

Car jusqu’à présent, force est de constater que les trois mois de mobilisation n’ont donc rien changé. D’où ce commentaire désabusé à lire cette fois-ci dans le quotidien de Sofia LE TRAVAIL. Nous continuons de tourner en rond. Et l'article de conclure, le tunnel reste bien sombre. Je suis un grand optimiste mais j'ai moi aussi perdu tout espoir pour la Bulgarie.

Et l’on pourrait même, sans doute, élargir ce sentiment à tous les Balkans. Puisque de la Slovénie à la Bulgarie, en passant par la Roumanie, la Bosnie, la Croatie ou bien encore la Macédoine, ce sont bien Les Balkans qui sont aujourd’hui secoués par une vague de contestation. Partout, écrit le journal d’Amsterdam TROUW cité par Presseurop, la population descend dans la rue et des citoyens prennent la parole pour exiger une nouvelle politique.

Le problème poursuit l’article, c’est qu’il existe rarement un programme concret. Les manifestants sont certes unis par un rejet commun des pratiques politiques dominantes. Mais il est significatif de noter par exemple qu’aucun leader n’a émergé de tous ces mouvements de protestation.

Et bien cette absence de dirigeant et de programme est à la fois la force et la faiblesse de ces mouvements de contestation. Sa force, tout d’abord, car elle permet aux mouvements de rassembler de grands groupes hétérogènes. Et sa faiblesse, ensuite, car elle signifie que personne ne prend les devants pour mettre en œuvre de vraies réformes.

Mercredi dernier en Bulgarie, écrit le tabloïd de Sofia 24 HEURES, les partis ont bien tenté de s'emparer des manifestations. Sauf que l’opposition officielle est aussi suspecte que le gouvernement en place. L’aversion et la méfiance sont si profondément enracinées que la "politique" y est désormais considérée comme un problème et non comme la solution. Et voilà comment dans tous ces pays, où la protestation grandit, les élections menacent à présent de perdre leur fonction de moteur du changement.

Et pourtant, une interaction avec les politiciens est aujourd'hui indispensable. Les protestataires devraient comprendre que lorsqu’il s’agit d’agir concrètement, rien ne peut remplacer les partis politiques, écrit encore le journal de Sofia TRUD. Même si l’émergence des réseaux sociaux rend aujourd'hui archaïque l'image du parti en tant que modèle d'organisation politique, il demeure, pour l’instant du moins, le seul instrument qui permette de participer réellement à l'exercice du pouvoir.

Sans objectifs concrets, il est bien entendu difficile de savoir si ces vagues de contestation populaire sont ou non un succès. Qu'attendent les manifestants, interroge à nouveau le journal d'Amsterdam. Ont-ils une vision claire autre que la seule remise en cause de la légitimité de la classe politique ? Et de leur côté, les politiciens peuvent-ils s’entendre sur des valeurs communes avec les manifestants ? Voilà La question qui se pose aujourd'hui à tous les protestataires désireux d'inventer le futur, sans fuir pour autant la réalité, ni se réfugier derrière un nouveau mur.

MUSIQUE

“Another brick in the wall”, signée Roger Waters et extraite de l'album “The Wall” sorti en 1979.

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